Lettre du 15 janvier 1621 (Ibid., p
Borghèse, secrétaire d'Etat du Saint-Siège, répondait au nonce, le H janvier 1621, qu'au dire de Chazan et de Marsillac le roi ne révoquait pas le moins du monde l'opposition qu'il faisait à la promotion de Richelieu \ La promotion parut; Richelieu n'y figurait pas. Les contradictions déconcertantes de M. de Luynes n'étaient pas encore finies. Quand il vit le pas de clerc qu'il avait fait, il vint trouver le nonce et, d'une façon embarrassée, lui dit qu'évidemment, depuis son alliance avec Richelieu, il avait sincèrement désiré le cardinalat pour lui, mais que, puisque Sa Sainteté ne l'avait pas voulu, il n'en éprouvait pas la moindre contrariété et même qu'il avait souci de mieux étudier le prélat, pendant quelque temps, avant de le voir faire cardinal; il concluait : « S'il est nommé, ce sera bien, s'il ne l'est pas, encore mieux. » C'était pitoyable2! Plus d'un an et demi encore, Richelieu fera presser par Marie de Médicis pour avoir le chapeau; les ministres maintiendront leur opposition. Luynes ne s'en occupera presque plus3.
Mais il continuera à témoigner à Richelieu de son
1. Lettre de Borghèse àBentivoglio (Lettere, t. IV. p. 549). Chazan et Marsillac avaient expliqué au secrétaire d'État qu'avant de partir de Paris le ministre leur avait spécifié que la révocation de leur mission concernant l'opposition au cardinalat de Richelieu leur serait faite par un envoyé spécial et non par lettre. L'envoyé spécial n'étant pas venu, Chazan et Marsillac considéraient donc la pensée du gouvernement comme toujours contraire à la promotion de Richelieu.
2. Voir la lettre très précise du nonce du 19 janvier 1021 (Ibid., p. 535).
3. Cf. la lettre de Luynes à Richelieu du 24 août 1021 (Arch. des Affaires étrangères, France 775, fol. 17 r"); la dépèche du nonce Corsini du 24 novembre 1621, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 288. Avenel écrit lui-môme : « Le connétable était mort le 15 décembre (1021) et ceux qui pensaient que Luynes était le seul obstacle à la promotion de Richelieu oe tardèrent pas à être détrompés, car cette promotion il fallut l'attendre plus de huit mois encore •■ (Avenel. l'Évêque '/■■ Luçonel le connétable de Luynes, dans Revue des questions historiques, t. IX, p. 122).
affection naïve et inconsidérée, sans se douter de ce que l'autre pouvait vraiment penser de lui. « Yos chanoines de Luçon m'ont dit du bien de vous », lui écrivait-il le 27 mai 4621, « je ne leur en ai pas dit du mal; il n'en sortira jamais ni de ma bouche, ni de ma pensée, puisque vous avez place retenue dans mon cœur et possédez absolument mon affection. En voilà assez pour un courtisan; si j'en disois davantage, je croirois n'être pas cru1. » Richelieu ne ménageait pas au favori ces lettres aux termes excessifs qui venaient si facilement sous sa plume et dont l'expression n'a d'égale que l'extrême sévérité avec laquelle, ensuite, il a jugé dans ses Mémoires les personnes qu'il a le plus accablées de compliments durant sa vie. « Vos belles paroles m'ont tellement charmé », lui répondait Luynes le 3 juin, « ou, pour mieux dire, vos belles lettres, que, si je pou vois, je ferois le courrier pour achever à dire ce que j'ai accompli dans mon cœur, et, dans mon dépit, je n'omettrois rien de ce que je dois pour mon ami 2. » Son affection, était ardente : « Je voudrois avoir donné de mon sang et que vous fussiez avec nous », lui écrivait-il le 9 juillet3; et le 28 : « Que j'ai du regret de ne vous voir proche du roi pour avoir part à tout ce qui se passe à son avantage4. » Cinq semaines avant sa mort, il lui mandait encore : « Je ne m'arrêterai aux longues lettres ni aux longs discours, puisque, en quatre mots, je vous puis assurer de ma continuelle
1. Lettre de Luynes à Richelieu, datée de Niort (Arch. des Affaires étrangères, France 775, fol. 8 r°).