‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 190 sur 349 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Louis XIII chef de famille, sa sollicitude pour ses frères et sœurs; son autorité. — Gaston, son caractère léger et peu sympathique : Louis XIII l'aime peu et le tient de court. — Elisabeth, princesse d'Espagne, la sœur aînée, charmante nature; Louis XIII a une vive affection pour elle; la correspondance d'Elisabeth, qu'on appelle « .Mignonnette », avec madame de Monglat, Louis XIII et ses sœurs : témoignages d'attachement du jeune roi : Elisabeth n'est pas heureuse. — La seconde sœur, Chrétienne; affection aussi de Louis XIII pour elle : il la marie au prince de Piémont. — Henriette-Marie, troisième sieur, « petite madame »; le roi l'aime beaucoup, a grand soin d'elle, veut la marier au fils de l'empereur, puis au prince de Galles. — Les fils illégitimes d'Henri IV : ton de Louis XIII à leur égard. — Les Vendôme; il ne les aime pas et affecte à leur endroit une bienveillance autoritaire. — Les Verneuil; Louis XIII se montre au contraire affectueux pour eux; Henri de Verneuil, évèquc de Metz, filleul de Louis XIII; attachement et attention du roi pour lui ; il s'occupe de ses études, protège sa fortune et veut le faire cardinal; mademoiselle de Verneuil, Louis XIII la marie au fils du duc d'Epernon.

Louis XIII, à titre de roi et de frère aîné, est le chef de la famille royale, de ces « enfants de France » que la mort d'Henri IV et l'éloignement ou l'indifférence de

Marie de Médicis ont laissés un peu orphelins. Il exerce sa fonction avec sérieux. Il se considère comme chargé d'une responsabilité à laquelle il ne peut pas se soustraire. Il suit chacun de ses frères et sœurs, s'informe, donne dos ordres pour la moindre modification qu'il

convient d'apporter à leur genre d'existence. Si quelque incident se produit, nécessitant de sa part des mesures de rigueur, il les impose. On ne conteste pas. Princes et princesses s'inclinent devant lui. L'aiment-ils? Peutêtre. Ils semblent surtout intimidés par sa puissance : leurs lettres témoignent de leur soumission et sont remplies de marques de déférence qui ne révèlent pas leurs sentiments : peut-être n'en éprouvent-ils pas. Ils n'ont aucune intimité avec le souverain ; pas de jeu en commun : ils lui disent « vous »; ils usent envers lui de formules protocolaires. Ce respect est le résultat des manières volontaires du jeune roi. Enfant, Louis XIII avait fait sentir à ses frères et sœurs ses tendances autoritaires; en grandissant il les leur a de plus en plus marquées.

Au fond, il les aime. Il souhaite infiniment voir régner entre eux une union affectueuse. Il écrit à sa sœur Elisabeth : « J'espère que Dieu nous fera la grâce de demeurer tous en la bonne intelligence que j'ai continuellement désirée » '. Il pense à eux, leur donne des cadeaux : en voyage, passant par quelque ville où se vendent des friandises réputées, il en achète et leur en envoie. ?' Il entend qu'on le tienne au courant de la santé de chacun

1. Sans date, Bibl. nat., ras. fr. 3722, fol. 25 r°. Nous allons principalement utiliser pour ce chapitre les lettres de Louis XIII à ses frères et sœurs et les réponses de ceux-ci. Le recueil auquel nous les empruntons et qui contient près de 600 lettres de Louis XIII des années 1617 à 1625 environ, a été formé par le secrétaire du roi Tronson, qui les copiait au passage. Il existe un double de ce recueil à la Uibliothèque Mazarine (ms. n°2126) présentant quelques lettres en plus. Nous avons déjà eu souvent l'occasion de citer ce recueil.

2. Lettre de Louis XIII à madame de Monglat, datée d'Orléans, 10 juillet (sans doute 1620) : « Mamanga, envoyant à mon frère et à mes soeurs des confitures de cette ville, je les vous ai voulu adresser afin que vous les départissiez entre eux. » Bibl. nat., ms., fr. 3798, fol. 28 r°.

et c'est lui qui informe sa mère, heureux, s'il y a eu quelque maladie, de prévenir Marie de Médicis des mieux qui se produisent '. Lorsqu'il arrête quelque déplacement des petits princes ou princesses, les préoccupations de bien être, d'agrément et de bon air entrent en considération dans son esprit : il a souci d'eux.

