‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 286 sur 349 · Ibid., t. 1, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. 1, p

6d2 LE ROI LOUIS XIII A VINGT ANS.

enfin appelé au gouvernement? Il l'espérait; il y comptait : il se heurta au prince de Condé.

Après la disparition du connétable de Luynes, Marie de Médicis et Richelieu n'avaient pas été les seuls à supposer que la place étant vacante auprès du jeune roi, Il n'était que de la prendre. Le prince de Condé s'était mis sur les rangs '. Louis XIII avait de la sympathie pour son cousin2. On crut, vers le début de 1622, que Condé était prépondérant". Le prestige de Marie de Médicis décrut d'autant. Quelque valeur qu'eussent ses jugements, dictés par Richelieu, celui-ci fut obligé de s'apercevoir qu'on y prétait à peine attention. La reine mère finit par renoncer à exposer ses idées. Il est vrai, Condé allait se détruire lui-même. Il avait vivement poussé à la guerre de 1622 contre les huguenots. Il était parvenu à se faire nommer lieutenant général en Guyenne, afin de conduire l'armée4. Il indisposa Louis XIII par des intrigues et des manœuvres

1. 11 parut bientôt que lui et l'ancienne régente se disputaient l'influence du roi (dépêche de l'envoyé florentin du 12 mars 1622, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 307). Le nonce trouvait Condé « négociateur adroit, éloquent, prompt, vif, spirituel, véhément, mais léger, libertin, paresseux et timide » (dépèches de Corsini des 30 janvier et 23 février 1622, Arch. nat., L. 397, fol. 357 r°, 367 v°; cf. Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 513 et Tallemant, Historiettes, t. 11, p. 434 et suiv., qui est sévère pour le prince; le duc d'Aumale est en revanche trop indulgent, Hist. des princes de Condé, t. 111, p. 108 et suiv.).

2. • Mon cousin, je ne vous dis point si je vous aime..., etc. ». Lettre de Louis XIII à Condé de 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 60 v°. Voir aussi fol. 62 r".

3. Voir les Caquets de Vaccoachée, éd. Fournier, p. 67. Condé le pensait aussi, mais néanmoins n'était pas sans inquiétude (dépèche de Pesaro du 14 février 1622, Bibl. nat., ms. italien 1777, p. 248).

4. Le 2 avril; les provisions sont du 6 mai, Arch. nat., K. 113, n" 4. Il se montrait très ardent contre les huguenots (lettre de Marillac à Richelieu des 27 et 29 avril 1622, Arch. des AIT. étr., France 775, fol. 97 r° et 140 r).

étranges ', puis l'irrita2. Quand il fut question de la paix au siège de Montpellier, il s'y opposa avec violence. A la notification que lui fit Louis XIII de sa volonté définitive au sujet de la pacification, il décida de partir pour l'Italie en répétant de colère : « on me le payera3 ! » ; et il partit. Seulement l'obstacle avait arrêté l'acheminement de Richelieu vers le pouvoir': la combinaison était manquée ; l'évêque allait avoir à chercher un autre moyen, lorsqu'à ce moment, arriva une nouvelle qui modifiait la situation et facilitait ses efforts : il était enfin nommé cardinal!

11 n'avait jamais cessé de penser à l'affaire. Après la mort de Luynes, Marie de Médicis avait renouvelé ses sollicitations auprès de Louis XIII et Louis XIII avait recommencé à Rome ses instances. Dès le mois de janvier 1622, le roi écrivait au Saint-Siège et expédiait des courriers spéciaux \ Moins sensible que ses ministres aux dangers de cet avancement de Luçon — car il restait le maître, après tout, de prendre qui bon lui semblerait au conseil — il paraissait mieux disposé à

1. Sur de prétendues prédictions, il prépara son accession au trône en écartant Gaston : lettre du nonce Gorsini du 23 février 1622, Arch. nat., L. 397, fol. 355 v°; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Mictiaud, p. 171 ; lettre de Marillac à Richelieu du 3 juillet 1622, Arch. des Aff. étr., France 775, fol. 102 r°.

2. On voit par les lettres de Marillac que Gondé peu à peu se ruine dans l'esprit du roi (Arch. des Alf. étr., France 775, fol. 102 r°, 103 v°, 105 v», 109 r°, 176 V).

3. Dépèches de Pesaro du 11 octobre 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 379 ; du nonce Gorsini du 14 octobre, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 133; Bassompierre, Journal, éd. Ghantérac, t. III, p. 149. Voir les lettres écrites par Gondé durant son voyage en Italie dans le duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. III, p. 499 et suiv.

