‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 189 sur 349 · Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 158 v · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 158 v

2. Ibid., fol. 163 r° et 166 r°, lettre de Louis XIII à Anne d'Autriche datée de Caderousse, 21 novembre 1622.

3. Dépêche de Pesaro du 20 décembre 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1779, p. 62. Anne d'Autriche, elle, était allée au devant du roi, « con passione di affetto ».

réciproque. L<- roi trouva à redire à ce qu'il vint trop de monde el n'importe qui dans L'appartement de sa femme. Assez imprudemment, il chargea sa mère d'en l'aire des observations '. Il défendit expressément qu'aucun homme n'entrai dans le cabinet de la reine, lui n'étanl pas présent. Anne se fâcha'-. Un mois auparavant, venait de traverser Paris incognito, accompagnant !e prince d'Angleterre, un jeune seigneur anglais de vingt-huit à vingtneuf ans, grand, mince, blond, à la barbe un peu rousse, aux joues colorée^, aimable et séduisant, le duc de Buckingham. Louis XIII avait-il été informé de l'effet produit par le beau gentilhomme? Peut-être, puisque ensuite il déclarera ne pas vouloir «pic le duc repasse par Paris, « pour beaucoup de raisons, écrivait M. de Bréval au duc de Lorraine, générales et particulières, puhliques et domestiques que Votre Altesse jugera bien8. »

Les relations des deux époux s'aigrirent. En juillet de cette année 1G23, la reine eut une étrange attaque de nerfs; elle tomba, se blessa à la main, au nez et au front, dut s'aliter, éprouvant des maux de tête violents. On lit quelque mystère de cet accident dont il ne fut parlé qu'en secret, les uns prononçant les mots de délire et de convulsion, les autres de « mal caduc ». Ce ne fut rien.

1. Richelieu, Mém., éd. Micbaud, t. I. p. 281. Ce fui toute une histoire à laquelle se trouvèrent mêlés Puisieux <d sa femme.

2. Journal d'Arnauld d'Audi lly de H»2:;, 30 avril, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. i7 v : dépêche de Pesaro du 12 mai l<vi\. Bibl. nai., in~. ital. 1780, p. 245. On rétablissait ainsi, paratt-il, un ancien usage.

Lettre de M. de Bréval au duc de Lorraine, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 31 8 \ . Buckingham passa à Paris le 8 mars 1023 (dépêchi

du nonce Corsini, Arch. nat., !.. '■>'■>'. fol. 381 \ >: il accompagnait le prince d'Angleterre. Pour If portrait du dm-, voir: Visite du cardinal

rberini <'< Louis MU, dans Bull. ■/■ /" Soi P 1875,

1>. 175 : Nous vîmes ce duc traverser la cour, etc. »

Elle se releva. Il y avait peut-être un rapport entre cet accident bizarre et les crises intérieures du ménage l.

Une de ces crises se manifesta en octobre, lorsque pour éloigner définitivement madame de Chevreuse, Louis XIII supprima la charge de surintendante de la maison de la reine. Anne pleura. « Le roi qui, dans ce qu'il entreprenait, était extrêmement violent et obstiné, maintint sa décision envers et contre tous2. » La présence de Marie de Médicis, revenue près du roi, achevait de brouiller le ménage.

Exilée à Blois, Marie de Médicis avait tâché de demeurer en bons termes avec sa bru. Elle lui avait écrit. Lorsqu'elle s'était enfuie en 1619, elle lui avait demandé de s'interposer afin de calmer le roi 3. Mais quelle sympathie pouvait exister entre l'ancienne maîtresse du royaume et la nouvelle reine de France jouissant de tous les honneurs, privilèges, prérogatives de la fonction jadis attribués à l'autre? Dès qu'il avait été question que les deux princesses se retrouvassent à Tours, en 1G19, il y avait eu une série de discussions, pour savoir laquelle des deux aurait le pas. Louis XIII avait cédé à sa mère la préséance. La contrariété d'Anne

1. Dépêches de Pesaro des 3, 10 et 21 juillet 1623 (Bibl. nat., ms. ital. 1TS0, p. 319, 336, 301); du marquis de Mirabel à Juan de Ciriça du 24 juillet (Arch. nat., K. 1479, n" 07).

2. Dépèches de Corsini des 27 et 30 octobre 1623, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 229; Journal d'Arnauld d'Andillv de 1023, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 57 v".

