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B. — LE RIRE CHEZ LES DÉMENTS ORGANIQUES

De très nombreux malades hémiplégiques ou paralytiques pseudo-bulbaires atteints de lésions organiques plus ou moins anciennes du cerveau, tels que des foyers d’hémorragie, de ramollissement, de désintégration lacunaire présentent indépendamment des troubles moteurs dus à leur hémiplégie et des signes

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d’affaiblissement intellectuel, en général proportionnés à leur âge et à l'étendue de leur lésion, des troubles plus ou moins accusés de l'expression mimique, le principal étant le rire et le pleurer spasmodiques.

Ce syndrome, qui a fait le sujet d'une remarquable leçon du profeseur Brissaun, est caractérisé par des accès involontaires et incoercibles de secousses spasmodiques de rire et de pleurer, qui s'emparent des malades sous l'influence de la moindre excitation et leur impose ainsi des manifestations mimiques tout à fait en désaccord avec leur état émotif.

Dès qu’on s'approche d'eux, on voit ces malades rougir, donner des signes d'inquiétude, puis, immédiatement, tout à fait indépendamment de leur volonté, éclate un accès de rire spasmodique dont les convulsions expiratoires, saccadées et incoercibles ne cessent qu’à des intervalles réguliers, pour reprendre à la moindre excitation.

D'autres fois, le rire est remplacé par le pleurer, qui éclate de la même façon. Quelquefois, l’un et l’autre se succèdent sans interruption.

Au milieu de tels troubles de la psycho-réflectivité, l'examen de l’état mental chez un malade est parfois difficile à faire. S'il est des cas où ce rire et ce pleurer spasmodiques sont sous l'effet d’une sensiblerie toute démentielle, il en est d’autres où malgré la lésion, lintégrité de l’état mental est absolue ; aussi, beaucoup de malades souffrent cruellement de cette disposition à rire à l’excès et comprennent parfaitement le ridicule de cette manifestation.

Ainsi envisagé, ce rire présente de grandes analogies

AR D avec le rire explosif ou le « fou rire », que nous avons décrit chez les déments précoces.

Toutefois, tandis que chez les déments organiques les explosions de rire spasmodique sont sous la dépendance d’une excitation, même minime, telle qu'une parole adressée au malade, ou simplement l'attention qu'on lui prête, chez le dément précoce, ce rire éclate en dehors de toute excitation extérieure : 1l rira tout seul dans une pièce, ou dans la rue, ce qui n'arrivera pas au dément organique.

D'autre part, tandis que chez ce dernier le rire et le pleurer spasmodiques coexistent le plus souvent, jamais nous ne trouverons de pleurer spasmodique chez le dément précoce qui pleure le plus souvent de façon silencieuse, où à la période terminale de ses crises de rire. Enfin, 1l n’a pas de lésion ou tout au moins de lésion connue, tandis que la lésion du rire et du pleurer spasmodiques a été nettement localisée par le professeur BrissauD dans le segment antérieur de la capsule interne. L'examen mental approfondi permettra le plus souvent de faire le diagnostic de ces deux rires. En tous cas, on peut dire que si l’un et l’autre sont l’expression d’un état émotf ou nul, ou tout à fait disproportionné aux manifestations qu'il suscite, l’organique souvent souffre de ce rire dont il perçoit tout le ridicule, le dément précoce n’en souffre jamais.

En dehors du rire et du pleurer spasmodiques, il n’est pas rare de voir que les divers syndromes psychopathiques que peut susciter la démence organique combinent leurs expressions ou bien à celle produite par ‘affaiblissement intellectuel complet, et alors nous

Lea, Vs retrouverons sur le facies des malades un sourire commun à tous les vieux déments : le dément précoce, à la période terminale, n'en est pas exempt; ou bien par diverses modifications pathologiques (paralysie faciale, ophlalmoplégie, asymétrie, tics, spasmes), et alors nous retrouvons dans l'expression de gaîté que peut présenter le facies du malade, des rictus ou des phénomènes d'hémimimie qu'il faudra bien se garder de confondre avec les stéréotypies des traits du visage que l'on trouve chez l'hébéphrénique ou le malade en état d'excitation catatoniqne.

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