S. Dupleix, Hist. de Louis le Juste, 1643, in-fol., p
mosité à des jalousies indignes : « Vous êtes haï universellement », disait le duc de Rohan au favori, « parce que vous possédez seul ce que chacun désire1 ». Mais, tout en défendant M. de Luynes, ses amis lui donnaient des conseils prudents de réserve et de modération. « Rendez-vous digne de votre bonheur», lui disait-on, « et ne donnez point sujet, par vos déportements, à Dieu de vous abandonner et au roi de se servir contre vou^même des conseils qu'ils a reçus pour rabattre l'insolence du maréchal d'Ancre. » « On vous a donné avis de ne vous mêler que le moins que vous pourriez des affaires de l'Etat et de faire couler votre fortune doucement : ce conseil doit être suivi2. » Ces conseils, M. de Luynes ne les a pas suivis. Il a été grisé par sa grandeur. Comment cet homme timide a-t-il pu prendre une telle hardiesse et quel est celui qui lui a appris à exploiter sa faveur? C'est Déag-eant.
Devenu, après la mort de Concini, le point de mire des courtisans, M. de Luynes, un peu troublé, chercha près de lui des conseillers pour l'aider dans son nouveau rôle. Les anciens membres du petit conseil qui, autour du roi, avaient préparé la chute du maréchal d'Ancre étaient tout indiqués : Déageant, Modène, Marsillac, Tronson. Tronson fut écarté, on ne sait pourquoi, et remplacé occasionnellement par le colonel des Corses d'Ornano3. Ce fut cette « camarilla » qui mena M. de
1. Mém., «le Rohan, éd. de 175G, in-12, t. I, p. 150; Cérémonies observées à la réception île Monsieur de Luynes en qualité de duc el pair, Paris, 1GI9, in-12, p. 5.
2. Disrours à M. de Luynes par le sieur Dryon, gentilhomme, serviteur du roi. Pari-. 1617, in-12. p. 18, 58, 59.
3. Extrait des raisons et plaintes <\ue la royne mère du roy fait au roy son fils, Paris. 1019. in-12, p. 8. Marie de Médicis y dénonce nommément chacun d'eux.
Luynes. Le public de la cour fut assez vite informé ' ; il appela le petit groupe « le cabinet », les « favoris », « ceux de la faveur », « Messieurs de la faveur ». Richelieu dira : « Eux2! » De tous, Déageant était le mieux doué.
C'était vraiment un homme actif et intelligent, ferme, à l'esprit politique5. Il se lia étroitement avec M. de Luynes, fut son ami, son confident, et il eut, par suite, l'oreille du roi. Peu à peu on devina qu'il était ïalter ego pensant du favori. Toutes les fois qu'on eut à entretenir M. de Luynes, on ne manqua pas d'aller le trouver. L'expression « parler à Luynes et à Déageant » fut la formule consacrée4. S'il ne couchait pas au Louvre, — le protocole le lui interdisait, — Déageant y passait ses journées entières et n'en sortait qu'à minuit5.
Son influence occulte fut considérable. Il se trouva mêlé indirectement « au maniement des principales affaires » ; il fut du Conseil du roi, où sa parole eut du poids ; il prit les occasions d'écrire aux ministres, de la part du roi, attribution grave0! « J'ai vu M. Déageant »,
1. Voir Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 120; Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 512; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. II, p. 127.
2. Ibid., p. 236; G. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 201 ; Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p, 191, 205 et 245; N. Pasquier, Lettres, Paris, 1623, in-8°, p. 734.
3. Dépèche de Contarini du 9 janvier 1619, Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 274; Bentivoglio, Lettere, 1865, t. II, p. 185. Voir ses lettres à Pontchartrain, par exemple : Bibl. nat., ms. Clairambault 377, fol, 112 v°.
4. Les témoignages pour ces détails abondent : dépèches de l'ambassadeur vénitien Contarini (Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 40, 122, 130): Bentivoglio, Lettere, 1865, t. Il, p. 114, 286, 347, 383, 410; t. III, 1867, p. 11, 56. Cf. Mém. de Déageant, éd. de 1668, p. 3, 78, 79, 82, 91-95, 98, 138, 189; voir aussi Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 129 r°.