Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p
libre, — de les envoyer à Avignon, terre étrangère, papaline, mais où on pourrait les surveiller1. Par lettre du 7 avril 1618, Louis XIII notifiait à Richelieu sa volonté; il invoquait « les fréquentes visites, les allées et venues de diverses personnes qui se faisoient aux lieux où il étoit. » 2
Richelieu prétend dans ses Mémoires que le coup ne l'étonna pas : « Je ne fus pas surpris, dit-il, à la réception de cette dépêche, ayant toujours attendu de la lâcheté de ceux qui gouvernoient toutes sortes d'injuste, barbare et déraisonnable traitement3 ». Il répondit au roi le 18 avril une lettre très calme; il obéirait encore; il affirmait à nouveau son affection et sa fidélité4. Déjà en route, il mandait à Pontchartrain le 19 : « J'ai voulu que mon obéissance précédât toute sorte de supplications3 ». En réalité il était désespéré. C'était tomber de plus en plus bas. Les moyens qu'il avait mis en œuvre pour relever sa fortune s'étaient retournés contre lui et n'avaient servi qu'à aggraver sa situation : l'avenir était compromis. Il eut à ce moment une des heures les plus sombres de son existence : il pensa à la mort; il rédigea une manière de testament6. Mais, nerveux et passionné
1. Dépêche de Contarini du 8 mai 1618, Bibl. nat., ms. italien 1772, p. 68.
2. Nous avons l'original de la lettre du roi (Arch. des AIT. étrange France 244, fol. 3 r°). Avenel (Lettres de Richelieu, t. I, p. 568) en donne seulement quelques extraits d'après une copie.