Richelieu, Mém., t. I, p
avancer le temps que j'avois proposé pour remplir les places de ceux qu'il a plu à Dieu retirera soi. J'ai cru ne pouvoir appeler deux plus «lignes sujets que mon cousin le cardinal <le la Rochefoucauld à la place de mon cousin le cardinal de Retz et le sieur de Caumartin pour garde des sceaux. J'eusse été bien aise de vous voir auparavant et faire avec vous le choix des personnes capables de mes affaires ' » : seulement il ne l'avait pas vue. Marie de Médicis s'inclina sans mot dire.
La campagne de 1622 étant décidée, en mars, l'ancienne régente voulut suivre son fils en campagne : elle demeurerait près de lui; si un accident se produisait, elle serait à portée, avec son second fils Gaston, de profiter des circonstances2. Louis XIII refusa. Elle vint : le roi la tint à distance, courant en avant. Il s'en excusait : il lui disait « qu'il n'avoit rien tant à. ménager que le temps3 ». Le 1G mai, elle était à Fontenay-le-Comte, faisant part à son fils « du déplaisir qu'elle avoit de n'être pas auprès de lui » ; le 25, elle arrivait à Cognac : « J'attendois avec impatience, lui écrivait-elle, le moment qui nous rejoindra ensemble. » Ce moment ne se produisait pas. Elle se découragea. Prétextant des douleurs, elle alla prendre les eaux à Pougues : « Si j'apprends, lui mandait-elle, que je vous puisse encore trouver près de Sainte-Foy, je continuerai à marcher le plus dilig-emment qu'il me sera
1. Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis (septembre I022i, Bibl. h. -il .. Cinq Cents Colbert 98, p. 164.
2. ■• Il segrettodel suo viaggiare (de Marie de Médicis) e appogiato alla consideratione di voler esser con li figlioli et, in ogni accidente délia
del re, esser vicina à Monsu et coq le forze, ancora. » Dépèche de Pesaro du 1S mars 1622, Bibl. aat., ms. ital. 1778, p. 69. :i. Lettre de Louis XIII à sa mère de mai 1622, Bibl. aat.,ms. fr. 3708,
fol. 54 r".
possible pour m'y rendre; mais si la réduction prompte de cette place en votre obéissance vous fait passer outre, je crois que vous aurez agréable qu'au lieu de consommer le temps à faire un fort long chemin qui seroit inutile parce que je ne pourrois vous joindre, je l'emploie à aller à Fougues pour prendre les eaux1 ».
De Pougues elle lui écrivit : elle ne voulait pas perdre le contact; elle lui témoignait toujours cette affection, cet attachement dévoué qu'il avait si peu connus jadis. « Voici le douzième jour, lui écrivait-elle, le 14 juillet 1622, que je prends des eaux et que j'en reçois un tel soulagement que je n'eusse osé espérer. Ma santé plus parfaite me rendra plus capable de contribuer à ce qui sera de votre service, mais non plus passionnée à ce qui est de votre bien et de votre gloire2 ». Chaque nouvelle qu'elle recevait d'une victoire était pour elle l'occasion d'écrire des lettres de félicitations. Elle approuvait tout ce que faisait son fils, elle lui conseillait d'être prudent, de se ménager, de soigner sa santé : « Je vous conjure de tout mon cœur d'avoir soin de vous et vous souvenir que vous marchez en une saison fort fâcheuse et en des provinces chaudes et incommodes ce qui me fait vous conjurer encore une fois d'avoir soin de votre personne ». « Depuis que j'ai su que vous avez été indisposé et que vous étiez résolu à prendre médecine, encore que l'on m'avoit assurée par même moyen qu'elle vous avoit du
1. Lettres de Marie de Médicis à Louis XIII de 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3708, fol. 32 v° à 54 v°. Nous suivons les démarches et les sentiments de Marie de Médicis au moven de ses lettres. Voir aussi Richelieu. Mém., t. I, p. 264.
2. Lettre de Marie de Médicis à Louis XIII du 14 juillet 1622, Bibl. nat. ms. fr. 3817, fol. 20 v°.
tout soulagé, je n'ai point eu de bien et mon esprit ne sera point en repos jusques à ce que je sache votre santé être aussi entière et parfaite que je la souhaite » l. Elle continuait à tenir Marillac près du roi afin d'être informé de ce qui se passait. Le prince impatienté, finira, la paix faite, pas expédier Marillac en Hollande2.
Mais, la campagne achevée, tout de môme, Louis XIII touché de tant d'attentions et retrouvant sa mère à Lyon, lui témoignait des égards. Il cherchait à lui être agréable3. Marie de Médicis était-elle malade, il s'inquiétait, écrivait plusieurs lettres de suite à Richelieu afin que celui-ci lui envoyât des nouvelles, s'informait*. Les mois qui suivirent et toute l'année 1623, ce fut de la part de l'ancienne rég-ente, la même prudente souplesse, la même condescendance, les mêmes égards. Louis XIII était de plus en plus sensible à ces prévenances. « Jamais, écrivait le maréchal de la Force à sa femme le 23 janvier 1623, le roi n'a rendu plus d'honneur à la reine sa mère qu'à pré-
1. Lettres de Marie de .Médicis au roi des 14 et 19 juillet 1622, Ibid., fol. 20 r° et 23 r°.
2. « Comme vous ne pouvez mieux savoir, écrira-t-il à Marie de Médicis, le sujet du voyage de Marillac <]ue j'envoie en Hollande pour affaires concernant mon service, que par lui-même, je lui ai commandé de vous le faire entendre et par même moyen vous assurer de mon arrivée à Lyon » Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 172. Marillac avait épousé une fille d'honneur de la reine mère nommée Catherine de Médicis, (Voir nutre Vie intime d'une reine de France au XVII' siècle, p. 143, note). Ce mariage avait donné quelque faveur au personnage. Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. Il, p. 117.
3. Voir la dépèche caractéristique dans ce sens de l'ambassadeur vénitien du 21 décembre 1022, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 105.
4. Lettres de Louis XIII à Richelieu de 1022, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 21 v° et 22 r°. Louis Xlll va à Montceaux voir sa mère quand elle est souffrante (lettre de M. de Bréval au duc de Lorraine du G août 1623, Bibl. nat., UOUV. acq. fr. :ili."), fol. 70 r"). Marillac rendait compte à Richelieu de l'intérêt que le roi portait à sa mère (ses lettres d'avril et de mai 1622, Arch. des Air. étrang., France 775, fol. 99 r° et 144 r").
sent, » l. Peu à peu une confiance plus stable s'établissait entre eux : Louis XIII consultait davantage l'ancienne régente dont les avis — inspirés de bonne source — paraissaient judicieux. L'autorité de la reine mère s'affermissait; elle s'affermira assez pour aboutir, enfin, en 1624, à ce qui a été en définitive, la raison d'être de toute cette lente et adroite campagne, menée depuis de si longs mois, conduite si habilement sur les conseils adroits de l'intéressé lui-même : l'entrée de Richelieu au conseil. En cherchant à revenir aux affaires, Marie de Médicis ne se doutait pas qu'elle n'avait été que l'instrument docile d'une ambition autrement puissante que la sienne et qui devait lui faire payer cher plus tard, du moins à ce qu'elle crut, et ses services et son dévouement !
1. Dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. 111, p. 270 et 274.