Avenel, t. VII, p
5. « Oraisons jaculatoires » du P. Arnoux(Arch. des Affaires étrangères, France 772, fol. 49 t°).
Et toutes les protestations de Luynes n'y faisaient rien. Pendant le siège de Montauban, l'entourage de Marie de Médicis se félicitait d'un insuccès qui était de nature à abattre le favori1. Luynes avait beau faire des avances, tenir Marie de Médicis au courant des événements 2, écrire à Richelieu en protestant de sa confiance et de son dévouement3, il perdait son temps. Il est mort haï et déçu. On se l'est imaginé plus logique qu'il n'était.
A l'égard de Richelieu, la situation a été identique, mais les conséquences ont été plus fâcheuses. D'esprit naïf, de caractère instable, le connétable ici se heurtait à un homme d'intelligence aiguë et pénétrante, de volonté entière. Luynes occupait une place que voulait avoir Richelieu. Celui-ci l'a poursuivi de son vivant et après sa mort d'une animosité ardente.
M. de Luynes avait tenté cependant ce qu'il avait pu pour qu'il en fut autrement. Dès la première heure, il avait témoigné à Richelieu de ses bonnes dispositions, et Richelieu, le reconnaissant, protestait de ses sentiments de gratitude à l'égard du favori. Car, enfin, si l'évêque de Luçon avait pu sauver un peu sa fortune à la chute de Concini et suivre Marie de Médicis à Blois, c'était à Luynes qu'il le devait1. «Je vous supplie de remarquer »,
1. Zeller, le Connétable de Luynes, p. 124, d'après les dépêches de l'envoyé florentin.
2. Lettre de Luynes à Richelieu du 20 septembre 1621 (Arch. du château de Dampierre).
3. Lettre de Luynes à Richelieu du 24 août 1621 (Arch. des AfTaircs étrangères, France 775, fol. 17 r°).
4. Lettre de Richelieu à Luynes de mai 1617 (Avenel, t. VII, p. 386) : - Je vous rends mille grâces de la confiance qu'il a plu au roi me témoigner par votre moyen en agréant l'honneur que la reine a voulu me faire en (n'établissant chef de son Conseil et me mettant ses affaires entre les mains. •
écrivait Richelieu à Déageant le 10 mai 1617, « que la même chose à quoi je m'oblige pour le roi (fidélité, affection, dévouement), je m'y oblige aussi pour M. de Luynes1. » « Je vous prie de continuer les assurances de mon affection au service du roi et de M. de Luynes à qui je me lie, comme vous savez 2. » De son côté, Luynes répondait par des dispositions pareilles : « L'affection que je vous ai jurée », disait-il à l'évèque de Luçon, « sera très véritable et les services que je vous ai voués très certains3. » L'archevêque de Sens, ami et confident de Richelieu, assurait celui-ci de la sincérité de M. de Luynes4.
Richelieu dut quitter Blois. Ce ne fut pas Luynes qui le fit exiler. L'évèque de Luçon parle dans ses Mémoires des attaques dont il était l'objet auprès de Louis XIII; il raconte comment on revenait constamment sur ce qu'il était impossible d'avoir confiance en lui, qu'il cabalait, que sous le nom de la reine mère, il se livrait à des menées et des intrigues; il avoue que Luynes, le mettant au courant, essayait de combattre ces attaques, sans d'ailleurs y réussir5. Richelieu savait avoir des ennemis ardents à la cour : les ministres, le chancelier, le garde des sceaux, Puisieux, qui détestaient son ambition, son goût d'arriver par tous les moyens, son esprit d'intrigue; Vitry, le roi lui-même. Il ajoute, dans ses Mémoires, qu'il ne se fiait pas aux sentiments d'amitié que lui