3. Lettre de Marie de Médicis à Anne d'Autriche datée de Loches, 23 février 1619, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 14 r et v. Eu juillet 1018, Marsillac, secrétaire d'Anne d'Autriche, avait été mis en prison en raison de ses intelligences avec .Marie de .Médicis (dép. de Contarini du 14 juillet 1018, Bibl. nat., ms. ital. 1772. p. 143).

avait été vive. Il avait fallu que Louis XIII priât Richelieu de régler les relations des deux reines entre elles, de fixer le ton, les manières, les gestes, afin d'éviter les heurts1. Malgré les précautions, les heurts se produisaient. Un jour il s'agissait d'un mot d'ordre à donner au régiment des gardes; le lendemain de la place d'un carrosse. Si le roi quittait Paris pour aller en campagne et nommait sa femme régente, ce nouveau titre ne modifiait-il pas les prérogatives d'Anne en lui donnant le pas sur sa belle-mère? De dépit, Marie de Médicis allait s'enfermera Fontainebleau jusqu'au retour de son fils2. Lorsqu'après la mort de Luynes Marie de Médicis se rapprocha de Louis XIII, il n'y eut personne qui ne prévît que cette réconciliation allait contribuer à la mésentente du ménage royal. Un incident amena une scène violente. Rucellaï, que Marie de Médicis ne pouvait plus souffrir, ayant reçu l'ordre de ne jamais reparaître devant l'ancienne régente, se trouva dans la chambre d'Anne d'Autriche un jour où la mère du roi y était. Celle-ci lui dit de sortir; l'abbé ne bougea pas et même parut ricaner avec les dames. La vieille reine, rouge de colère, ordonna à M. de Bonneiiil de chasser Rucellaï, ce qui fut exécuté. Riais alors des protestations s'élevèrent. Se croyant maîtresse du Louvre, Marie de Médicis axait donc osé commander dans l'appartement île la souveraine régnante! Sans égard ni respect pour

1. Lettre à Richelieu du 2"> septembre 1619, Arch. des AIT. étr., France 7":f. fui. 122 i ••-. lettres du nonce des 23 aoùtet 13 septembre 1G19 (Bentivoglio, Lettere, t. III, p. 430, 513).

2. Dépêches de Contarini des '■> cl 27 octobre 11)20, Bibl. nat., ms. ital. 1775, il 9, 61; lettre de Marillac à Richelieu «lu 2'. août 1021, Arch. des Ail', étr., France 77."», fol. 58 i . on invoquai) dans la discussion h'- précédents du temps do Catherine de Médicis.

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celle-ci qui était chez elle, elle avait régenté ses intérieurs ! Ce fut un esclandre. Le conseil du roi dut s'en occuper. Louis XIIÏ exigea des excuses. Marie de Médicis pleura '. On devine les sentiments réciproques que pouvaient éprouver l'une pour l'autre une belle-mère et une bellefille se trouvant à ce point dans leurs rapports? Saint- Simon croit que « rien ne put diminuer l'union qui s'étoit mise entre les deux reines dès le commencement du mariage de Louis XIII dont le nœud était la passion espagnole qui les posséda sans cesse toutes les deux ». Il a tort, pour ce moment 2. Mais Louis XIII ne pouvait qu'être défavorablement impressionné par l'antipathie mutuelle de sa mère et de sa femme. L'animosité de la petite reine à l'égard de sa belle-mère venait s'ajouter à tant d'autres causes prédisposant le jeune roi à s'écarter d'Anne d'Autriche. Tout contribuait à désunir leur ménage ! Les heures de tendresse et d'amour étaient bien passées!

1. Cette affaire agita vivement toute la cour : Cf. les dépêches du nonce Corsini du 22 mars (Arch. nat., L. 397, fol. 330 r°); de Pesaro du 15 mars (Bibl. nat., ms.ital. 1778, p. 51); de l'envoyé florentin du 12 mars 1622 (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 305); le Journal d'Arnauld d'Andilly de 1G22 (Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 3 v°); Richelieu, Mcm., éd. Michaud, t. I, p. 259.

2. Saint-Simon, Parallèle des trois premiers rois Bourbons, Paris, 1880, in-8°, p. 20. Cependant, au dire de Richelieu, en 1623, par exemple, Louis XIII venant se plaindre d'Anne d'Autriche à Marie de Médicis et, « avec un visage tout interdit, lui conter ses douleurs », Marie de Médicis cherchait à excuser sa belle-fille, parlait à Anne, lui donnait des conseils, et tâchait de rapprocher le ménage (Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 273). Les relations d'Anne d'Autriche avec les sœurs de Louis XII!, à en juger par les lettres qu'elle leur écrit, sont correctes (Bibl. nat., ms. fr. 3818, fol. 18 ru et suiv.).

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