‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 184 sur 349 · Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p · texte numérisé non relu

Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p

ci venait le rejoindre à Saint-Germain, mais c'était pour y retrouver la vie froidement protocolaire, dans son appartement, avec les visites journalières réglées. La reine était-elle souffrante d'une maladie qui lit craindre la contagion? La faculté interdisait au roi l'accès de l'appartement. En novembre 1G18 Anne eût la rougeole; Louis XIII passa près de vingt jours sans la voir '.

Pour l'ambassadeur d'Espagne, leurs rapports étaient aigres -.Louis XIII n'admettait pas que sa femme lui tit de recommandations. Si elle se hasardait, elle était obligée de prier M. de Luynes d'atténuer auprès du roi l'effet de la démarche3. Un jour où le roi s'était rendu a Lésigny, Anne vint inopinément le rejoindre. Louis XIII lui manifesta un tel mécontentement, sous prétexte qu'il n'y avait pas assez de place dans le château, qu'elle dut repartir le lendemain. A son retour à Paris, le roi étant allé la voir dans sa chambre, la trouva sombre et taciturne. Il ne fit rien pour la ramener. La dame d'honneur cherchant à raccommoder les choses, envoya au roi, de la part de la reine, un bouquet de fleurs avec quelques mots aimables; Louis XIII ne répondit pas*. Au peu de sympathie des natures devaient s'ajouter beaucoup de malentendus : nombre de négligences inattentives du roi

1. Le journal d'Héroard nous renseigne su;- lous ces faits avec l'abondance et la précision nécessaires : voir par exemple, Bibl. riat., ms. fr. 4025, fol. 394 v", 423 r°; 4026, fol. 109 v" et suiv., 115 v", etc.

2. Dépèche de Giron au roi d'Espagne du 24 novembre 1618, Anli. nat., K. 1475, n° 107 a.

3. Lettre d'Anne d'Autriche à Luynes, sans date (Arch. du château de Dampierre) : - .Mon cousin, ne m'étant pas excusée d'écrire un mol au roi par ce gentilhomme en faveur de M. de Nevers, j'ai bien voulu aussi vous le faire savoir afin que, par votre moyen, le roi connoisse que je ne lui fais aucune prière et laisse le tout à sa volonté. •

4. Dépèche de Contarini du 14 juillet 1018, Bibl. nat., ms. ilal. 1772, p. 142.

accentuaient le désaccord. Ce qui achevait de les tenir éloignés, était la présence, autour de la reine, de certaines personnes, nouvelles causes de mésintelligence et de querelles, d'abord les dames et serviteurs espagnols imposés à Marie de Médicis au moment du mariage de son fils, en 1615, et formant à la porte du cabinet du roi un groupe hostile qui épiait, écoutait, puis instruisait la cour d'Espagne. Depuis sa plus tendre enfance le roi haïssait les Espagnols : c'était l'ennemi héréditaire.

Une cousine du duc de Lerme, la comtesse de la ïorre, dirigeait ce personnel, sur des instructions venues de Madrid '. Louis XIII reprochait aux espagnols d'exploiter Anne d'Autriche, de lui extorquer ses revenus; il redoutait l'apparition de quelque favori qui recommençât l'histoire du maréchal d'Ancre; il croyait que la reine était, par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne et de cet entourage, entre les mains de la cour de Madrid 2. De fait, l'ambassadeur d'Espagne se trouvait constamment au Louvre, conseillait Anne d'Autriche, tenait son souverain au courant des incidents de sa vie3. Le

1. Ce personnel se composait de daines (comme la comtesse de Castro, Dona Luisa Osorio, Anna de Gûzman, Catarina de Cestro, Dona Antonia de Mendoza, Arch. nat., K. 1475, n° 142), de médecins (La Serna, Ferrillo, Ibid., 1479 n° 80 a; Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 389 v°), de filles d'honneur (Ibid., fol. 3G5 v°), de confesseurs, d'aumôniers, de femmes de chambre, etc. Anne d'Autriche fut servie à table suivant la mode espagnole jusqu'en 1016 (Ibid., fol. 287 v°).

2. Sur les sentiments hostiles de Louis XIII à l'égard du personnel espagnol, voir les dépèches des ambassadeurs Monteleone et Giron au roi d'Espagne, (Arch. nat., K. 1475, n° 44, 107 a); celles de l'ambassadeur vénitien (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 155, 482, 502, 567). de Bentivoglio {Lettere, t. II, p. 520).

