De Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, in-12, p
3. Journal d'Arnauld d'Andilly, éd. Michaud, p. 426; cf. Mém. de Déageant, éd. de 1668, p. 19. Le duc de Rohan croit à tort que c'est Luynes qui est allé trouver Déageant {Mém., éd. Michaud, p. 511).
4. Ces faits résultent des témoignages concordants de Pontchartrain (Mém., p. 391), de Bentivoglio (Lettere, Florence, 1865, t. II, p. 29), de Matthieu (la Conjuration de Conchine, p. 297), de M. de Chaulnes (passage inédit de la Relation exacte, Bihl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 152 v°).
cousin de M. de Luynes, le baron de Modène ; M. Louis Tronson, homme de loi, fils d'un maître des requêtes, personnage judicieux, en qui M. de Luynes avait grande confiance, qu'il présenta à Louis XIII, lequel devait se prendre de sympathie pour Tronson en raison de son jugement équilibré et qu'il devait ensuite attacher à sa personne dans un poste exceptionnel de confiance; enfin un dernier, plus effacé, M. de Marsillac '.
Ce fut devant ce groupe, que peu à peu, comme le raconte Déageant lui-même, le roi dévoila sa pensée2 : « Il donna ses sentiments du déplaisir qu'il avoit de la forme dont on gouvernoit, spécialement du peu de compte que l'on tenoit de sa personne et de ce qu'on ne lai laissoit aucune part aux affaires importantes de son rovaume qui se soulevoit en divers endroits. » Il ajouta qu'il fallait lui trouver « les moyens d'y pourvoir ». Le difficile était de trouver ces moyens. Le prince insistait « qu'il vouloit tenter le plus doux plutôt que d'en venir
1. Modène était du Comtat-Venaissin (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 302). Tronson appartenait à une bonne famille parisienne de gens d'administration (Bibl. nat. ms., fr. 20251, fol. 327; Bibl. de l'Arsenal, ms. 756, p. 019 et suiv.; Pierre de l'Estoile, Journal, éd. Brunet et Champollion, in-8", t. XII, à la table). Richelieu dit de lui (Mém., t. I, p. 154) : « 11 avoit déshonoré sa maison pour s'enrichir et il portoit en la prostitution de ses sœurs les preuves de son infamie! » Il est possible que les sœurs de Tronson ne fussent pas des modèles de vertu (l'Estoile, Journal, t. X, p. 197), mais Tronson était un fort honnête homme, qui entra par son mariage dans la famille honorable de Sève (Bibl. nat., ms. fr. 32839, fol. 37), devint le père d'une nombreuse et respectable lignée, dans laquelle on compte Louis Tronson, le supérieur de Saint-Sulpice; fut très estimé de Louis XIII (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 384), nommé par lui un de ses quatre secrétaires du cabinet (Bibl. nat., ms. fr. 7854, fol. 2S0 v°) et chargé de missions de confiance (Bibl. Mazarine, ms. 2087, fol. 121-123; 2127, 2132).
2. Déageant. Mém., 1668, p. 37: Chaulnes, Relation exacte, p. 455. Il est difficile de savoir à quelle date se placent les premières confidences du roi; les uns disent trois mois avant le 24 avril (Pontchartrain, Mém., p. 389), les autres six mois (Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 264).
aux extrêmes » '. C'était le sentiment de M. de Luynes, inquiet d'entrer dans une aventure dont le roi, si elle échouait, se tirerait toujours, mais où les comparses paieraient cher leur complicité. Les autres relevaient son courage. Déageant était plein d'énergie, Tronson de confiance2.
La première idée qui fut émise, le fut par M. de Luynes ; c'était celle de la fuite. Au cours de quelque excursion à Saint-Germain-en-Laye, il serait aisé de s'en aller à franc étrier soit à Amboise, gouvernement de M. de Luynes, soit à Rouen, bonne ville fidèle et là « de mander ceux qui seroient les serviteurs du roi ». Le projet ne se trouva pas applicable pour diverses raisons, entre autres l'objection sérieuse qui fut faite que si personne ne venait trouver Louis XIII, celui-ci demeurerait dans une situation fausse3. Le mieux serait que le roi se rendit dans une de ses armées, se mît au milieu du régiment des gardes françaises, flanqué de la compagnie sûre des chevau-légers de M. de la Curée, et là parlât haut et ferme. Justement pendant le mois de février, il fut question, autour de Marie de Médicis, de conduire le roi à l'armée de Champagne, afin d'intimider les princes révoltés contre lesquels on marchait. Lorsque Louis XIII apprit cette nouvelle, « il parut extrêmement gai et content, pressant lui-même de jour à autre le partement » \