Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p
3.Dép. deGontarini du 5 février 1619, Bibl. nat., ms. italien 1772, p. 316. 4. La lettre fut publiée dans : Lettres de la reine-mere à Monsieur le prince de Piémont, Loches, 1019, in-12, p. 7.
fasse le voyage1. » Le prince de Piémont devait se rendre seul à Angoulème; Chrétienne allait attendre la paix entre sa mère et son frère pour revoir Marie de Médicis à Couzières, en même temps que le roi, on sait dans quelles conditions : les relations manquaient de confiance entre la mère et la fille ! Peu de jours après, la nouvelle princesse de Piémont partait pour l'Italie2.
Elle pleura beaucoup. Louis XIII cherchait à la réconforter, simulant une gaieté qui dissipât un peu son chagrin ; il lui donnait une magnifique chaîne de diamants: il priait la fille de madame de Monglat, madame de Saint- Georges, de la suivre, disant à celle-ci qu'il comptait sur elle pour que la princesse « reçut les bons conseils qu'elle jugeroit aux occasions lui être nécessaires. » Il devait garder à sa sœur un souvenir fidèle3.
Il le lui répétait : « Ma sœur, vos lettres ne me sont pas nécessaires pour vous conserver en mon souvenir; mais elles servent beaucoup à mon contentement. L'affection que je vous porte vous doit tenir assurée d'être toujours présente en ma pensée et que vous en recevrez des preuves, s'il s'en présentait occasion. » « Ma sœur, je n'avais pas moins d'impatience d'apprendre de vos nouvelles que vous des miennes, à ce porté d'amitié et d'inclination. J'attribue votre désir aux mêmes raisons
ï. Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis de 1619, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 150.
2. Héroard, lundi 23 septembre 1619, Bibl. nat., ras. fr. 4026, fol. 216 v\
3. Lettre de Louis XIII à madame de Saint-Georges, Bibl. nat.. ms.fr. 3722, fol. 95 bis r°; dépêche de Contarini du 2 octobre 1619, Ibid., ms. italien 1773, p. 254; Matthieu, Alliances de France et de Savoie, p. 66. Le P. Pierre Monod dans ses Recherches historiques sur les alliances de France et de Savoie (Lyon, P. Rigaud, 1621, in-4°, p. 80-82) fait un grand éloge de Cbrétienne.
dont je demeure si satisfait que jene le saurois exprimer : cela no diminuera mon affection ou, au contraire, en l'augmentant, me donnera mille déplaisirs de ne vous pouvoir témoigner, à chaque moment, comme je suis, véritablement, votre bien bon frère'. »
Chrétienne, non plus, ne devait pas être heureuse. Dès la fin de 1619, elle écrivait : « Je n'ai pas ici tous les contentements que je pouvais espérer » ; « Je me suis toujours comportée avec plus de patience que personne de ma qualité ne devoit : » et elle demandait « quelque remède pour sa consolation2. » Malheureusement, à défaut des bons conseils de madame de Saint-Georges, des exemples de Louis XIII, ou des observations des ambassadeurs de France3, elle allait finir par chercher des consolations dans une voie où elle ne pouvait que se perdre. Dès 1627, « elle commencera à donner quelques soupçons de faire brèche à son honneur. » Ses aventures seront la fable de l'Europe ; de tous côtés se passeront sous le manteau nombre de récits ou de relations « des amours de madame Christine, duchesse de Savoie '" : » des enfants d'Henri IV, c'était elle qui avait hérité de l'humeur volage, légère et ardente du père.
Si elle ne devait pas être heureuse combien devait l'être moins encore la troisième sœur de Louis XIII,
1. Lettres de Louis XIII ù Chrétienne du 10 mars 1624 (Bibl. Qat., ms. fr. :\12\i. fol. 50 r°) et de 1621 {Ibid., ms. fr. 3818, fol. 2 r°).
2. Lettre de Chrétienne à Marie de Médicis du 0 octobre 1619, Bibl. aat., qouv. acq. fr. 771)7, fol. 341 r.
■'>. X">iii- lis lettres des ambassadeurs de Louis XIII en Savoie à partir
de l'arrivée de Chrétienne à Turin. Bibl. nat., ms. fr. 16917-16919.