3. Voir les dépèches de Monteleone de 1017 (Arch. nat., K. 1473, n° 181, 182), de Contarini du 6 avril 1618 (Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 44). Monteleone avait été chargé par le roi d'Espagne d'instruire et de guider Anne d'Autriche (lettre de Bentivoglio à Monteleone du 9 avril 1620, dans Bentivoglio, Lettres, 1680, in-12, p. 309).

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lendemain de la mort de Concini, on avait cherché à l'écarter : il avait répondu qu'il venait an château, comme « majordome de la reine régnante », ce qui lui avait valu cette réponse qu'on ne connaissait pas cette charge en France et qu'il eût à se renfermer dans son rôle d'ambassadeur '.

En même temps que lui, écrivaient régulièrement en Espagne, la comtesse de la Torre, le confesseur, Francisco de Arriba ', puis Anne d'Autriche elle-même. On le lui a reproché : nous avons de ses lettres; ce sont des billets sans grande importance; son père, qui l'aimait beaucoup, lui donnait de ses nouvelles, lui envoyait de l'argent; elle écrivait aussi à son frère, le futur Philippe IV, au duc de Lerme, au duc d'Olivarès; elle avait des courriers spéciaux3. Inquiet de cette correspondance, Louis XIII soupçonnait sa femme de connivence avec ses ennemis : il lui échappa de le dire. Anne se récriait. Au moment où la cour d'Espagne se dérobait à ses engagements au sujet de la Valteline, Louis XIII disait à la reine : « Ecrivez au roi votre père et dites à l'ambassadeur d'Espagne que je suis résolu à vouloir l'exécution du traité de Madrid, ou qu'autrement j'y emploierai toute ma puissance »: et la reine étonnée répondait que

i. Chaulnes, Relation exacte, \>. 470.

2. Nous avons un certain nombre de leurs Lettres el les réponses de Philippe III ou du duc de Lerme: Arch. nat., K. 1455, n° 2. .">. 578 ; 1473, n 102; 1475, n° 26, 28; 1477, n" 119; 11TS. q" 7:i.

3. Arch. nai.. K. 1431, n° 105; 1457, n"22; 1475, nc 25; 1476, n l^i: avec les réponses dis personnages. Cf. -Madame de Motteville, Mém., éd. Micbaud, p. 17. Ji. Monteleone prévenait qu'Anne d'Autriche recevait avec grand plaisir les lettres de son père et de ses frères (dépêche du ^s décembre I*ii7. Arch. nat., K. 1473, n° 194). Pour les envois d'argenl du nd d'Espagne à sa Qlle, cf. Ibid., K. li.'i.'i, n° 127, 133; 1476, n° 132; en 1619 le roi envoie a sa ii lie 6 000 écus.

puisque Sa Majesté le commandait elle écrirait au roi d'Espagne et parlerait à l'ambassadeur, mais qu'elle le suppliait de croire qu'elle n'était pas Espagnole, qu'elle était toute Française1. « Pense-t-on, disait-elle à son entourage, que, parce que je suis née en Espagne je sois Espagnole? On se trompe, je suis Française et ne veux être autre ». A Luynes elle répétait : « Il n'y a rien au monde de si conjoints que mes intérêts avec ceux du roi 2 ».

En décembre 1618 Louis XIII chassa les Espagnols. Ce fut toute une affaire. Anne d'Autriche témoigna beaucoup d'affliction, puis se consola3. Les étrangères parties, le roi avait nommé comme surintendante de la maison de la reine la femme du duc de Luynes, Marie de Rohan, et, comme dame d'atour, la sœur du favori, madame du Yernet. Il n'allait pas mieux s'en trouver4.

La duchesse de Luynes était cette future duchesse de Chevreuse, la sémillante personne qui remplira la moitié du xviic siècle du bruit de ses galanteries et de ses aventures. Agée de dix-huit ans, « jolie, friponne, éveillée », d'humeur fort indépendante, elle joignait une légèreté charmante à beaucoup de grâce provocante5.

1. Dépêche de Pesaro du 10 février 1623, Bibl. nat., ins. ital. 1779, p. 221.

2. Chaulnes, Relation exacte, p. 484; lettre d'Aune d'Autriche à Luynes du 26 juillet 1620, Arch. du château de Dampierre.

3. Ou peut suivre cette histoire, qui agita beaucoup la cour, dans les dépèches des ambassadeurs espagnols (Arch. nat., K. 1475, n" 94, 98, 107 a, 121, 129, 134 a, 141, 142); des ambassadeurs vénitiens (Bibl. mil., ms. ital. 1772, p. 215, 257); du nonce (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 568; t. III, p. 9, 59, 68, 71, 141). Nous avons 1' « Estât de la dépense pour le retour en Espagne des dames et damoiselles espagnoles » (1618, Bibl. nat., ms. fr. 15 597, fol. 270 et suiv.).

