‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 8 sur 349 · Richelieu, Mém., t. I, p · texte numérisé non relu

Richelieu, Mém., t. I, p

impérieuse Concini les tranquillisait, leur répétant d'un ton de véhémente autorité : « Assurez-vous et vous ressouvenez que devant qu'il soit un an, ou peu après, je tiendrai toute la France en ma main '. »

Le plus étrange fut que Marie de Médicis, au courant de la duperie dont le gouvernement et le royaume étaient l'objet, et seule pouvant la faire cesser, ne sut ou ne put jamais y parvenir. Elle détestait Concini; ses sentiments à l'égard du maréchal étaient antipathiques et irrités. Elle savait que le maréchal, dans ses confidences, la traitait de femme « ingrate et légère » 2; elle n'ignorait pas qu'il se posait pour ce qu'il n'était pas; « elle témoignoit alors une certaine indignation de ses insolentes procédures »; elle le lui disait, « l'en reprenant et de paroles et de visage, le rabrouant et lui faisant mauvaise chère ». Elle répétait aux ministres « d'avertir les grands de la cour qu'ils n'ajoutassent point de foi à ce que leur disoit ledit maréchal sur les affaires politiques, mais aux ministres par qui elle leur feroit savoir ses volontés3 ». Elle tenait Concini de court, ne le recevant qu'en audience demandée, souvent refusant de le voir*, opposant à ses sollicitations le plus de refus qu'elle pouvait. Quand elle répondait à ses lettres empressées, humbles et soumises, c'était d'un ton froid et hautain5. Comment

1. Déposition au procès de Léonora, de Arnault, « suivant les finances », gendre de la sage-femme de la reine, madame Boursier (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 396 v°, 397 r° et v°).

l!. liichelieu, Mém., 1. 1. p. 57.

3. ïbid., t. 1. p. 149, 150, 152. « Le commandeur de Sillery, écrit Richelieu (p. 149), m'a confessé qu'il avoit reçu plusieurs commandemens [de ce genre de la reine. »

i- Dép. de l'ambassadeur vénitien du 18 avril 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771. |>. (il \. La reine donne des prétextes quelconques. Cf. B. Zeller, Louis XIII, Maria de Médicis, Richelieu, p. 109.

5. Voir ces lettres tout a fait sèches: Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 86,

expliquer qu'elle ne l'ait pas chassé? Ceux qui savaient ses sentiments pour le maréchal ont cru à un « sort » et « aux charmes jetés par sa femme ' ». La réalité est que Marie, très attachée à Léonora, son amie d'enfance, n'a jamais su se séparer d'elle, et par suite de son mari. D'autre part, dans son peu de clairvoyance, elle s'illusionna sur la portée et les conséquences du pouvoir de Goncini. Pour elle, cet homme, ainsi qu'elle le fera écrire plus tard, n'était « qu'une idole jetée en fonte, dont la vie et le mouvement n'alloient que par les ressorts de l'esprit de sa femme »; elle « n'eût jamais pensé que sa fortune se rendit suspecte ni que rien de grand dût avoir place en sa pensée. Elle s'imagïnoit pouvoir le défaire aussi facilement qu'il avoit été fait » ; elle avouera ensuite « qu'elle s'étoit trompée2 ». Un dernier coup de Léonora Galigaï allait en effet, sans que celle-ci y eût songé, nouer définitivement la puissance politique de Concini d'une façon qui devait le rendre maître du royaume, comme il l'avait prédit.

Anciens serviteurs de l'Etat vieillis dans la direction des affaires durant plusieurs règnes, les ministres, Villeroy, Jeannin, Sillery étaient d'àme trop régulièrement administrative pour ne pas opposer aux prétentions constamment renouvelées des Goncini, qu'ils

fol. 86 r°, Mo v°, 212 r°; 87, fol. 34 v°. On peut suivre, dans les Mémo ires de Richelieu, Concini se trouvant d'année en année constamment mal avec Marie de Medieis (Mém., t. 1, p. 48, 50, 57. 67, 95, 99, 132).

1. Plaintes à la roine mère, 1617, in-12, p. 3: Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 9, 10. « Elle était abusée par des arts magiques et inconnus! » (mots du premier président du Parlement de Paris au roi, le 25 avril 1617, dans Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 2U avril, Paris, 1617, in-12, p. 6).

2. Le Limosin, p. 5. Marie de Medicis après sa chute n'a jamais cherché à défendre Goncini.

haïssaient, une sourde opposition continuelle. Léonora, particulièrement atteinte dans ses entreprises financières, — elle s'enrichissait effrontément de toutes façons, — finit par se décider à les faire renvoyer. Ce fut laborieux. Les détails de la discussion du traité de Loudun dans laquelle, à son gré, ses intérêts avaient été méprisés par le gouvernement, la résolurent au dernier effort qui aboutit. Quand on l'interrogera à son procès sur les causes qui l'avaient déterminée à congédier les anciens ministres d'Henri IV, elle répondra « qu'elle se plaignoit de M. le chancelier, de M. le commandeur, son frère, et de M. de Villeroy parce qu'ils n'étoient pas de ses amis et qu'ils n'étoient pas bons serviteurs de la reine mère l ». Elle fit donner les sceaux au premier président du Parlement de Provence, l'honnête du Vair; mais celui-ci, peu souple et trop droit, la mécontenta vite; il fut remercié2. Le 24 novembre 1616, elle décidait Marie de Médicis à appeler au ministère trois personnages choisis par elle : Mangot aux sceaux, Claude Barbin aux finances, Richelieu à la guerre et aux affaires étrangères.

Que ce soit elle qui ait désigné ces trois ministres sans que Concini l'ait conseillée ni même l'ait su

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