‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 238 sur 349 · Bentivoglio, Lettere, 1870, t. IV. p · texte numérisé non relu

Bentivoglio, Lettere, 1870, t. IV. p

Quelle chose extravagante, concluait le nonce, en mandant à Rome cette conversation, que Richelieu, exilé à Avignon, tenu pour l'auteur principal des conseils turbulents suivis par la reine mère dans les derniers troubles et ayant inspiré au gouvernement mille dégoûts, reçut maintenant comme récompense le cardinalat1!

Luynes, de sa présence, appuyait les déclarations de Puisieux. Peu après, il venait à son tour s'entretenir en particulier avec le nonce. Il s'exprima en termes amers sur le compte de l'évèque de Luçon. Il répéta ce qu'avait dit Puisieux, que décidément on craignait autour du roi que Luçon ne se servit de sa dignité nouvelle pour donner plus de poids au parti de la reine mère, décidé à renouveler les vieilles discordes. Puis, faisant un retour sur lui-même, il se plaignait de l'ingratitude de Richelieu; il rappelait qu'il l'avait sauvé du danger au moment de la ruine de Goncini; qu'il l'avait fait mettre auprès de Marie de Médicis, lavait rappelé de l'exil d'Avignon afin de le replacer près de la reine mère; et, en retour, qu'avait fait Luçon, sinon de le tromper? Ce n'était qu'un brouillon-! En novembre, Marsillac, ami et confident de Luynes, partait pour Rome, où il allait confirmer la mission de Chazan et insister afin que Richelieu ne fût pas nommé3.

1. Lettre du nonce du 6 septembre 1620 (Bentivoglio, Lettcre, t. IV, p. 408-410) : Le nonce commence sa lettre en ne spécifiant pas d'abord quel est celui des deux visiteurs qui lui parle. « Ils m'ont dit... » « Mi haiino detto... Mi lianno pregato... Non banno stimato. » Puis il nomme Puisieux comme étant celui qui a la parole.

2. « Un broglioni. •• Lettre de Bentivoglio du 0 septembre 1020 (Leltere, t. IV, p. 414). La conversation a lieu à Poitiers. Luynes parle avec une telle exbubérance que le nonce écrit : • Luynes m'ha faite grandi esagerazioni. »

3. Ibid., p. 401, 400, 409. Marsillac, en réalité, part cbargé ostensible-

Dans l'opposition secrète qui a été faite au cardinalat de Richelieu, on voit donc quel a été le rôle exact de Luynes ; il n'était pas l'auteur uniquement responsable de cette opposition. Il l'était si peu que le nonce conseillait lui-même à Rome de ne pas donner le chapeau ' et que le Saint-Siège, pas mieux disposé, ne le donnera pas et attendra deux ans avant de céder, soit près d'un an encore après la mort de M. de Luynes. Celui-ci avait senti que tout le monde était opposé au cardinalat de Richelieu : il avait suivi le courant ; il le suivait gauchement en homme inconsistant et contradictoire, car il osait écrire tout de même à Richelieu, le 11 septembre 1620, qu'il « l'assuroit de nouveau de son affection »2; il ajoutait, le 17 octobre : « Je suis extrêmement content de quoi vous aurez reconnu le soin que j'ai pris de vous servir en votre affaire de Rome. Le sieur de la Gochère m'a écrit en être très satisfait et à l'industrie qu'y a apportée pour la faire réussir le sieur de Ghazan. Nous continuerons à faire les mêmes instances que nous avons faites3. » Faiblesse, demi-inconscience? On n'était pas au bout de ses contradictions !

ment d'aller remercier le pape du bref de félicitations que celui-ci a envoyé au roi à propos de la conclusion de l'affaire du Béarn. Il vient au préalable voir le nonce et lui dit ce dont il est chargé en ce qui concerne Richelieu, ajoutant qu'il a une lettre de Luynes à cet effet. Le nonce lui demande s'il en a une du roi, l'autre répond négativement. Le nonce, du reste, ne dira pas un mot à Louis XIII du cardinalat de Richelieu.

1. Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 418. Il était d'avis d'attendre, tout changeant tellement en France, ajoutait-il.

