Saint-Simon, Parallèle, p
3. Nouv. arch. de l'art français, 1879, p. 225. N. Lefèvre prévoyait
Il s'habillait, d'ordinaire, simplement. Au lieu que le goût du temps était de paraître, le jeune roi, mettait couramment des draps modestes à couleurs éteintes. Il détestait le faste des courtisans couverts de passementeries d'or, de clinquants, de rubans, occupés à « muser, muguetter sur le pavé de Paris, riolés, piolés, dorés et empanachés pour soutenir l'éclat des yeux efféminés d'une dame et plus curieux mille fois à ajuster une rotonde, amieller leur perruque et donner le tour à leur fraise l ». Il avait fait promulguer une Ordonnance pour le règlement et ré formation de la dissolution et super Jluité qui est es habillemens et ornemens dHceux. Il la renouvela plusieurs fois ~. Il ne voulait sur lui pour la vie de tous les jours ni clinquant ni broderie ; dans ses intérieurs, il portait un habit de ratine. Lorsqu'il sortait, en dehors des cérémonies, il s'habillait en simple soldat, vêtu de bure, un castor gris sur la tète3 : c'étaient les goûts de son père. Mais encore, comme son père, savait-il conserver son rang, et s'il le fallait, paraître, dans les circonstances solennelles, avec l'éclat de la majesté royale : à la réception d'un légat, on le verra revêtu d'un habit brodé de fleurs et de feuillages de diverses couleurs, le pourpoint de satin blanc, le mandés 1612 que Louis XIII <> tiendrait un peu de l'avarice de son père » (Anecdotes de M. du Vair, dans Mém. de Marguerite de Valois, éd. Lalanne, 1858, p. 296). Cf. Sully, Economies royales, éd. Michaud, t. II, p. 477: Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 165. C. Malingre explique que le roi était obligé d'être économe en raison de l'état précaire des finances (Troisième tome de Vhistoire de notre temps, Paris, 1624, p. 8).
1. Les Caquets de l'accouchée, éd. Fournier, p. 222, 239; le Courrier fidèle envoyé à la noblesse française, (s. L), 1622. in-12, p. 8.
2. Publiée le 26 mai 1617, renouvelée entre autres le 8 février 1620.
3. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 434 r°, 436 r°, etc.; de Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, in-12, p. 18; Jean Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 386.
teau, les hauts-de-chausse et les jarretières couleur « fleur de pêcher », bas blancs, baudrier avec agrafes d'argent, sans pierreries : de ces costumes qui valaient de 15 à 1 800 livres l. Il conservait dans sa maison toute la suite traditionnelle des fournisseurs de luxe du souverain, gantiers, colletiers, tailleurs, chaussetiers2; pour son usage personnel, il en usait peu : ses manières étaient modestes.
Elles ne l'étaient pas moins dans l'existence quotidienne. Sa dignité royale ne l'empêchait pas de vivre à sa guise sans que l'éclat de son rang le contraignit à la gêne et aux incommodités inutiles. S'il était besoin, il voyageait en poste 3. Il se levait de bonne heure, six heures, six heures et demie et, en cas de nécessité, trois, quatre heures du matin, sans se soucier du « lever » officiel en apparat. Quoique généralement il mangeât seul, moins pour obéir aux habitudes royales que par préférence, il ne se privait pas d'inviter du monde à sa table, au moins hors du Louvre. Une fois à Mirambeau, dans le midi, il invitait quinze à vingt seigneurs à souper. L'exempt des gardes du corps, Bordeaux, surpris, appelle cette fantaisie « une débauche ». « Cette débauche vint de lui-même », écrit-il. A la fin du repas, levant son verre, le jeune roi « faisait boire les autres de la compagnie aux santés4 ». Une autre fois,
1 . Visite du Cardinal légat F. Barberini à Louis XIII, dans Bullet. de la Soc. de l'hist. de Paris, 1875, p. 172 : E. Charavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis XIII, Paris, 1873, in-8°, p. 90. Nous avons vu plus haut le brillant costume que portait Louis XIII le jour du départ de Marie de Médicis.
2. Bibl. nat., ms. Clairambault, 378, fol. 382 v°, 400 v°, 402 v°.
3. Dépèche de Gontarini du 10 novembre 1620 : Bibl. nat., ms. ital. 1775, p. 90.
4. « Journal » de l'exempt Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6 163,
près de Saint-Germain, à la Chaussée, sur la Seine, propriété du président des comptes Chevalier, il soupait seul dans une salle, la suite étant dans une galerie; il venait avant la fin du repas retrouver les convives : « que personne ne bouge, faisait-il, à peine de ma disgrâce! » puis il se plaçait entre MM. du Maine et de Rohan qui, vers le milieu de la table, levaient leurs verres pour boire à la santé du roi et « il leur faisoit raison » en buvant à son tour à la santé de tous l. Il acceptait qu'on l'invitât, seulement hors de Paris, en campagne, et n'importe comment, sous des tentes, « sous une feuillée ». Toujours à cheval par monts et par vaux, en chasse, en voyage, il était cent fois exposé à ne pas trouver de quoi manger. Il se contentait de peu ou de rien. Il n'y mettait aucune mauvaise grâce. 11 entrait, dans la maison d'un pauvre paysan et y mangeait « un grand morceau de pain bis sans boire 2 ». Le cas échéant, on le voyait dîner dans une cuisine, s'attabler avec les gens de sa suite3. Il ne redoutait pas de mettre la main à la pâte, portant lui-même les plats sur la table. Il lui arriva de faire cuire son dîner; une fois, surpris par la nuit avec son grand écuyer et seulement un porte-manteau comme suivant, il s'installait dans une hôtellerie, arrêtait « un poulailler de Senlis qui portoit (des poulets) à des conseillers et maîtres des comptes à Paris, » prenait une
fol. 17 r°. Héroard raconte d'autres faits de ce genre : Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 17 r°, 50 r°, 51 r°, 57 v°. Le protocole ne veut pas que le roi invite des particuliers à sa table au Louvre.
1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 405 r°; Chaulnes, Relation exacte, p. 482.
2. Le 26 juillet 1618, du côté de Montmorency : Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 70 v°.