‹ Le Rire Dans la Démence PrécoceChapitre 12 sur 21 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Due à l'obligeance de M. le D' Leroy.)

P... Marie.

Pas d’'hérédité connue.

À présenté à seize ans, de légers troubles intellectuels consistant en confusion mentale,

Entrée à l'asile d'Evreux avec le diagnostic : Hystérie à forme délirante, Avait été novice dans un couvent de sœurs qu'elle à quitté parce que ce n'était pas sa vocation.

Avant son entrée à l'Asile, une personne a dit àsa mère

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qu'elle l'avait rencontrée dans la rue, riant toute seule aux éclats.

À son entrée, on note une agitation délirante qui augmente chaque jour. Se déshabille, se met toute nue, est très désordonnée, déchire ses vêtements, crie, chante, rit seule, fait des gestes, puis devient triste et anxieuse, cherche à se jeter par la fenêtre. Très hallucinée, les démons vont la jeter en enfer : elle brûle, elle est er enfer, elle est dans la terre, elle est perdue. Mange très difficilement, résiste parfois.

Présente des idées mystiques, elle est au Paradis, elle voit Dieu, tantôt, au contraire, elle se croit en enfer. Présente des alternatives d’excitation où elle est très violente, se débat, est très difficile à maintenir, et au contraire, des périodes de dépression.

Reste quelquefois une journée ou deux sans manger,

Lorsqu'on lui demande : Comment allez-vous ? Elle se met à rire et! ne répond rien, Voulez-vous vous en aller ? Ça ne me fait rien.

Puis, peu à peu, elle ne répond plus que par des monosyllabiques, oui ou non.

Elle devient gâteuse par intervalles. Pourtant, on ne note pas de perte des sentiments affectifs : elle aime toujours bien ses parents.

Etant en période d'accalmie, ses parents la font sortir : elle n’en manifeste aucune émotion, s'habille machinalement.

A été examinée chez elle, où elle restait au lit, ne voulant pas se laisser regarder, résistant à tout, refusant de parler et de manger, riant de temps à autre aux éclats sans que rien ne puisse expliquer ces crises.

Les périodes d’excitation ayant réapparu, elle entre de nouveau à l’Asile où, après examen, on porte le certificat suivant.

« Démence précoce caractérisée par un état de stupeur catatonique entrecoupé d’agitation et d'actes désordonnés

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Le négativisme a apparu très net.

Elle refuse de s'alimenter, ne répond pas aux questions, va à droite quand on lui dit d'aller à gauche.

Les stéréotypies sont également très nettes. Tient les mains croisées sur la poitrine. Reste la tête appuyée contre la croisée, Souvent fait des grimaces et semble rire. D'autres fois au contraire elle présente des phénomènes d’écholalie répétant les mots qu'elle entend prononcer, ou bien rit aux éclats en répétant les paroles de l’interne.

L'observation suit la malade pendant une année où elle présente des périodes d’'excitation et de dépression pendant lesquelles le négativisme, quelquefois remplacé par une suggestibilité exagérée, et les stéréotypies persistent. A chaque instant elle sourit en marmottant seule, ou rit pendant des heures sans pouvoir s'arrêter.

OBsERVATION VI (Due à l'obligeance de M. le D' Leroy.)

Clotilde L..., cultivatrice, vingt-sept ans.

On ne trouve pas d’antécédents héréditaires. Le père et la mère jouissent d’une excellente santé.

La malade a été bien portante jusqu'à l’âge de seize ans. Grandes difficultés au moment de l'apparition des règles.

Dès cette époque, on remarque tantôt une excitation plus ou moins vive, une tendance à la loquacité, à la susceptibilité, à l’'emportement, aux caprices ; tantôt de la dépression avec indifférence et apathie.

Certains excès alcooliques sont à signaler : la malade buvait de l’eau de vie en cachette.

La malade a eu trois grossesses pendant lesquelles on remarquait une amélioration notable, mais depuis le dernier accouchement l'excitation a reparu plus forte que jamais : Elle récrimine continuellement contre son mari qui a fait mettre des horreurs sur son compte dans les jour-

naux. Entre dans de violentes colères, devient méchante et frappe.

Premier internement en Juillet 1896.

Le certificat de quinzaine est ainsi conçu :

« Excitation maniaque avec incohérence dans les idées et dans les actes. Elle manifeste des sentiments de haine contre son mari, elle pleure et rit sans motifs; est incapable de se livrer à une occupation suivie. Cherche constamment à s'évader ».

Septembre 1897. — Est dans un état de grande agitation avec désordre complet dans les idées et dans les actes, turbulance extrême; elle pousse des cris, est violente, déchire ses vêtements, se déshabille et se roule par terre.

Présente du délire de persécution. Son mari est une brute, un carcan qui veut lui faire du mal.

Elle ne semble pas présenter d'hallucinations de l’ouïe ou de la vue. Depuis quelques temps elle est devenue gâteuse. Elle peut pourtant, malgré son agitation, s'occuper à la

couture.

Elle mange bien, pleure quelquefois mais rarement, le plus souvent rit à gorge déployée : « dit qu’elle ne peut

nous regarder sans rire, qu'elle est sérieuse comme un âne qui boit dans un seau, qu’elle est venue au monde en riant, mais qu'il ne faut pas longtemps pour que la moutarde lui monte au nez ».

Janvier 1898. — L'’excitation persiste, la malade cause seule, fait des gestes extravagants, rit constamment, quelquefois avec tant de force qu’elle se laisse tomber à terre pour se tenir les côtes. Elle rit en faisant des grimaces.

