‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 222 sur 349 · Déageant, Mém., éd. de 1668, p · texte numérisé non relu

Déageant, Mém., éd. de 1668, p

6. Les sources qui viennent d'être citées, plus, Arnauld d'Andilly, Mém., éd. Michaud, p. 427; Pontchartrain. Mém., éd. Michaud, p. 398.

494 LE 1101 LOUIS XIII k VINGT ANS.

écrivait Tantucci à lliclielieu : « MM. de Richelieu et du Pont (de Courlay) m'ont dit qu'il le faut flatter, car il se fait tout puissant. Je le visiterai, car ils me disent qu'il nous peut faire du mal1 ». Les ambassadeurs étrangers allaient le voir2. De grands seigneurs, le duc de Bouillon, ayant à se défendre près du roi d'accusations portées contre eux, lui écrivaient3. Il fut question de le nommer secrétaire d'État : on parla en octobre 1G17 de créer un cinquième poste de secrétaire d'Etat en sa faveur. L'affaire n'eut pas de suite. En avril 1618, ce fut même à la surintendance des finances qu'on songea à l'appeler. L'idée ne devait pas aboutir". Il a manqué de peu un rôle historique et une renommée plus retentissante.

Or, Déageant était plus qu'énergique, il était dur. Il a entraîné M. de Luynes, il lui a enseigné à mépriser les oppositions, à imposer ses désirs. Le nonce le répétait : « Déageant, porté aux conseils violents, a gâté Luynes, qui, de lui même, est tenu pour une bonne nature1. » M. de Luynes, s'apercevra, mais trop tard, des erreurs de conduite que le tempérament de son confident lui fera

1. Lettre de Tantucci à Richelieu du 13 juillet 1617 (Arch. des Affaires étrangères, France 771, fol. 158 r°).

2. L'ambassadeur d'Espagne mandait au roi Philippe II : ■< Un ministro de lus de aqui tnuy ralido, llamado Mos de Duagian, etc.. ■• (dépêche de Monteleone au roi Philippe III du 1" juillet 1017, Axch. nat., K 1173. n" 155).

3. Lettre du duc de Bouillon à Déageant du 29 mai 1 GIS (Arch. des affaires étrangères, France 373, fui. 125 r": Bibl. nat., ms. Dupuv 92, fol. 97 r°).

4. Lettres du nonce Bentivoglio, Lettere, 1805, t. II, p. 2!t, 91, 3:10.

5. Luynes a piu che mai appresso di se quel Deajean, ch' e portato a consigli violenti e che guasta Luynes che per se stesso e tenuto di buona e soave natura ■ (Ibid., 1867, t. III, p. 198, du 13 février 1019). « Déageant tira al severo pin degli al tri... inclini alla riolenza - [Ibid., t. Il, p. 503). « Déageant veniva creduto original principio et antore di tutti i peggiori consigli » (V. Siri. Memorie recondile, 1079, t. V, p. 43).

commettre'. Nombre Je gens connaissaient cette violence. Déageant était détesté. Les ministres, surtout, ne pouvaient pas le souffrir. On crut remarquer que Déageant se mettait finalement à traiter des affaires à l'insu même de M. de Luynes et la famille de celui-ci, — les Modène, les Montbazon, — à son tour inquiète,, protesta. Il y eut des querelles, des mots vifs entre Luynes et Déageant. Un incident avec la Savoie à propos d'une erreur commise, dont on attribua la responsabilité à Déageant, fut la dernière goutte qui fit déborder le vase.. Luynes expliqua à son confident, en décembre 1618, que « les ministres d'Etat et tous les principaux de sa maison, de sa parenté et de son alliance avoient conçu une extrême jalousie contre lui, qu'ils le menaçoient de l'abandonner s'il ne l'abandonnoit » ; il priait Déageant de s'abstenir de paraître au Conseil. Que pouvait Déageant qui ne tenait que grâce à Luynes ! Il proposa de s'en aller définitivement; Luynes lui demanda de continuer à l'aider de ses conseils. Ses ennemis parvinrent à le faire exécuter au début d'août 1619. La chute fut douce2. Le roi nomma Déageant premier président de la Chambre des comptes de Dauphiné, lui accorda la continuation jusqu'à sa mort de ses appointements, et colora le départ en chargeant Déageant d'une mission

1. Il s'en plaindra à M. de Béthune; lettre à celui-ci de mars 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 102 r°).

2. Sur la disgrâce de Déageant, que nous résumons brièvement, voir les dépèches de l'ambassadeur vénitien (Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 185, 202. 267-268, 274; 1773, p. 88, 219); du nonce (Bentivoglio, Lettere, 1867, t. III, p. 140, 416, 422, 435); les Mémoires de Déageant (éd. de 1668, p. 133 et 135): d'Arnauld d'Andilly (éd. Michaud, p. 432-433); de Pontcliartrain (éd. Michaud, p. 402); de Richelieu (éd. Michaud, t. I,. p. 202).

de confiance auprès du gouverneur du Dauphiné, Lesdiguières; l'autre disparut discrètement1.