Sauf Gaston, le frère, qui est confié à un gouverneur, les autres sont demeurés sous la direction de la gouvernante, qui, depuis leur naissance, ne lésa jamais quittés, la marquise de Monglat. Vieille « Mamanga », comme on l'appelait jadis et comme on continue à l'appeler encore, elle paraissait autrefois conduire son petit monde avec une raideur peu capable de lui attirer l'affection des enfants. Où était le temps où Louis XIII encore dauphin, lui disait furieux: « Fi la vilaine! qu'elle est laide! je vous tuerai! ~ ». Par reconnaissance pour une éducation sérieuse, par estime à l'égard d'un caractère qui, avec la fermeté nécessaire, a su montrer un dévouement inaltérable, Louis XIII et ses sœurs ont voué à celle qui a remplacé près d'eux la mère bien lointaine, un attachement fidèle. Ils lui écrivent avec abandon, ils garderont son souvenir : ce sera presque la seule personne à qui les lettres adressées par la famille royale témoignent d'un sentiment toujours égal de tendresse3. Tant qu'il restera une princesse à la cour, madame

1. Lettre de Louis XIII a Marie de Médicis de 1621 : « Mon frère a. I)ir-u merci, recouvert la santé ». Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 100. Voir, ;'. ce propos : lu Santé 'Sa prince, on h- soin qu'on y doit observer, (s. I.). 1616, in-12 (attribué par Barbier a Raoul le Maistre . . Voir notre livre Au temps de Louis Mil, p. 47, 48.

is avons conservé une partie de la correspondance de madame [onglat avec le- enfants d'Henri IV : Bibl. nat., ms. fr. 3708,3815,

de Monglat sera sa gouvernante, surintendante de sa maison l. Louis XIII lui manifestera cette confiance qu'Henri IV avait en elle et que sa propre expérience a confirmée. Il est touché de son affection, de sa sollicitude : « Mamanga, lui écrit-il, l'on me dit l'affection que vous avez pour moi : je vois ce que vous m'en écrivez; j'en crois encore davantage et qu'elle vous donne peu de repos, vous représentant les périls de la guerre. Vos prières sont si bonnes que je n'ai rien à craindre. Continuez-les et croyez que je vous aime2 ». Il a de la gratitude pour les soins dont elle entoure ses sœurs : « Mamanga, j'ai bien agréable de voir dans vos lettres les témoignages que vous me rendez du soin que vous avez de tout ce que j'affectionne : je crois qu'il est encore plus grand que vous ne me le faites paraître, car je sais comme vous m'aimez et suis fort assuré que vous n'y manquerez jamais. » Il sait qu'elle pense toujours à lui : « Je me représente que souvent vous parlez de moi. Mamanga, je me recommande à vos bonnes prières » 3. Il ne l'oublie pas : il lui fait des dons généreux \

1. En 1623, « Françoise de Longuejoue, Marquise de Monglat » porte le titre de « gouvernante d'Henriette-Marie et surintendante de sa maison et finances », Arch. nat., X'* 8650, fol. 37 r°.

2. Lettre de Louis XIII à madame de Monglat de 1622, conservée à ta Bibliothèque de Saint-Pétersbourg et publiée par H. de la Ferrière dans Arch. des missions scientifiques et littéraires, 2e série, t. III, 186G, p. 21.

3. Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 96 v°, 97 r°. Voir ce que nous avons déjà dit plus haut (p. 107) de l'affection de Louis XI II pour madame de Monglat.

4. Par lettres patentes du 3 mars 1623 Louis XIII donne à madame de Monglat « la faculté de nous nommer et présenter personnes capables aux bénéfices dont la collation et provision nous appartient, ensemble aux offices royaux ordinaires et extraordinaires des aides estant aux bailliage et prévôté de la ville de Provins », pendant neuf ans, ce qui rapporte de bons bénéfices : Arch. nat., Xla 8650, fol. 37 r°. Madame de

Gaston, futur duc d'Orléans, le seul garçon, après Louis XIII, de la famille légitime, destiné à remplir le règne des agitations de sa nature brouillonne, vit à part. Il lui a été attribué au haut du Louvre un appartement auquel on accède « par un escalier en colimaçon, une galerie basse et de peu d'apparence servant d'antichambre1 ». C'est un petit prince de douze ans, vers 1620 : il ne jouit pas d'une santé brillante : constamment atteint de quelque maladie, il a, en 1619, la petite vérole2 : en 1621, il rend des vers, accident qui s'accompagne de troubles : fièvre intense pendant quinze jours, flux de ventre; un moment, on craindra pour sa vie — une épidémie décimant à ce moment l'armée royale qui assiégeait Montauban 3. En 1622 c'est la pierre qu'on découvre chez lui : il rend « trois grains comme de têtes d'épingles jointes ensemble, non lisses mais raboteuses ». 4 II n'est pas très robuste.

Son caractère est peu sympathique. Sans doute il est assez agréable de traits: ses yeux bleus, ses cheveux noirs, son teint « vermeil » contribuent à rendre sa physionomie d'enfant attrayante : plus tard, une bouche constamment ouverte, enlaidie par la lèvre inférieure pendante, un regard court, étonné, lui donneront l'appa-

Monglat a beaucoup de peine à se faire payer les dépenses des princesses dont elle est gouvernante (arrêt du conseil du 10 novembre 1617. Arch. nat., E. 57, fol. 200 r°).

1. Visite du cardinal légat Barberini à Louis XIII , 1025, dans Bullct. de la Soc. de l'hist. de Paris, 1875, p. 174.

2. Le roi, en train dt; voyager, est obligé de le laisser à Amboise. Lettre de Bassompierre au comte de Tilliores du 2 octobre 1019, Bibl. nat., nouv. ac<j. fr. 3538, fol. 3 r° ; Pontchartrain, Mém., éd. Micbaud, p. 408.

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