‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 91 sur 349 · Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p · texte numérisé non relu

Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p

3. Véritable relation, p. 12; J. B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, p. 129. Arnauld d'Andilly écrit {Journal, 1620, éd. Halphen, p. 21). « 11 ne fut jamais un plus hardi voyage, oar le roi n'avait pas 200 chevaux et 3 000 hommes de pied ».

Il ne l'a pas moins entraîné dans l'affaire du Béarn, cette affaire qui durait depuis des années sans qu'on put aboutir à un résultat et à la faveur de laquelle l'autorité royale, tenue en échec, subissait la plus humiliante diminution. La grand'mère de Louis XIII, Jeanne d'Albret, ayant établi la Réforme dans le Béarn, chassé les prêtres catholiques, interdit la religion romaine et transféré aux pasteurs les biens du clergé exilé, Henri IV avait restauré le catholicisme et décidé de rendre aux ecclésiastiques leurs biens en dédommageant les pasteurs au moyen de rentes : ceux-ci n'avaient pas accepté : on avait temporisé. Le clergé réclamant, après d'interminables tergiversations, Louis XIII avait décidé de décréter l'attribution à leurs anciens propriétaires des biens ecclésiastiques. Il fallait exécuter l'édit '. L'opposition des gens du Béarn les conduisaient à la révolte2. Les ministres se montraient indécis; ils voulaient éviter la guerre, trouver une solution acceptable sans en venir à la lutte. Louis XIII se montra

1. Pour l'exposé de l'affaire du Béarn par les protestants, voir : Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 515; surtout, Pierre de Lescun, Apologie des églises réformées de l'obéissance du roi et des Étals Généraux de la souveraineté de Béarn, Orthès, 1618, in-4° (complété par : Seconde partie de V apologie des églises réformées, Orthès, 1619, in-4°); les Demandes des églises réformées du royaume de Navarre et de la souveraineté de Béarn présentées au roi, Paris, 1618, in-12. Les catholiques du Béarn adressant au roi leurs réclamations lui présentaient une liste de 48 demandes (Arch. nat. E. 1685, fol. 3 r°). L'arrêt de mainlevée des biens ecclésiastiques est du 25 juin 1617 (Mercure françois 1617, t. V, p. 70). Nous avons un mémoire sur la province de Béarn en 1620 : Arch. des Aff. étrang, France 1488. Cf. Puyol, Louis XIII et le Béarn, 1872, in-8°; V. Dubarat, Documents et bibliographie sur la Réforme en Béarn et au pays basque, Paris, 1900, in-8°.

2. La Calamité de Béarn, Orthès, 1620, in-12. Les protestants du reste du royaume étaient loin d'approuver la résistance de leurs coreligionnaires béarnais (lettre de M. de Lacger, du 18 juin 1621, à un de ses amis de Castres, dans Mém. de VAcad. des sciences de Toulouse, 1883, p. 147).

résolu. Il reprit son mot, qu'il voulait être obéi; il monterait à cheval pour faire respecter son autorité1. Ses conseillers essayèrent de tous les arguments, firent valoir que si le prince ne réussissait pas, son prestige se perdrait aux yeux des huguenots du royaume. Louis XIII répliqua « qu'il y avoit trois ans qu'il toléroit les mépris, mais qu'il voyoit bien que sa présence étoit nécessaire en Béarn et qu'il partiroit pour s'y en aller assurer le repos de la province. » On invoqua les dangers de l'entreprise, « les longs chemins, la stérilité du pays, les mauvais logis; à quoi le roi répondit qu'il étoit accoutumé à semblables incommodités et son armée à ne connoître nul péril, ni nul travail, quand il s'agissoit de son service 2. » On mit en avant la pénurie financière; qu'à cela ne tint, il serait procédé au moyen d'anticipations3. Louis XIII termina : « Je ne fais rien sans mon conseil, mais je ferais ce voyage de ma tête pour me faire obéir. » Et « nonobstant tous les avis contraires, oppositions et difficultés qu'on lui objectoit », il partit1.

Cour et gouvernement suivirent à contre-cœur, Luynes plus que les autres. Anne d'Autriche qui partageait le sentiment commun écrivait au favori : « Je suis si affligée du voyage de Béarn que quelque discrétion que

1. Lettres du nonce des 1er août 1618 (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 523), 16 et 30 janvier 1619 (t. III, p. 157, 177).

2. « Relation du voyage de Béarn, 1620 », Arch. des Afî. étrang., Fr. 773, fol. 203 r°, récit émanant de l'entourage du roi.

3. Arrêt du conseil du 20 juin 1620 (Arch. nat., E. 63B., fol. 368 r°).

4. J. B. Matthieu, la Piété royale, discours présenté au roi, 1620, in-12, p. 37; du même, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 132; Louis Richeome, Tableau votif offert à Dieu pour le roi très chrétien, Bordeaux, 1622, in-12, p. 53.

vous avez apportée à me l'écrire, je n'en puis recevoir de consolation ' ». Des négociations étaient tentées pour décider les Béarnais à se soumettre avant l'arrivée du roi et obtenir du Parlement de Pau qu'il enregistrât sans observation l'édit de mainlevée. Un instant, arrivé à Bordeaux, on crut avoir réussi. C'était une fausse alerte : le Parlement de Pau avait refusé l'enregistrement. « Il faut aller à eux » répéta vivement le jeune roi -. Les députés du Béarn arrivaient, confirmant le refus de recevoir l'acte royal. Louis XIII leur donna audience : « il n'attendit pas pour leur faire réponse l'avis des ministres, raconte Bassompierre, mais de luimême leur dit : puisque mon Parlement me veut donner la peine d'aller moi-même vérifier l'édit, je le ferai et plus amplement qu'ils ne l'attendent3. » Au Conseil qui fut tenu, on renouvela les objections : pays impraticable, saison mauvaise; les huguenots allaient se soulever derrière pendant que le roi serait en Béarn; les Landes étaient une contrée dépourvue de vivres ; il faudrait plus de douze jours pour faire passer la Garonne à l'armée; les chemins étaient détestables; si l'on amenait beaucoup de troupes, elles mourraient de faim; si l'on en amenait peu, on ne serait pas en force. Louis XIII se montra d'une ténacité inflexible. « Je ne me mets point en peine du temps, ni des chemins, dit-il; je ne crains point ceux de la religion et quant au passage de la rivière que vous dites que mon armée ne sauroit faire en douze jours, j'ai un moyen de la faire

i. Lettre d'Anne d'Autriche au duc de Luynes, datée de Soissons, ■i octobre 1620 (Arch. du château de Dampierre).

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