4. Arch. des AIT. étrangères, France : 1 1 j i . fui. 213 r° et 9uiv. Sur les
\n. mrs de madame Christine, duchesse de Savoie », voir aussi : bibl. de
l'Arsenal, ms. 3308, fol. 1-6; 34072; 353, fol. 94 et suiv.; Bibl. nat., ms,
fr. 16077; 17470, fol. 288 et suiv.; nouveau acq. fr. 4443.
cette Henriette-Marie, future épouse du roi Charles I" d'Angleterre, destinée à voir son mari monter sur l'échafaud, à fuir elle même, exilée, abandonnée, loin de ses enfants et de tout ce qu'elle aimait.
Encore plus mince, fluette et gracile que Chrétienne, Henriette était, étant petite, la plus gentille des trois princesses. Priuli la trouvait charmante, gracieuse, gaie. « Je vous dirai sans cajolerie, écrivait Malherbe à son cousin M. du Bouillon, le 13 mars 1623, que c'est une des plus gentilles princesses qui soit au monde et que je ne crois point qu'il y ait, non une personne de sa qualité, mais une demoiselle en France, de qui l'esprit ne perdit sa cause, s'il étoit mis en comparaison avec le sien1. » Sensible, aimante, elle souffrira plus que tous de l'éloignement de la reine sa mère à Blois et la retrouvera à Couzières, nous l'avons dit, avec émotion. Son cœur était ardent. Que ne riait-on de la voir toute enfant s'essayer à des sentiments heureusement encore peu dangereux pour elle. Sa sœur Elisabeth lui écrivait de Madrid : « Mamanga m'a mandé toutes vos petites amours avec le comte de Soissons; je voudrois bien les pouvoir voir. » Mamanga veillait, puis Louis XIII 2.
Le roi l'aimait beaucoup, cette petite sœur délicate et frêle. Les lettres qu'il lui adresse sont pleines d'attentions caressantes. Il est le grand frère soucieux. Il s'in-
1. Malherbe, Œuvres, éd. Lalanne, t. IV, p. Gi ; dépèche de Priuli du 5 novembre 1621, Bibl. nat., ms. italien 1777, p. 80 (Priuli allant à Montauban prendre congé du roi avant de partir pour Venise, s'arrête à Blois où il voit Marie de Médicis et Henriette). Nous avons des lettres autographes d'Henriette-Marie enfant à madame de Monglat et à madame de Saint-Georges (Bibl. nat., ms. fr. 3798, fol. 5 et 17).
2. Lettre d'Elisabeth à Henriette-Marie, datée de Madrid, 15 avril (sans indication d'année), Bibl. nat., ms. fr. 3818, fol. 14 r°.
forme de la santé d'Henriette. Il recommande à madame de Monglat de ne pas quitter la petite princesse. Il assure celle-ci de ce qu'il appelle « son affection aimable i ». Partant pour une campagne dont il ignore la durée, il écrira à Henriette : « Voici un long voyage pour vous et qui vous durera beaucoup étant éloignée de moi : mais deux choses vous peuvent bien consoler : le lieu où vous êtes et l'assurance que vous devez avoir que je ne vous aime pas moins pour l'absence. Si je ne vous écris pas plus souvent, je ne laisse de penser à vous et d'être dans ce désir de vous rendre les preuves de mon affection. » Et pendant le siège de Montauban : « Je ne suis point plus content que lorsque j'apprends de vos nouvelles et que je sais que vous vous portez bien 2. » Il la tient au courant, lui envoie des gentilshommes afin de lui conter le détail de ses exploits, « lui dire les nouvelles conquêtes qu'il a faites. 3 » Est-il sur le point de rentrer? « Vous me verrez à Paris, lui dit-il, presque aussitôt que mes lettres : c'est la réponse que je ferai à la vôtre que j'ai été bien aise de voir et de reconnaître votre souvenir Continuez -moi votre bonne affection, vous y serez incessamment obligée par la ferme résolution que j'ai de vous aimer. » Et il a hâte de la retrouver; il la prie de venir au devant de lui : « il faut vous mettre en chemin pour me venir voir et vous tenir en état de partir avec ma sœur (Chrétienne); je crois que vous en serez bien aise : c'est pour vous ôter l'ennui que vous avez d'être