A côté de Déageant, Modène a été plus effacé. Cousin germain de M. de Luynes, gentilhomme du Dauphiné, méridional porté à l'exagération et de jugement pas très sur, il avait grand crédit auprès de Luynes et de Louis XIII2. Après Déageant et Modène, resterait d'Esplan, Esprit Alart d'Esplan, marquis de Grimault, comtadin de naissance obscure, que Louis XIII aimera beaucoup pour des qualités gracieuses analogues à celles de Luynes, et dont la faveur sera telle qu'un moment, après la mort du connétable, on parlera de lui pour remplacer le favori disparu3.

C'est guidé et poussé par ces confidents que Luynes parut prendre dans l'Etat une place chaque jour grandis-

1. Arch. mit., E 62», fol. 169 r°. Par brevet du 13 août 1619, Louis XIII accordait à Déageant, outre les 1 200 1. de gages de sa charge de premier président, la continuation en viager de ses appointements précédents, qui étaient de 14 000 1., sans compter les 1 000 1. de ses gages de secrétaire des finances. Déageant avait été nommé, le 12 janvier Mil'.). « contrôleur triennal du domaine de S. M. en Dauphiné » (Dufayard, le Connétable de Lcsdiguières, p. 442). Cf. Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 224; lettre de lui à Ponlchartrain du 13 août 1620 (Bihl. nat., ms. Clairaml.ault 377, fol. 121 r°).

2. Sur la famille de Modène, voir un dossier dans les papiers de Peiresc (Bibl. de Carpenlras, ms. 869-872); J.-L. Prompsault, Hist. de Modène, Carpenlras, 1883, in-8°; comte de Modène, Hist. des révolutions

xi/jles, Paris, 1655, in-12, épître; puis Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 120; Bassompierre, Journal, t. Il, p. 334. Modène fut fait grand prévôt de l'hôtel et grand prévôt de France le 24 mars 1621 (Arch. nat., E 79* , fol. 161 r°). Le roi lui fit don des revenus du comté de Castres (76jd.,63s fol. 16 r°).

3. « M. d'Esplan, un criado del condestable » (dépêche de l'ambassadeur d'Espagne Mirabel, du 30 septembre 1621, Arch. aat., K 1478, n° 146). « Le roi l'aime fort et se lie à lui » (lettre de M. de Luynes au comte de Tillières, de 1621, Arch. de- d'Harcourt; copie aux Archives du château de Dampierre). Voir sur ce personnage: le Placet au roi contre un nommé Alard Desplans qui avoit enfreint les édits contre les duels (s. I. n. d.), in-12.

santé. Les contemporains l'ont cru maître du pouvoir : ils l'ont rendu responsable de tout ce qui s'est fait. Il aurait été « le chef du gouvernement », un « premier ministre » : il aurait « pris en main la direction des affaires publiques », et nous disons couramment aujourd'hui « le ministère de M. de Luynes ». Ces affirmations ne paraissent pas tout à fait exactes.

D'après les règlements traditionnels, les usages séculaires aussi forts que des lois, ce qu'on appelle « les maximes du gouvernement », le royaume de France, à cette date, est mené par « le roi et son Conseil ». De province, les agents écrivent au roi pour informer « Sa Majesté et son Conseil1 ». Les ambassadeurs étrangers traitent et discutent « avec le roi et son Conseil ». Ils parlent au roi et ensuite à ses ministres. Lorsqu'un ministre étranger a longuement entretenu Sa Majesté, d'une affaire diplomatique, Sa Majesté, lui dit : « Tout ce que vous venez de me dire, allez le représenter à mon Conseil, de manière à ce qu'il voie et prenne une résolution en connaissance de cause. » Et le ministre va rendre visite à chacun des membres de ce Conseil afin de lui exposer l'affaire dont il s'agit2. Pour les questions de politique extérieure, qui ont été si importantes à ce

1. Lettre de M. de Béthune à Pontchartrain de mars 1619 (Négociation commencée avec la reine mère Marie de Médicis, 1673, in-fol., p. 111). « Le roi agit dans ses Conseils » (Remonstrance aux malcontens, 1620, in-12, p. o). Les affaires sont •< mises en délibération » (Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 398, 402).

2. Voir, par exemple, les dépèches de l'ambassadeur vénitien du 29 juin 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 205), du 14 juillet 1618 (1772, p. 135), du 14 juin 1619 (1773, p. 152), du 3 octobre 1621 (1777, p. 53), ■celle du nonce (Bentivoglio, Lettres, 1680, in-12, p. 333).

