Mercure françois, 1619, t. VI, p
changer le nom en celui de Luynes; le tout fut transformé en duché-pairie par lettres patentes d'août 1619 l. Il se fit nommer chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. Il y avait longtemps qu'on n'en avait créé. A l'instigation de Luvnes il fut procédé à une vaste promotion de cinquante-neuf chevaliers; le favori distribua les cordons à ses amis, en exclut ceux qui ne l'aimaient pas, lesquels, appelés « les chevaliers du guet », ne devaient pas être les moins acharnés contre lui. Les autres remercièrent personnellement le favori comme si leur distinction ne venait que de lui et non du roi 2.
Il conçut des choses extraordinaires, d'être prince indépendant, par exemple prince d'Orange; le Saint- Siège y fit opposition à cause d'Avignon3. Il imagina, au dire du moins de Richelieu, de constituer de Metz, Toul et Verdun une sorte de royaume dont il fut devenu le chef sous le nom de roi d'Austrasie ! « Si la France eut été tout entière à vendre », s'écriait Richelieu, « il auroit acheté la France de la France môme ! ; »
1. Enregistrées au Parlement le 14 novembre (Arch. nat., X'1 8649, fol. 228 r°). 11 fallut que le roi pressât le Parlement (Mathieu Mole, Mém., •éd. Champollion-Figeac, t. I, p. 223). Sur la consistance du duché de Luvnes à la fin du xvn0 siècle, voir: Bibl. nat., Cabinet des titres, Doss. bleus 8, fol. 89 r° et suiv. Cf. Cérémonies observées à la réception de M. de Luynes en la qualité de duc et pair, Paris, S. Moreau, 1619, in-12, p. 7.
2. Dépèche de Contarini du 7 janvier 1620 (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 373); P. Boitel deGoubertin, la Relation historique des pompes et magnifiques cérémonies observées à la réception des chevaliers de l'ordre du Saint- Esprit, faits en cette année 1020 par Louis XIII, Paris, P. Billaine, 1620, in-8°. Voir un curieux compte des frais de la cérémonie, costumes, échafauds, menuiseries (Arch. nat., O1 2984).
3. Bentivoirlio, Lettere, 1867, t. III, p. 255. Il y a un certain nombre de lettres du nonce sur cette affaire qui eut quelque consistance. Fancan, dit, dans la Chronique des favoris (s. 1., 1622, in-12, p. 27), que Luynes eut l'idée de devenir duc de Bretagne et grand maître de la maison du roi (p. 30).