4. Dépèche de Pesaro du 19 janvier 1622, Bibl. nat., ms. italien 1777, p. 212; Journal d'Arnauld d'Andilly de 1622, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 1 v".

contenter sur ce point les désirs de sa mère : du moins le nonce Corsini l'interrogeant et cherchant à pénétrer ses sentiments réels, écrivait acquérir cette certitude et appuyer dès lors la proposition *. Les ministres, surtout Puisieux, demeuraient hostiles. Ils étaient convaincus que le cardinalat n'aboutirait qu'à donner à Richelieu « plus d'ascendant par cette nouvelle dignité - » ! Ils avaient proposé pour le chapeau l'archevêque de Lyon, M. de Marquemont et soutenaient celui-ci. Mis en présence des deuxcandidatures, LouisXIII avait dit préférer Richelieu, mais avec quelle mollesse! « Le roi désire que la préférence soit donnée à Luçon, mandait le nonce en mars, mais sans y insister beaucoup ». Marie de Médicis avait été indignée. « La reine, écrivait le nonce, a paru fort offensée du bruit répandu à la cour — dont elle accuse M. de Puisieux — que l'archevêque de Lyon pourrait être préféré pour le chapeau à l'évêque de Luçon, vu l'intimité que le premier aurait eu avec le pape lorsqu'il était auditeur de rote à Rome. Je l'ai rassurée àce sujet 3. » L'ancienne régente avait redoublé ses sollicitations. « Considérant, écrivait-elle au roi en juin, le long temps qu'il y a que vous avez voulu faire instance pour la promotion du sieur évesque de Luçon, tant à cause de la promesse qu'il vous a plu m'en faire que parce que vous l'avez jugé un sujet digne de cet honneur, j'ai cru que vous n'auriez point désagréable que je vous fasse sou-

1. Dépèche du nonce Corsini de janvier et du 9 février 1622, Arch. nat.. L. 397, fol. 345 r°, 346 r°.

2. Lettre de Marillac à Richelieu du 2 janvier 1622, Arch. des Aff. étr., France 775, fol. 94 r°, et dépêche de Corsini du 10 janvier 1622, Arch. nat., L. 397, fol. 347 r°.

3. Dépèches de Corsini des 7 et 12 mars 1622, ibid., fol. 326 r° et 336 r°. Cf. B. Zeller, Richelieu et les ministres, p. 19.

venir de faire presser de nouveau cette affaire. Ce seroit une chose fort étrange qu'en l'état des affaires de votre royaume, Sa Sainteté vous déniât ce qui vous est justement dû1 ». Elle avait écrit aux ministres, surtout à Puisieux; il était invraisemblable que se conduisant habilement avec le roi comme elle le faisait, elle ne parvint pas, à la longue, à avoir raison des résistances. Puisieux s'en rendait compte 2. En juillet, Marillac assurait Richelieu que Louis XIII était sincère dans son désir de le faire nommer cardinal; il informait l'évèque du moindre mot aimable prononcé par le souverain sur son compte3. Quelle attente! quelle fièvre était celle du prélat! Il en fut malade.

Depuis longtemps il souffrait de la tête. « Je me meurs de ma tête », écrivait-il à Charpentier : « Mon mal de tète me tue! » Il eut une crise vers juin 1622 \ On chercha à profiter de sa maladie pour décider Louis XIII à renoncer à la demande du chapeau. Louis XIII ne consentit pas. « On a voulu vous débusquer du cardinalat pendant votre maladie, mandait Marillac à Richelieu le 25' juillet, le roi a tenu bon 3 ».

Non seulement le roi tenait bon, mais il en venait même, maintenant, à souhaiter qu'on en finit avec cette affaire interminable. Apprenant que les ministres, à son insu,

1. Lettre de Marie de Médicis à Louis XIII datée de Poitiers II juin 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3811, fol. 80 r° et 3708, fol. 55 r°.

2. Lettre de Puisieux à Sillery, ambassadeur à Rome, du 30 mai 1622, dans Aubéry, Mémoires pour servir à l'histoire du cardinal de Richelieu, Paris, 1660,'in-fol., t. I, p. 181.

3. Lettres de Marillac à Richelieu des 7 et 15 juillet 1622, Arch. des AIT. étr., France 775, fol. 105 r°, 182 v° et 183 r°.

4. Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 697, 698, 710, 712. Richelieu parle à M. de Blainville, en avril 1622, des « continuelles indispositions qui m'ont travaillé jusques à en être jugé en péril ».

Page 1