‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 23 sur 349 · Chaulnes, Relation exacte, p · texte numérisé non relu

Chaulnes, Relation exacte, p

moins, il n'était pas sans observer l'importance qu'avait acquise le gentilhomme dans la vie du roi. Irrité des sentiments peu dissimulés de Louis XIII à son égard, il finissait par incriminer M. de Luynes : « M. de Luynes, lui disait-il, je m'aperçois bien que le roi ne me fait pas bonne mine, mais vous m'en répondrez M »

Richelieu et Fontenay-Mareuil s'accordent à trouver que Luynes était un esprit médiocre et un caractère pusillanime. Les confidences de Louis XIII à un ami d'aussi peu de ressources n'eussent pas abouti à de bien sérieux résultats s'il n'était intervenu entre eux un homme beaucoup mieux au courant du mécanisme de l'État, — par conséquent plus au fait de ce qu'il y avait de puissance dans le nom et un mot de la personne souveraine du roi, — puis inventif et audacieux, M. Déageant.

Sorti d'une ancienne famille dauphinoise, entré d'abord dans l'administration comme simple employé attaché « à la maison et couronne de Navarre », avec le titre ordinaire de ces modestes sous-ordres, celui de secrétaire2, puis promu conseiller et secrétaire du roi3, M. Guichard Déageant était un homme intelligent, plein d'initiative, qui, pour des services signalés rendus à la régente dans les multiples affaires que causaient à cette princesse ses nombreux domaines, avait été récompensé de la charge de « secrétaire ordinaire »

i. Chaulnes, Relation exacte, p. 463.

2. >". Valois, Inventaire des arrêts du Conseil d'État sous Henri IV, t. II, p. 318, 480. Il avait épouse Elisabeth Toulouse (p. 714). Sur ses fonctions, voir : Bibl. nal.. ms. fr. 2513G.

3. Il lut nommé le 4 mars 1613 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 91, fol. SI v : 93, fol. 271 r°).

le coup d'état du 24 avril 1617. 43

de Marie de Médicis. D'échelon en échelon, il était arrivé jusqu'à être « premier commis » au contrôle général, c'est-à-dire manière de directeur, et confident du ministre, Claude Barhin1. A beaucoup d'intelligence pratique, Déageant joignait de l'habileté, de la souplesse, et une ambition modérée, car c'était un modeste dans son genre2. Soit crainte de l'autorité la plus redoutable, soit application à ses fonctions, il avait ensuite un sentiment hiérarchique prononcé et croyait bien faire quand il demeurait fidèle à son premier devoir, celui qu'il avait envers le roi. Un intendant des finances qu'il connaissait beaucoup, M. Arnauld d'Andilly, le mit en relation avec M. de Luynes3. Par une disposition d'esprit naturelle chez ceux qu'une longue pratique de l'administration a assoupli aux convenances hiérarchiques, il pensa rendre service en confiant à Luynes quelques mots destinés au roi de ce qu'il savait par Barbin des intentions de Concini. Luynes en informa Louis XIII. Le roi vit dans Déageant un intermédiaire précieux pour être informé; il l'admit auprès de lui à ses réunions du soir, en haut du pavillon du roi, dans la chambre de Luynes4. Une manière de conseil du prince s'ébauchait. A ces deux premiers confidents devaient bientôt, par suite de circonstances diverses, s'en adjoindre trois autres : un

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