INTRODUCTION
Nous nous proposons de faire une étude du rire dans la démence précoce. Nous avons cru intéressant de faire précéder ce travail de quelques considérations sur les théories du rire et sur sa pathologie générale, car, ses formes cliniques, son mécanisme et sa pathogénie ont été peu étudiés jusqu'à présent, quoique soient fort nombreuses les études relatives à la physiologie et à la psychologie du rire.
Les nombreux auteurs qui ont étudié l'expression des émotons ont défini le rire comme un ensemble de mouvements physionomiques qui extériorisent une émotion de plaisir. Les physiologistes, au contraire, se bornèrent à nous dire qu'il consiste en un certain nombre de secousses respiratoires brèves, se succédant rapidement à travers les cordes vocales réunies ou séparées, produisant des sons hauts, clairs ou inarticulés, tandis que le voile du palais reste lâche : la bouche est généralement ouverte et les muscles de la face contractés d’une manière caractéristique. D'autre part, les psychologues ont essayé de définir les conditions de l'activité mentale qui déterminent le rire, mais ils n'ont pas pu se mettre d’accord sur ce point.
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RageLais avait dit : « Rire estle propre de l’homme ». Vozraire développa cette idée dans le sens suivant : « Les animaux ne rient pas de plaisir, mais répandent des larmes de tristesse. Le cerf peut laisser couler une humeur de ses yeux lorsqu'il se voit poursuivi, le chien aussi quand on le dissèque vivant ; mais ils ne pleurent pas la perte de leurs amis comme nous le faisons; 1ls n’éclatent pas de rire comme nous en présence d'un objet comique, l’homme est l’unique animal qui pleure et rit. »
Les philosophes ont fait de nombreuses incursions dans ce domaine, mais depuis, des théories scientifiques ont cherché à interpréter dé façon plus sérieuse le rire, tant au point de vue psychologique qu'au point de vue purement physiologique.
SPENCER au point de vue physiologique croit qu'il ne suffit pas de résumer théoriquement certaines conditions psychologiques du rire pour expliquer les mouvements mimiques spéciaux produits dans ces conditions. Pourquoi les muscles du visage se contractent-ils d’une certaine manière tout comme ceux de la poitrine et de l'abdomen quand nous éprouvons un vif plaisir ou quand nous frappe un imprévu contraste dans les idées? La réponse doit être cherchée dans la physiologie.
L'autre tendance, purement psychologique considère au contraire les phénomènes mimiques comme secondaires, l’essentiel étant l'engrenage psychologique qui met en Jeu les facultés purement mécaniques d’expression.
Nous ne voulons pas, en quelques lignes, pousser
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À plus avant l'étude d’un sujet si controversé; il nous suffira de dire avec Risor qu'il n’y a pas un rire, mais des rires puisque ce phénomène se produit dans des conditions si hétérogènes et si multiples.
De nombreux travaux ont été publiés sur cette question, citons entre autres les monographies de Micuiezs, PENION, BErGsoN, Ducas, Suzy, etc., et les pages importantes consacrées au rire au cours d’études sur les sentiments et les émotions dans les ouvrages classiques de SPENCER, Bain, RiBOT, SERGI, FÉRÉ, LANGE, JAMES, etc.
On peut distinguer dans le rire le geste et l'idée, l’un est extérieur, objectif, physiologique, susceptible d'une description minutieuse et exacte; l’autre est intérieur, subjectif et psychologique et son étude est plus difficile. On peut reconnaître également trois éléments dans le rire, l'élément mimique, l'élément émotif, l'élément intellectuel : tous trois peuvent coexister ou se manifester séparément. Cette distinction présente des avantages, car au point de vue pathologique, comme nous le montrerons tout à l’heure, on trouve des troubles portant sur chacun de ces trois éléments :
1° L'élément mimique du rire s’extériorise par des mouvements spéciaux de certains muscles de la physionomie et par une succession d’expirations courtes et bruyantes sous l’action de contractions réflexes du diaphragme. Le rire peut se rencontrer uniquement circonscrit à ses manifestations mimiques, comme phénomène d’automatisme cérébral inférieur, déterminé par imitation ou comme simple réflexe fonction-
NS Ve nel, sans que ni la conscience ni la subconscience n'interviennent : C’est un phénomène moteur sans signification psychologique.
