‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 268 sur 349 · Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p

pas mes sollicitations qui en sont cause, mais bien la fîdélité que j'ai au service du roi et au sien. Je ne sais qui m'estimera coupable pour avoir eu cette espérance1 ». 11 saisit l'occasion qui s'offrait à lui; il écrivit à Blois; on le sut à la cour : « On m'a dit, mandait Richelieu à M. de Montbazon, qu'on publie que je donne des conseils à la reine; elle a daigné quelquefois m'honorer de ses lettres; je sais trop bien quel est mon devoir pour avoir manqué à lui écrire; mes lettres consistent en actions de grâces de l'honneur qu'il lui plaît me faire ; il y a grande différence des affaires d'une maison particulière et celles d'un Etat2». En fait, il désobéissait; il bravait le roi : on était convaincu, à Paris, qu'il donnait des conseils de révolte. Il s'en défendra plus tard; il dira : « Quels conseils donnai-je à la reine, si ce n'est qu'elle ne devoit avoir aucun sentiment des choses passées; que tout ce qu'elle avoit à faire étoit de se gouverner modérément3! » On sut que malgré la distance et les ordres du roi, il venait déguisé, dans le pays de Blois, s'entendre avec l'entourage de Marie de Médicis4. L'exaspération montait à la cour. On se répétait les raisons qu'on avait de lui en vouloir : c'était un personnage suspect, vaniteux, violent, n'offrant aucune sécurité : il avait été la créature de Concini à qui il avait

i. Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 563.

2. Lettre à M. de Montbazon du début de 1618, Ibid., t. I, p. 562. Ricbelieu fait allusion dans le dernier membre de phrase aux lettres qu'il écrit à Marie de Médicis relativement à l'administration des biens de la reine dont il a toujours la charge.

3. Richelieu, Mèm., t. 1. p. 181, plaidoyer qu'esquisse Richelieu au moment <J <• son exil a Avignon.

4. Dépèche de Contarini du 21 avril 1618, Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 03. Nous allons revenir sur cette dépêche.

écrit des lettres dont la platitude avait révolté tout le monde; secrétaire d'Etat, il avait signé des comptants illégaux au profit du maréchal d'Ancre; il s'était fait la créature aveugle de l'ancienne régente ; il était inféodé à la politique espagnole '. La découverte des « menées » de Barbin fit éclater l'orage.

Au milieu des informations recueillies après les arrestations opérées au sujet de cette affaire, on crut avoir la preuve que Richelieu, mêlé aux intrigues, s'était rendu sous un déguisement à une abbaye située à six lieues de Blois, que Marie de Médicis était venue l'y voir sous prétexte d'aller faire ses dévotions à un pèlerinage voisin de Notre-Dame et qu'ensemble ils avaient comploté2. Richelieu niera, dans ses Mémoires, d'une façon ambiguë, il est vrai, sa participation à l'affaire de Barbin : « Ils ne me trouvèrent pas, dira-t-il, dans les papiers de ceux qui manioient les affaires, comme convaincu d'avoir mal fait : » Il conteste seulement avoir mal fait3. Son frère, M. de Richelieu et son beau-frère, M. du Pont de Courlay, étaient compromis. Le gouvernement prit une décision rigoureuse : ce fut d'exiler les trois personnages hors de France, à Rome, puis, se ravisant, — Rome était trop loin, l'évêque y serait trop

1. Richelieu répond à chacune de ces accusations dans son Caput apologeticum d'avril 1618, Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 416. Cf. ses Mém., t. I, p. 181. Il n'est que de prendre le contre-pied des défenses de Richelieu pour avoir les reproches articulés.

2. Dépèche de Gontarini du 21 avril 1618, Ribl. nat., ms. ital. 1772, p. 63. « Tenendo il vescovo di Luçon un abbadia a sei leghe da Blés, ove la reina madré dimora, sendo ella uscita questi di santi ad una devotione di Nostra Signora quivi vicina, il vescovo, mutatosi d'habiti, vi si trovo egli ancora et ragiono con la Maesta Sua in quel luogo, buon pezzo. •

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