moment, il est un des personnages du gouvernement qui a le plus particulièrement la spécialité de les traiter : c'est celui des quatre secrétaires d'État qui concentre de plus en plus dans ses mains, à cette époque, les affaires étrangères, et qui estPuisieux. C'est à lui que Louis XIII renvoie spécialement : « Parlez à Puisieux », « voyez Puisieux ». La phrase revient perpétuellement à la fin de toute audience. C'est Puisieux seul qui rédige les dépèches, lui seul qui dresse et expédie les documents diplomatiques au nom du gouvernement; ses déclarations définitives sont le dernier mot du roi1. Avec Puisieux, les autres membres du Conseil sont : le chancelier de France, le garde des sceaux du Vair, le surintendant des finances Jeannin, le premier des secrétaires d'Etat Villeroy, les autres secrétaires d'Etat; puis différents personnages, en petit nombre, auxquels, nominativement, le roi a donné accès dans son Conseil pour entendre leurs avis; ces derniers conseillers, sortes de « ministres sans portefeuilles », ayant le droit, ou n'ayant pas le droit, suivant les personnes, de recevoir la visite des ministres étrangers, en tout cas ne dirigeant aucune administration, et ne possédant d'autre action gouvernementale que celle qu'ils exercent dans les délibérations par l'autorité de leur parole ou de leur jugement 2.

1. Voir également les dépêches de l'ambassadeur vénitien (Bibl. n.it., ms. ital. 1772, p. 77-78, 113, 128, 153; 1773, p. 197; 1774, p. 26, 206, 239; 1773, p. 216, etc.). Sur l'attribution des secrétaires d'État, à cette date, consulter Fauvelet du Toc, Hist. des secrétaires d'État, Paris, 1668, in-4'\ p. 44 et suiv. Le règlement du 29 avril 1619 tend de plus en plus à centraliser les Affaires étrangères et la Guerre entre les mains de deux des secrétaires.

2. Le règlement-type du Conseil fixant les traditions, et <|ue l'on suit, est celui de 1585 (dans Cimber et Danjou, Archives curieuses, t. X, p, 333

Ce Conseil du roi a un chef effectif, qui est d'ailleurs, par tradition, la pierre angulaire de l'administration du royaume, le chancelier. Contarini écrit le 24 juin 1619 : « Le chancelier est celui qui, après le roi, gouverne tout, de qui les autres ministres dépendent. » Ce Conseil a aussi un chef nominal honorifique, sorte de doyen, le cardinal de Retz, évêque de Paris, personnage d'ailleurs incolore, sans grande autorité réelle l.

Or, pendant quatre ans, sur quatre ans et huit mois qu'a duré sa « prépondérance », M. de Luynes n'a été qu'un simple membre du conseil « sans portefeuille », appelé seulement à donner son avis dans les délibérations. Il n'a jamais été « premier ministre ». Officiellement, il n'a donc dans le mécanisme du gouvernement du royaume qu'une place restreinte : il ne dirige rien; il ne commande à personne. En écrivant à M. de Béthune, le 16 avril 1619 : « Toutes les affaires se résolvent dans le Conseil; » il faut s'en remettre « aux dépêches des secrétaires d'État », il définit la procédure de l'action gouvernementale2; et le secrétaire d'État Pontchartrain, faisant allusion à ses propres fonctions passives par rapport aux décisions du Conseil, lorsqu'il écrit au même Béthune : « Vous savez, Monsieur, que je suis obligé de faire ce que l'on me dit et ordonne3, » con-

et suiv.). Quand les ministres étrangers ne trouvent pas Puisieux, ils s'adressent à son « premier commis », un homme fort entendu, M. Barat. Ce « premier commis », Barat, à joué un rôle assez important. Voir ce qu'en disent Priuli (Bibl. nat., ms. ital. 1776, p. 159), Pesaro (Ibid., 1779, p. 86, 195, 220; 1780, p. 64, 160, 188, 192, 223 et suiv.). C'est en 1623 que son action semble la plus précise.

1. Ibid., 1773, p. 187. Cf. Duchesne, Hist. des chanceliers, 1699, in-fol., p. 705; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 129.

2. Négociation commencée avec la reine mère Marie de Médicis, 1673, in-fol., p. 180.

3. Le 7 avril 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 184 r°).

firme cet étal de fait. Le roi, le Conseil et les secrétaires d'Etat pour signifier les volontés du roi en son Conseil, tels sont les rouages du gouvernement. Il n'est que de parcourir la correspondance administrative de tel de ces secrétaires, comme Pontchartrain, pour se rendre compte que le premier gentilhomme de la chambre qu'est M. de Luynes n'a pas place dans ces rouages1. A partir du mois d'avril 1621, époque à laquelle M. de Luynes sera fait connétable, c'est-à-dire pourvu d'une fonction officielle comportant direction de service, on le verra davantage intervenir. Il n'a été connétable que huit mois et demi avant sa mort-.

A défaut de situation plus officielle, M. de Luynes s'est-il alors imposé dans le Conseil du roi, comme le fera plus tard Richelieu, par l'autorité de ses interventions et l'ascendant de son intelligence? Ce que nous savons de cette intelligence rend le fait peu probable; la réalité confirme les prévisions.

M. de Luynes parle peu au Conseil. Quand il parle, ses jugements ne paraissent pas heureux : on n'en fait pas grand cas; souvent ils impatientent. Louis XIII,

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