‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 39 sur 349 · Chaulnes, Relation exacte, p · texte numérisé non relu

Chaulnes, Relation exacte, p

personne n'était en mesure de le faire changer d'avis. Sur de nouvelles instances de la reine, la princesse de Centi alla s'habiller et sollicita du roi une audience immédiate. Louis XIII lui fit dire que, s, elle venait en son nom, il était prêt à l'accueillir mais que, s elle venait au nom de la reine sa mère, .1 refus..! de la recevoir'. Marie de Médicis pria la dame d honneur, madame de Gnercheville, de chercher à se trouver sur le passage du roi, de se jeter à ses genoux et de faire appe l ses sentiments filiaux. Madame de GuercheviUe deva parvenir à parler au roi dans ces conditions Louis XIII répondit froidement c< qu'il reconnoisso.t bien la re.ne pour sa mère, mais qu'il estoit roi et quelle ne 1 avoit pas traité comme fils par ci-devant; il la tra.tero.t néanmoins toujours comme mère : il ne la pouvoit enco.e voir qu'il n'eût donné ordre à ses affaires » .

Entre temps, la jeune reine, Anne d Autnche, chez ,n,i Louis XIII s'était rendu, afin de la mettre au courant et la prier de ne se troubler de rien, ayant demande au prince la permission d'aller consoler Marie e Me -es, le roi refusa'. La comtesse de Soissons, sollicitant une autorisation semblable, subit le même insuccès. Devant ces instances, Louis XIII fit dire qu ,1 défendait a qui c,ue ce fM, jusqu'à son frère Gaston et aux princesses ses sœurs, d'aller voir la reine-mère;. Il commanda a Vitry de prendre les mesures nécessaires afin que 1 iso-

,. Lllo accepta la coaditioa imposée, eut l'audience et . y reçu, le fSSSt Ï*W ££*%■>• Doinet, Coaciai, «« * -

'"V^^^^Llt I, p. 109; lettre du 26 avri, .6,7. 4". Ibid., et Chaulnes, Relation exacte, p. 4b-.

lemenl de la princesse déchue se trouvât complet. Le service d'honneur de celle-ci, fait par une compagnie de gardes du corps spéciale, portant les couleurs de la régente, fui supprimé et douze archers des gardes du corps du roi s'installèrent à l'entrée de l'appartement de Marie de Médicis, pour ne laisser pénétrer personne1. Des portes furent murées. Un petit pont jeté sur les fossés du Louvre faisait communiquer L'appartement de la régente avec le jardin du bord de l'eau; des Suisses vinrent l'abattre : le bruit des coups de hache, qui dura trois heures, fut lugubre2. On n'eût jamais cru que le roi pût se montrer aussi impitoyable3. Il n'y eut de doute pour personne : Marie de Médicis était emprisonnée! Tout devait confirmer ce sentiment. L'ambassadeur d'Espagne, Monteleone, arrivant au Louvre et se dirigeant vers l'appartement de la reine mère, fut interpellé par Vitry : « Où allez -vous, Monsieur? Ce n'est pas là qu'il faut aller maintenant; c'est au roi M » Les autres ambassadeurs venant solliciter de Louis XIII l'autorisation de présenter leurs hommages à Marie de Médicis

1. Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 24 avril 1017 (Bibl. nat., ms. ital. 1771. p. si : Pontchartrain, Mcm., p. 388; Cbaulnes, Relation exacte, p. 4o9: Aruauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 284.

2. Chaulnes, op. «7., p. 404: voir aussi Pontchartrain, Mém., p. 388; Arnauld d'Andilly, Journal, IS57, p. 28f>. Au dire de Mathieu de Morgues, on perquisitionna dans la chambre de la reine jusqu'à regarder snus son lit (M. de .Morgues, les Deux faces de la vie et de la mort </<• Marie ({'■ Médicis, Anvers, 1643, in-4", p. 23: du même, Lumières pour V histoire de France, 1043. in-12, p. 40).

ativoglio est étonné de cette dureté [Lettere, 1863, t. I. p. 195); de même, le résidenl florentin (Zeller, Louis \///, Marie de Médicis, Un folliculaire traita Louis XIII de Néron (Galluzzi. Hist. du grandi . i. VI. p. l(M i.

4. Chaulnes, Relation exacte, p. 450. Monteleone raconte les événements en termes très brefs a Madrid (Arcb. nat., K. 147:;. p 28).

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n'obtinrent qu'une réponse évasive : « J'aviserai'. » Le soir, tard, vers onze heures, par une porte dérobée, le résident florentin, Matteo Bartolini, put accéder jusqu'à la reine détrônée : il la trouva accablée. Après avoir exprimé son étonnement qu'il eût pu arriver jusqu'à elle, la princesse éclata en sanglots : « Bartolini, aurais-tu jamais pensé me trouver en prison! » Et, parlant du roi qui refusait de la voir, qui interdisait à ses enfants de venir près d'elle, elle ajouta douloureusement : « Qui eût dit, quand je l'ai eu, qu'à l'âge de seize ans il procéderait vis-à-vis de moi comme il le fait ! » Elle aimait mieux mourir que de rester en prison2. Le public parla de son incarcération définitive à Vincennes ou ailleurs. Tout au haut du Louvre, chez Léonora Galigaï, les choses furent plus expéditives. Léonora était dans sa chambre lorsque, par la porte ouverte, elle aperçut les gardes du corps qui venaient l'arrêter. Elle fut étonnée. Un garde lui expliqua qu'il y avait eu dans le Louvre une querelle avec Vitry et des coups de pistolet : « Comment, fit-elle, Vitry et des coups de pistolet dans le Louvre? C'est contre mon mari! » — « En effet, Madame, et il y de mauvaises nouvelles : M. le maréchal est mort! » — « Il a été tué? » — « Oui ! » — « C'est le roi qui l'a fait tuer? » — « Oui! » Elle parut profondément surprise, mais elle ne versa pas une larme. M. de la Place étant arrivé sur ces entrefaites, elle l'envoya à la reine pour lui demander sa protection. M. de la Place, qui savait