2. Lettre de Luynes à Richelieu Arch. des Affaires étrangères, France 773, fol. 117 r°).

3. Ibid., fol. 139 r°. Sébastien Bouthilier de la Cochère, doyen de Lucon, suivait à Rome l'affaire du cardinalat au compte de Richelieu. Autre lettre dans le même sens du 14 décembre 1620, fol. 162 r°. On voit dans une lettre de Richelieu à Luynes du 3 novembre 1620 (Catalogue

Dans le même temps où se poursuivait cette négociation double du cardinalat, il n'était rien moins question que d'une alliance matrimoniale entre la famille de Richelieu et celle de Luynes par le mariage du neveu du favori, M. de Combalet, avec une nièce de l'évêque de Luçon, mademoiselle du Pont de Courlay '. Le P. Joseph avait eu cette singulière idée en faisant valoir que « ce seroit un moyen d'entrer en quelque confiance- ». Marie de Médicis approuvait. Richelieu s'était récrié, voulant refuser3, mais la reine-mère l'avait contraint à céder, « de crainte que Luynes ne conçut quelque opinion de nos mauvaises volontés! » Luynes acceptait vivement. Le mariage eut lieu en novembre. Luynes fut tout à la joie d'un rapprochement étroit avec Richelieu. Richelieu s'y prêta4. Ils s'accablèrent de témoignages réciproques d'amitié. « Ne vous mettez plus en peine »,

of the collection of Morrison, t. V, p. 261), que Richelieu est dupe, ou fait semblant de l'être : « Vous me faites plus d'honneur que je ne vous puis dire, lui écrit-il, d'avoir daigné m'assurer de la continuation de votre bienveillance qui m'est entièrement chère. Pour mon particulier, j'ai tant de sujet de me louer de la bonne volonté que vous m'avez promise par votre courtoisie qu'au lieu de témoigner en être en doute, je m'estimerois heureux de le pouvoir reconnaître par mes services. >•

1. La sœur de Luynes, Marie d'Albert, avait épousé Claude de Grimoard de Beauvoir du Roure, seigneur de Combalet (le P. Anselme, t. IV, p. 266). Sur ce mariage, voir le comte de Bonneau-Avenant, la Duchesse d'Aiguillon, Paris, 1882, in-12, p. 80.

2. Lettre du P. Joseph, de décembre 1620, à la prieure de Lencloître (Arch. du Calvaire, citées par Fagniez, le P. Joseph et Richelieu, t. 1, p. 86). Avenel attribuant, après Richelieu (Mém., t. I, p. 229), l'idée de ce mariage à Luynes, accuse celui-ci « d'inconséquence de conduite » (Avenel, l'Évêque deLuçon etle connétable deLuyncs, dans Revue des questions historiques, 1870, t. IX, p. 115). Cf. Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 153.

3. Richelieu, Mém., t. I, p. 229. « Je lui représentai (à Marie de Médicis) que, par l'union de nos familles, M. de Luynes donneroit de la jalousie à mes amis, rendroit ma personne suspecte à ses anciens serviteurs et odieuse à l'État. »

4. Lettre du nonce du 2 décembre 1620 (Bentivoglio, Letlerc, 1870, t. IV, p. 493).

LE FAVORI, M. DE LUYNES. 53b

écrivait Luynes à Luçon, « (Fini primer en mon esprit l'affection que vous avez pour moi, puisque je ne suis nullement en cloute ni de la chose ni de la promesse que vous m'en avez faite; il faut donc désormais faire et ne plus rien dire, puisque nos cœurs sont hors de soupçon; je vous proteste que le mien est en cette assiette; pour le vôtre, je n'ai doute et ne douterai plus. Voilà comme je suis fait; donnez-en les assurances où il faut et à l'avenir répondez pour moi, puisque vous n'avez un plus franc ni plus cher ami et serviteur1. » Et alors, brusquement, Luynes décidait de ne plus s'opposer au cardinalat de Richelieu. De sa propre initiative, il écrivait à son ami Marsillac à Rome qu'il fallait s'arrêter dans l'opposition au chapeau et même apporter ses efforts à faire réussir le projet2. N'osant pas aller trouver le nonce lui même, il chargeait M. de Montbazon, son beau-père, de voir l'envoyé du Saint-Siège et le prier de s'employer désormais à ce que Richelieu fut compris dans la plus prochaine promotion. Le nonce fut un peu étonné3. Puisieux vint le trouver et lui déclara qu'il était « émerveillé de l'instabilité de Luynes », que cette démarche était de la part du favori « de l'extravagance ». Le gouvernement, lui, maintenait son opposition4. De son côté, le cardinal

1. Lettre de Luynes à Richelieu datée d'Amiens, 19 décembre 11320 (Arch. des Affaires étrangères, France 773, fol. 165 r°). 11 écrivait encore le 21 décembre (fol. 167 r°) : « Vous ne sauriez m'obliger plus en me faisant connoitre votre affection être continuelle; je la désire passionnément et qu'il s'offre occasion que je vous puisse faire voir le contentement que j'en recevrois. »

2. Lettre de Rentivoglio du 12 décembre 1620 (Rentivoglio, Lcttere, t. IV, p. 495).

3. Ibid., p. 503; lettre du 17 décembre 1620. « S'e mutato », dit-il le 9 janvier 1621 (p. 519), « in capo, a due giorni, dopo il parentado seguito, e fa ora gli ufflci in favore di Luçon ! »

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