C. LE RIRE DANS LA PARALYSIE GÉNÉRALE
Les paralytiques généraux rient depuis le début de leur affection jusqu’à la période terminale, mais la pathologie de leur rire est presque toujours d'ordre intellectuel, en effet, ce qui domine chez le paralytique général c'est ce délire expansif persistant, tandis que s'installent progressivement ces phénomènes démentels.
Souvent, au début, 1l exprime sa joie uniquement par un tremblement des commissures des lèvres ou de l'angle externe des yeux, puis à mesure que les idées se pressent en foule dans son cerveau, rapidement associées, 1l éprouve un irrésistible besoin d'agir, il se lève, s’asseoit, gesticule, est d’une exubérance caractéristique : la joie semble déborder sur son visage. Et, en effet, il a des illusions de santé, de position, de fortune : rien de plus logique qu'il éprouve une gaîté insensée, et de là même une bienveillance qui se mani-
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feste vis à vis de tous, par des serrements de mains protecteurs ou des gestes familiers à l’égard du médecin.
Au début, ces manifestations peuvent être uniquement l'expression du délire expansif, mais, petit à petit, les signes de démence apparaissent frappants, sans que celte joie en soit diminuée. « La mémoire tombe, écrit MaAGNan, aux questions sur son âge, sur le quantième du mois, le malade répond sans s'émouvoir, souvent même en riant, qu'il ne sait pas, qu'il n’a pas d’almanach. Ou de cette sorte : c'est le 34 mars; j'ai neuf ans. Corrige-t-on son erreur, 1l sourit. »
Ou bien, dans d’autres cas, tandis qu'il vous raconte le récit de ses malheurs on le voit rire de bonheur en lui affirmant qu'il est le plus heureux des hommes; car chez lui chaque idée vit par elle-même, et, indépendamment de sa voisine, preuve d’une désintégration psychique complète.
De même, il y a chez lui une incoordination mentale absolue, et souvent l'expression mimique trahit sa joie intime : on le voit éclater en sanglots, tandis qu'il affirme qu'ilestle plus heureux des hommes, puis simultanément il se remet à rire, présentant souvent cette expression mimique dissociée, discordante, étudiée par JourpiN dans sa thèse. Souvent même, lorsque la physionomie ne {raduit pas avec intensité cette joie, elle conserve de façon persistante une expression de satisfaction et de bienveillance niaise.
« Inconscient de sa déchéance, écrit M. RauzIN, il a ri de son bien-être sans souci, de sa fortune imaginaire ; il a ri d'abord de son activité simulée, de ses gran-