‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 230 sur 349 · Lettre du 16 août 1619 (Ibid., fol. 114 r · texte numérisé non relu

Lettre du 16 août 1619 (Ibid., fol. 114 r

3. Dans Avenel, Lettres de Ricliclieu, t. VII, p. 470; lettre du 21 août 1619.

et moi j'aurai l'occasion, que j'ai toujours souhaitée, de vous offrir mon très humble et très dévoué service, conformément aux infinies obligations que j'ai envers vous. Je prie Votre Majesté d'en être plus qu'assurée; il me restera à le prouver par des effets. » Marie de Médicis fit relever Luynes, l'embrassa; ils causèrent une heure : la reine répétait à tout le monde qu'elle était fort satisfaite du favori1.

Les suspicions et les récriminations ne devaient pas tarder à reprendre; elles aboutissaient à la nouvelle prise d'armes qui se termina par la défaite de l'ancienne régente aux Ponts de Ce. Luynes craignait-il vraiment, pour sa propre fortune, le retour de la reine mère et entretenait-il le roi dans ces appréhensions? Le nonce le dit2. Le favori le niait. Il chargeait le résident de Toscane, Bartolini, d'exhorter Marie de Médicis à rejoindre son fils3. Il faisait envoyer des missions afin de solliciter l'entente. Il écrivait à Richelieu, la veille des Pontsde-Cé : « Pour moi, après avoir fait tout ce que j'ai fait, j'en suis quitte devant Dieu, justifié devant mon roi et hors d'occasion devant les hommes; je prie Dieu qu'il mette la main à l'œuvre4. » Au moment où commençait

1. Dépèche de Contarini du 10 septembre 1619 (Bibl. nat., ms., ital. 1773, p. 237); Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 140; Bentivoglio, Lettere, 1867, t. III, p. 534; lettre du 22 septembre 1619. Richelieu écrivait à d'Épernon ce mois de septembre 1619 : « M. de Luynes lui a témoigné (à Marie de Médicis) avoir une forte passion à la servir avec sincérité, ce qui augmente la joie des serviteurs de S. M. » (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 5131, fol. 22 r°).

2. Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 220. Voir aussi les ambassadeurs vénitiens (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 87, 192, 201, 216). Ce fut évidemment l'opinion du public, celle qui venait le plus naturellement à l'esprit.

3. Lettre du nonce du 26 février 1620 (Bentivoglio, Lettere, t IV p. 148).

4. Lettre de Luynes à Richelieu du 7 juillet 1620 (Arch. des Affaires étrangères, France 773, fol. 240 r°).

la campagne qui allait conduire à la défaite de la reine mère, comme affligé, songeant à la retraite, il faisait transporter ses joyaux et tout ce qu'il avait de plus précieux au château d'Amiens, un de ses gouvernements1. Il s'opposa à l'action décisive, la marche de l'armée de Louis XIII de la Flèche sur Angers 2. Mais que pouvait-il contre des faits plus forts que lui? On le retrouve après la victoire dans les mêmes sentiments qu'auparavant, uniquement soucieux de mettre un terme à cette brouille fastidieuse pour tout le monde, dangereuse pour l'Etat, préjudiciable au roi et surtout à lui-même. Il écrivait à Richelieu une lettre pressante, le suppliant de ne pas croire à tout ce qu'on disait sur son compte : « Soyez, je vous supplie, aussi ferme à tout rejeter que nous à repousser si vivement les faux rapporteurs ou ces perfides et sans sujet malconlents, que laconnaissance vienne jusques au roi afin qu'ils puissent avoir le châtiment qu'ils méritent (sic). Je vous proteste de nouveau, puisque je l'ai juré devant Dieu, à ce jour de l'an, que le roi n'a jamais eu plus de passion pour l'amour de la reine sa mère que maintenant, ni plus d'appréhension qu'elle croie le contraire. Venez vous-en, afin que toute crainte s'évanouisse et que tout soupçon se mette sous le pied. Vous verrez, avec le temps, si je suis véritable et homme de foi. Répondez pour moi, au nom de Dieu, vous y aurez de l'honneur, car je ne manquerai jamais à Dieu, au roi et à celle qui l'a mis au monde, que j'honore comme je dois, sur mon honneur, et la servirai à son

1. Dépèche de Contarini du 7 juillet 1620 (BiM. nat., ms. ital. 1774, p. 139).

2. Voir ce que dit sur ce point M. Hanotaux (Hist. du cardinal de Richelieu, t. Il, p. 346).

gré et de la façon qu'elle désire auprès du roi l. » Mais tant de gens étaient intéressés à ce que les rapports entre la mère et le fils restassent provisoirement brouillés! Richelieu n'ose-t-il pas avouer qu'il détournait M. de Luynes « de faire quelque liaison avec la reine », en l'effrayant par « le ressentiment que celle-ci avoit de la grandeur des offenses qu'elle avoit reçues », pendant qu'il écartait Marie de Médicis de cette entente en l'assurant « que M. de Luynes ne vouloit que les apparences de son amitié et non pas les effets » 2? Le fossé s'élargissait. Luynes était convaincu qu'on lui en voulait3. Marie de Médicis trouvait qu'on la méprisait. Elle écrivait à l'archevêque de Sens : « Vous savez jusqu'à quel point je désire m'unir avec mon cousin le connétable; j'ai fait tout ce j'ai pu pour cela; il ne trouvera jamais d'ami plus assuré en sa parole, mais je ne puis digérer le mépris; j'ai le cœur grand; je ne suis point trompeuse et ne le serai jamais4. » Etrange situation! On accablait Luynes auprès de Marie de Médicis ; on le lui représentait sous le jour le plus odieux : « Les actions empruntées, la feinte modestie, la naïve et grossière bonté à l'extérieur; et, en son intérieur, une profonde avarice, une ambition démesurée, la dissimulation5! »

1. Lettre de Luynes à Richelieu de 1620 (Arch. des Affaires étrangères, France 773, fol. 242 r°). La première phrase citée est un exemple de Tincorrection habituelle du style de Luynes. Cf. une réponse de Richelieu à Luynes datée de Brissac, 3 novembre 1620 (Catalogue of the collection of Morrison, t. V, p. 261) : « Je ne doute pas que vous ne teniez, monsieur, inévitablement les promesses que vous avez faites à la reine de la servir, etc. »

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