4. Madame de Luynes fut « chef du conseil, surintendante de la maison et finances d'Anne d'Autriche. » Bibl. nat., nouv. acq. fr. 9175, fol. 432 r°. Madame du Yernet, que l'on confond souvent avec mademoiselle de Verneuil, se nommait Antoinette de Luynes.

5. Sur la duchesse de Luynes, voir, avec le livre de V. Cousin,

Après avoir éprouvé une vive contrariété de cette nomination, à cause du duc de Luynes qu'elle détestait, en raison de la place excessive qu'il tenait dans le cœur du roi, Anne d'Autriche avait fini par accepter la nouvelle surintendante '. Celle-ci s'étak d'ailleurs chargé de gagner sa cause. Du même âge que la souveraine, vive, impétueuse, pleine de gaîté, elle amusait la reine. Elle se montrait prévenante pour le couple royal, L'invitait à dîner. Anne d'Autriche se prit de sympathie [tour elle, puis d'amitié : leur intimité grandit. Lorsqu'en décembre 1620 la duchesse de Luynes mettra au monde un fils, la reine la veillera-.

Richelieu accuse les Luynes d'avoir abusé du pouvoir qu'ils exercèrent, chacun de leur côté, sur le ménage royal pour tenir les époux éloignés l'un de l'autre afin de demeurer les maîtres. Madame de Motteville écrit que « le malheur d'Anne «l'Autriche étant de n'avoir pas été assez aimée du roi son mari, elle avait été forcée d'amuser son cœur ailleurs, en le donnant à des dames qui en avoient fait un mauvais usage et qui, au lieu de la convier à rechercher les occasions de plaire au roi, l'en éloignèrent autant qu'il leur fut possible afin de la posséder davantage » 3.

Madame de Chevreuse, 1876, in-I2 : Bibl. nat., aouv. acq. fr. 4334; Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. I, p, 400; les dépêches de Priuli

de 1621, Bibl, nat., ms. ital. 1770, p. 22, 237.

1. Herbert de Cherbury, Mém., trad. Paillon, p. 165; madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 17.

2. Béroard, Bibl. nat., ms. fr. 4020, fol. 19 v°, 455 r". En 1619 Anne d'Autriche fait donner à madame de Luynes de larges gratifications, Aivh. nat., E. 78e, fol. 108 r ; dépêche de Priuli du 2'.) décembre 1020, Bibl. nat., ms. ital. 177."», p. 194.

;. Richelieu, Mém., t. I, p. 210; madame de .Motteville, Mém., éd. .Michaud, p. 21.

Les Luynes, au contraire, commencèrent par employer leur influence à servir d'intermédiaire entre. les deux époux. Revenant un peu de ses préventions contre le duc, au moins extérieurement, car au fond, elle ne lui pardonna jamais, Anne consentit à faire meilleur mine à celui-ci. Elle se servit de lui pour communiquer avec le roi; elle lui demandait des conseils. Tout heureux, le favori lui écrivait, la mettant au courant de ce qui se passait auprès du prince. Ce fut un échange de bons procédés l.

Mais, rieuse, légère, madame de Luynes, n'avait aucune consistance : « Jamais personne n'a moins fait d'attention sur les périls et jamais femme n'a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs, » a dit quelqu'un qui l'a bien connue2. Elle se montrait inconsidérée. Très sévère pour elle, Richelieu dit quelle était « la honte du roi, la perte de la reine dont le bon naturel était forcé par son mauvais exemple » 3. Madame du Vernet, la dame d'atour, n'était pas plus sérieuse : on l'accusera plus tard d'avoir été d'intelligence avec Buckingham et d'avoir facilité les entrevues du gentilhomme anglais avec la reine 4. A côté de ces dames en étaient d'autres, aussi peu pondérées, achevant le cercle intime d'Anne d'Autriche : Mlle de Yerneuil, sœur naturelle du roi ; surtout la princesse de Conti, per-

1. Par exemple, lettres d'Anne d'Autriche à Luynes des 11 juillet et 28 sept. 1620, Arch. du château de Dampierre.

2. Retz, Mém., éd. Feillet, t. II, p. 186. « La femme de Luynes qui est un esprit écervelé qui n'a que dix ans... » (Seconde partie et réponse à « la Chronique des favoris », 1622, in-12, p. 22).

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