Mai 1898. — La malade est plus calme depuis trois mois, on lui accorde sa sortie.

de internement en décembre 1901. — Le père raconte que depuis six mois elle a repris ses idées de persécution à l'égard de son mari et qu'elle présente un désordre complet dans ses actes et ses paroles. Quitte sans cause sa maison pour ne rentrer que le lendemain, attache des

rubans à ses vêtements, arrache tous les légumes de son jardin.

Présente des hallucinations : entend des coups de fusil. Des serpents sifflent dans son lit, et lui mangent le cœur. Se lève la nuit et crie.

Septembre 1902. — Toujours très agitée, très loquace. Enfile des mots sans suite, fait des grimaces d'une façon continuelle, adopte des positions bizarres qu'elle garde pendant des heures.

Rit sans motifs et brusquement.

Février 1904. — Plus calme, reste assise sur un banc, complètement inactive, rit sans motif et à gorge déployée, ou bien sourit en marmottant, ne s'occupe à rien, et ne prête aucune attention à ce qui se passe autour d'elle; se cache la figure dans son mouchoir ou dans son tablier.

Présente de la cyanose des extrémités. Agitation catatonique avec gestes stéréotypés. Grimaces, attitudes singulières, verbigérations, rires sans motifs, impulsions de toutes sortes.

OBsERVATION VII

(Extraite de la thèse de Raulin, le Rire et les exhilarants,

Paris, 1899.)

Antonia (E.), jeune fille du Tyrol autrichien. Décembre 1887.

Au commencement la malade était gaie et assez causeuse, les yeux un peu fixes.

Phases de tristesse et d’excitation ; la malade entre à Sainte-Anne vingt jours, puis à la Salpétrière en mars 1888.

On la signale à son arrivée comme une jeune fille de vingt ans : les traits réguliers, le teint coloré. Elle reste immobile sur son siège, la tête penchée, semblant réfléchir profondément. Parfois elle rit quand on lui parle et retombe dans son mutisme; au commencement de mai, stupeurs ;

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son état indique un ralentissement de la circulation : cyanose des extrémités, pouls petit, régulier à 5, température au-dessous de 37 degrés; elle présente des alternatives d'hébétude et de rires sans fin.

En juin, même état : tantôt elle se cache dans un coin, résiste énergiquement quand on la tire, vous regarde en riant et en pleurant ; en juillet, l’état général reste le même, mains froides et violettes; elle tient la tête penchée, se bandant quelquefois les yeux, avec éclats de rire explosifs par moments: «je ne puis pas faire autrement » répondelle, quand on lui en demande la raison.

En décembre même état, alternatives d’excitation et de dépression plus fréquentes avec rires explosifs sans motifs : marmottement, balancement à la manière des idiots.

Les poses plastiques ne suggèrent aucun jeu de physionomie comme il arrive chez les hystériques hypnotiques; le stade de stupeur est celui ou la respiration est superficielle et peu profonde ; le thorax se soulève à peine; type de la respiration mélancolique avec brièveté de la ligne d'inspiration.

Nous avons noté chez notre malade des rires subits explosifs: ces rires qui la prennent ainsi pendant les attitudes cataleptoïdes provoquées se traduisent sur les tracés par une ascension reproduisant une expiration brusque plus ou moins prolongée. Malgré cela cette expiration plus ou moins longue n'est pas suivie d’une chute brusque en sens inverse trahissant une inspiration compensatrice, mais la respiration reprend de suite les mêmes caractères qu'elle avait avant le rire. Ces rires se présentent toutes les minutes à peu près, isolés et brusques, ou rapprochés et prolongés.

Mais dans aucun cas il n’y a ensuite de chute brusque au-dessous de la ligne ordinaire dela respiration qui reprend tout de suite ses caractères sans inspiration compensatrice.

OpservarioN VIIT (personnelle).

R..., Louise, vingt-neuf ans.

On possède peu de renseignements sur ses antécédents héréditaires et personnels.

A pourtant été intelligente dans son jeune âge. Elle a été internée parce qu'elle entendait des voix, mais elle ne comprenait pas ce que les voix disaient.

Elle est à l’asile de Moisselles depuis octobre 1906. C'est une grande fille, qui présente une adiposité énorme.

Les réflexes sont exagérés.

Troubles vaso-moteurs des extrémités.

Pas de stigmates physiques de dégénérescence.

Présente le type d’une démence précoce ayant évolué rapidement. La démence terminale est totale.

Quand on l'interroge, elle tourne invariablement la tête à droite et répond par des monosyllabiques. « Voulez-vous vous en aller ? Non. » « Que désirez-vous ? Rien. »

Présente une suggestibilité exagérée. On la fait s'asseoir, se lever, sortir rentrer, courir au commandement.

Ne s'ennuie pas, n’a aucun désir, ni aucune émotion, ne sait pas son âge.

Se traine dans le jardin pendant des heures et ramasse des cailloux.

Gâteuse par intervalles.

Ne présente ni hallucinations, ni délire, elle est toujours calme, pas méchante, mais incapable de s'occuper à quoi que ce soit.

Marmotte le plus souvent entre ses dents des paroles inintelhgibles.

Toutes les fois qu'on passe près de cette malade, qu'on la regarde ou qu'on lui adresse la parole, on voit s'épanouir sur sa face un sourire de béatitude, tandis qu’elle tourne la tête du côté droit. Ce sourire est invariable, il persiste

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pendant tout le temps où la malade voit qu'on s'occupe d'elle ou tant qu'on lui adresse la parole. Puis elle retombe dans son indifférence et dans son apathie.

Jamais d’explosions de rires bruyants.

Cette malade ne présente pas de phénomènes catatoniques et pas de stéréotypies du visage. Elle sourit rarement toute seule.

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