‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 180 sur 349 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Louis XIII et Anne d'Autriche. — Physique de la reine; son caractère inconsistant : ses imprudences. — Louis XIII ne l'aime pas. — existences séparées du ménage royal. — Les Espagnols qui entourenl la reine. — La jeune duchesse de Luynes; mauvais conseils et mauvais exemples qu'elle donne à Anne d'Autriche : elle cherche à séduire Louis XIII. — La question de la naissance d'un dauphin, affaire importante dont toute la cour s'occupe ainsi que les gouvernements étrangers. — Eloignement de Louis XIII pour Anne d'Autriche: le nonce, l'ambassadeur d'Espagne, l'entourage pressent le roi; résistance de celui-ci; Luynes réussit; moyens qu'il emploie, 1010. — Transformation dans les sentiments du ménage; affection réciproque, tendresse; lettres que Louis XIII écrit à la reine. — La crise de I (i22 ; Madame de Luynes en est cause; sévérité de Louis XIII; \i:nc d'Autriche froissée: l'indifférence reparaît : mesures de défiance prises par Louis XIII. — La présence de la belle-mère, .Marie de Médicis, achève d'aigrir les rapports du roi et de la reine

A côté de sa mère, qui allait plus tard lui causer encore tant d'autres soucis, il était, auprès de Louis XIII, une seconde princesse dont le roi, au cours de son règne, ne devait pas mieux avoir à se louer, la jeune reine Anne d'Autriche.

Tous doux du même âge, — elle l'aînée de cinq jours. — ils avaient été mariés en 1615 à quinze ans. par politique '. Après s'être regardés sans trop se comprendre,

I. Voir sur ce mariage : Arch. uat.,K. 1017, 1626, 1634; Bibl. aat., ms.

ils s'étaient mis à vivre côte à côte, en frère et sœur, dans le cadre d'une existence royale dont le protocole réglait le programme journalier. Les portraits à cette date de celle qu'on appelait « la petite reine » font penser qu'elle devait être jolie. De taille moyenne, mince, avec de beaux yeux mêlés de vert, au regard un peu court, les cheveux blonds, abondants, frisés et bouclés, la peau blanche, la bouche petite et « vermeille », elle passait « pour une des plus grandes beautés de son siècle », affirmait madame de Motteville. avec exagération sans doute. On lui trouvait en réalité le nez un peu gros, les yeux un peu grands, le teint douteux ; mais elle avait « le tour du visage » exquis, le front bien fait, le pied petit : c'était une princesse agréable1. Louis XIII, au moins, la jugeait telle : il questionnait son entourage, désirait qu'on lui dît que la reine était belle, se préoccupait de savoir si elle n'était pas un peu menue et, lorsqu'on le niait, révélait qu'elle portait des patins pour se hausser2; quant à l'aimer il n'y songeait pas.

Elle avait une voix désagréable, un ton de fausset aigre, élevé et dur. Toutes les fois qu'elle parlait, le

Dupuy 156, fol. 92-124: Bibl. de l'Arsenal, ms. 4723. CC F. T. Perrens, les Mariages espagnols sous le règne de Henri IV et la régence de Marie de Médicis, Paris, Didier, 1809, in 8°.

1. Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 11, 17, 25; Herbert de Cherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 137; Visite du cardinal légat F. Barberini à Louis XIII et à la famille royale, I62-J, dans Bulletin de la Soc. de l'hist. de Paris, 1875, p. 174. Il existe au Louvre et aux Offices de Florence d'intéressants portraits d'Anne d'Autriche à l'époque qui nous occupe.

2. « Le roi lui dit (à Montpouillan) que c'étoit ses patins qui la haussoient (Anne d'Autriche) et lui ayant un peu relevé la robe (à la reine) les y fit voir. » Lettre de la marquise de la Force à son mari, dans Mém., du duc de la Force, éd. La Grange, t. II, p. 449; Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 2i.

charme de sa fraîche beauté paraissait s'évanouir un peu sous l'effet de ce timbre déplaisant1. Elle était ensuite coquette, passait du temps à se parer, ce que Louis XIII n'appréciait pas2. Aux ballets, dans lesquels, elle figurait en bonne place, elle s'appliquait à jouer son rôle avec une grâce séduisante, indice, croyaiton, de tendances peu sérieuses. Surtout son esprit et son caractère laissaient à désirer. Elle n'était pas très intelligente. Froide, indifférente, elle donnait l'impression d'une personne dédaigneuse, ce qui n'était chez elle que l'effet d'un défaut de souplesse : elle n'attirait pas la sympathie. Le cardinal de Retz la trouvera plus tard « intéressée, dure, rancunière, opiniâtre ». Madame de Motteville la déclarera entêtée. Elle manquait d'ordre; elle se montrait tour à tour trop bavarde ou trop méfiante, égoïste, orgueilleuse, avare. Retz la traite de « sotte » ; — sa partialité le rend, il est vrai, suspect. — Madame de Motteville, mieux disposée, atténue l'expression en disant, qu'Anne d'Autriche « s'est trop défiée de son esprit et de sa raison 3 ». Ce qui est certain c'est qu'on n'avait pas grande idée de ses moyens. Si quelque ambassadeur venait lui faire la révérence, quoiqu'elle parlât bien le français, elle était incapable de répondre et l'introducteur, M. de Ronneuil, devait prendre pour elle la parole*. Tout le monde s'accorde

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