On le trouve chez l’enfant à l’état normal.
2° L'élément émotif consisterait en un état spécial de l'organisme déterminant une émotion de plaisir qui trouve dans le rire, phénomène mimique, un de ses modes de manifestations particuliers : le rire, moyen d'expression des émotions, existe chez tous les êtres humains dont le développement psychologique est normal.
3° Enfin l'élément intellectuel peut, lui, ne pas être accompagné par des manifestations mimiques, ni par un état émotionnel ; il consiste dans la perception du ridicule ou du risible contenu dans l’excitant du rire.
En un mot, le rire subit une gradation ascendante, passant successivement par ses différentes formes, depuis le rire comme phénomène mimique, jusqu’au rire intellectuel qui n’est plus alors qu'un acte représentatif, et qui constitue, selon Risor, l'étape supérieure dans l’évolution du rire.
Un aperçu rapide sur la pathologie générale du rire nous permettra de montrer qu’elle affecte l’un ou l’autre des éléments que nous venons de distinguer.
Dans la pathologie mimique du rire se groupent tous les cas ou le rire se produit en dehors de tout élément émotionnel ou intellectuel. On y trouve les phénomènes du rire spasmodique dans les hémiplégies, les scléroses latérales ou les lésions bulbaires, etc., les phénomènes de rire imitatif caractéristique des idiots ou de certains déments, les tics avec expression de
ap Ve rictus, les convulsions d’un groupe musculaire qui correspond à la fonction du rire, chez les hystériques par exemple.
D'ores et déjà nous pouvons dire que le rire pathologique des déments précoces qui fait le but de cette étude doit être dans la grande majorité de ses manifestations classé dans ce groupe.
Dans la pathologie émotive du rire prennent place les cas de dissociation entre l’état émotif et son expression mimique, par exemple le rire qui peut accompagner une action douloureuse, ou bien la disproportion entre l’état émotionnel et son expression,le rire intense et irrésistible pour des motifs futiles, « le fou rire », etc.
La pathologie intellectuelle du rire réunit les cas où lerire est produit par un processus de logique morbide, tel que le rire délirant, ou par des perceptions morbides, le rire hallucinatoire, par une obsession ou par de faux processus représentatifs. Il en est ainsi pour l’halluciné qui assiste à des scènes agréables qui le font rire, pour l'interprétant qui trouve risible certains phénomènes par lui mal compris. Tels sont les différents types de rires pathologiques. En envisageant les choses d’un autre point de vue, on peut les classer d’après leur éfiologie, rires par imitation, par lésion organique, par névrose, par folie, etc., ou d’après leurs formes que l’on peut distinguer en formes : complète, telle que le rire de l’idiot ; spasmodique continue dans certaines scléroses bulbaires; spasmodique pour les mouvements volontaires dans certaines hémiplégies; disproportionnée (le « fou rire ») fugaces, ticsrictus) ou paroxystique (rire hystérique).
png res Il nous importe de passer rapidement sur ces quelques considérations et d'indiquer les travaux intéressants parus sur cette question, tels que l'étude de Becurerew sur le rire inépuisable, l’article de Marre dans le Traité de Médecine, l'étude de Brcxeces sur le Diagnostic différentiel des rires pathologiques, la thèse de RauuN sur le Rire et les exhilarants, la classique leçon de Brissaup sur le rire spasmodique, etc. D'ailleurs la littérature médicale fournit un vaste champ d'observations très intéressantes sur ce sujet; et s'il nous a paru nécessaire de faire précéder notre étude du rire dans la démence précoce de ces quelques considérations générales, c'est pour pouvoir préciser de façon plus claire au cours de notre développement à quels types différents de rires pathologiques doivent être ramenés ceux que nous serons à même de rencontrer dans les différentes périodes de la maladie qui nous intéresse. Nous diviserons ainsi notre étude :