t. Bentivoglio, Lcttere, t. I, p. 202. Bassompierre, qui voulut aussi aller voir Marie de Médicis, reçut la même réponse {Journal, éd. Ghantérac, t. II, p. 124).

2. Dépêche de Matleo Bartolini, dans B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 172.

à quoi s'en tenir, s'adressa plutôt à la princesse de Conti, laquelle lui répondit qu'elle était désolée, « mais qu'elle avoit les bras trop faibles ». Mise au courant, Léonora désemparée, ramassa machinalement ses pierreries, les mit dans sa paillase, se déshabilla, se coucha1, disant en pensant à la reine : « Pauvre femme! je l'ai perdoua'2. » On vint ensuite la faire relever et habiller pour mettre ses pierreries sous séquestre, et, à la nuit, on l'enferma dans une chambre haute du Louvre. Elle continuait à paraître indifférente, convaincue d'ailleurs qu'elle allait être simplement reconduite à la frontière. Mais, du Louvre, elle devait aller à la Bastille, de la Bastille à la Conciergerie et de la Conciergerie à l'échafaud de la place de Grève 3 !

Les ministres de Concini s'évanouirent presque d'euxmêmes. Un des premiers mots de Louis XIII, recevant dans son appartement, puis, en raison de l'insuffisance de celui-ci, dans la petite galerie, — la galerie d'Apollon,

1. Chaulnes, Relation exacte, p. 458. On envoya l'exempt La Chaussée et huit archers occuper la maison de Concini, sur le quai (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert, 221, fol. 4 v°).

2. Passage inédit de la Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 147 v°.

3. Nous avons le procès qui fut fait à Léonora et à la mémoire de Concini (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, collection Moreau 77ÎJ ; Arch. nat., X2a 979). Léonora se croyait sûre d'être relâchée: elle le répétait constamment au cours de son procès (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 237 r°, 239 v°, 339 v", 348 r°; cf. Fontènay-Mareuil, Mém... p. 122). Elle poussa un cri •< strident » en entendant qifclle était condamnée à mort (amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 257). .Mais elle mourut courageusement (Boitel de Goubertin, Hisl. des choses plus mémorables de ce qui s'est passé en France, Rouen, 1G20, t. II, p. 344; Mercurt françois, 1617, p. 231; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 320; B. Legrain, Décade, p. 419). Louis XIII, qui n'avait pas voulu être à Paris au moment de l'exécution (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 338), fut ému dus détails et n'en dormit pas (Iléroard, Journal, Bibl. nat.. ms. fr. 4025, fol. 419 v°). Marie de Médicis parut affectée (Bentivoglio, Lettere. t. I, p. 381; amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 202).

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— le flot à toute minute montant des courtisans et des autorités qui s'empressaient de venir le féliciter, avait été « qu'il destituoit Mangot, Luçon et Barbin »'. Il donna même l'ordre de les faire arrêter2. Barbin, à la première nouvelle de l'événement, accourant au Louvre, rencontra quelques amis qui lui conseillèrent prudemment de ne pas s'aventurer. Assez inquiet, il se rendit rue des Poulies, à l'hôtel Combault, l'écurie de Marie de Médicis, où madame de Bressieux, la femme du premier écuyer, qui y habitait, le recueillit chez elle. Mangot, prévenu, vint le rejoindre. Bichelieu. auquel on avait annoncé la nouvelle pendant qu'il faisait une visite à un recteur de la Sorbonne, s'empressa de venir en carrosse. Son premier mouvement, en apprenant qu'il était débarrassé de la tyrannie de Concini, avait été un mouvement de joie, il dit à Barbin, « le visage fort content », « qu'ils étoient maintenant en repos et à couvert ». — « Hé! Monsieur, fit Barbin, irrité de cet optimisme, vous moquez-vous de ne juger pas que le contre-coup de tout ceci tombera sur nous3? » Ils causèrent. 11 n'y avait rien à faire \ Pendant qu'ils échangeaient leurs impressions arriva une brigade d'archers qui, s'étant rendue à la maison de Barbin pour l'arrêter, ne l'y ayant pas trouvé

1. Chaulnes, Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 134 v°. Cf. amb. vénitien, dépêche du 24 avril, Ibid., ms. ital. 1771, p. 81.

2. Et l'annonça aux provinces : « Nous avons fait arrêter sa femme (de Concini), ensemble ses susdits ministres •> (Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, p. 6). Rohan dit que Richelieu fut en effet arrêté, ce qui n'est pas exact (Mém., éd. Michaud, p. 511).

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