EMBRASSEMENT, COURONNEMENT ET ALLAITEMENT
Thot, maître des divines paroles, donne toute vie, toute stabilité, toute force. (Il dit:) «Ta purification est ma purification, et réciproquement. »
Philippr ArrJiidca.
Honis d’Edfou donne toute vie, toute stabilité, toute force. (Il dit ; ) « Ta purification est ma purification, et réciproquement » (p. 16).
Tliof, seigneur d’Hermopolis, dit :
« J’établis que tu te lèves en qualité de roi du Sud et du Nord, sur le siège d’Horus, comme le soli'il, éternellement. » il
Le maître des deu.x terres, Sotponn-Ri mori-Amon. Le maître des couronnes, Philippe, qui donne la vie, la stabilité, la force, comme le soleil, éternellement.
Horttfi d’Edfou, le grand dieu, maître du ciel, dit : « J’établis que tu te lèves en qualité de roi du Sud et du Nord sur le siège d’Horus, comme le soleil, éternellement » (p. 26).
Toum, seigneur d’Onou, donne toute santé, toute joie, comme le soleil.
Le dieu bon, maître des deux terres, Sotpoit-n-Ri, le fils du soleil, maître des couronnes, Philippe.
Montoa-Râ, seigneur de Thèbes, dit : « Va et reviens en royale montée vers le sanctuaire d’Amon dans Karnak, pour qu’il (te) fasse le don de vie » (p. 23).
Dit par Thot, maître des divines paroles, à Montou, seigneur de Tlièbes. et à Toum, seigneur d’Onou : «Venez voir ce beau lever qu’Amon-Râ. seigneur de Nesit-Taouï, fait pour son fils Philippe, ([ui s’est levé en roi du Sud et du Nord sur le siège de l’Horus des vivants, afin de lui donner le sioge de Seb, la dignité de Toum, la royauté d’Osiris, et la joie comme Râ, ébîrnellement » (p. 20).
Dit par Amon-Rd : « Dieu bon, Pliilippe, mon aimé, j’établis que tu te lèves en roi du Sud et du Nord sur le siège de ton père Rà. »
Dit jiar Anionil : « Mon fils, Philippe, tu suces mon lait » p. 21).
qui êtes dans le ciel, dieux et déesses qui êtes dans la terre, dieux et déesses qui êtes dans le Sud et le Nord, l’Ouest et l’Est : (voici que) les rois de la Haute et de la Basse Égypte, les enfants royaux, prennent la couronne blanche pour faire des fondations à Amon dans Apitou. Éveillez-vous, soyez en paix, éveillez-vous bellement en paix! »
L’intérêt du morceau réside dans la phrase des lignes 2 et 3. Les dieux des grandes capitales religieuses. Héliopolis, Thèbes, Memphis’, ceux du ciel et de la terre, ceux des quatre points cardinaux sont pris à témoins que les rois ont été couronnés, et qu’ils sont montés sur le trône pour faire des « fondations », c’est-à-dire pour célébrer tous les rites du culte divin. On ne peut mieux définir les conditions auxquelles le Pharaon devait exercer le pouvoir royal : notons que la formule vise les rois de la Haute et de la Basse Égypte, et même les enfants royaux, avec l’intention bien indiquée de définir l’obligation du service sacré, à laquelle 'était soumise toute la race royale en prenant le pouvoir*. Il semble bien d’ailleurs qu’à l’origine il y avait, au moment du couronnement royal, une proclamation effective lancée aux dieux des quatre coins de l’horizon. Bien que les récits officiels de couronnements royaux que nous possédions n’en fassent pas mention, on trouve des allusions à ce cérémonial ailleurs que dans notre papyrus. Les textes des pyramkles, au moment où le mort identifié au dieu Osiris devient comme celui-ci un roi des deux Égyptes, nous donnent une formule adressée aux dieux de l’Occident,
1. D’après les textes du Pa-douaït d’Edfou, le roi est purifié et couronné selon le rite de Memphis (Dümichen, pl. 84); même indication au décret de Rosette (éd. Chabas, p. 58).
2. Les statues des rois antérieurs figurent quelquefois aux fêtes solennelles célébrées par le roi régnant (Raniesséum, Lepsius, DenAvn., 111, 163 ; Médinet-Habou, Lepsius, Dcnhni., Ilf, 213). Les enfants royaux ont leur place marquée à ces fêtes et particulièrement aux panégyries Srcl, dont les rites sont comparables à ceux du Pa-douaH . Voir mon étude Dii caractère reliijieux. . ., chap. vu.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
de rOrient, du Sud et du Nord ; proclamation doit être faite par ces dieux cjue le défunt divinisé est bien « fils d’IIathor, engendré par Seb, et cpi’il se lève comme le second d’IIorus, celui pour qui les quatre génies d’Héliopolis ont écrit un rescrit (d’avènement) ' ». Ceci est à rapprocliei' d’une cérémonie curieuse qui s’était conservée lors de la panégyrie du dieu IMin. Le roi, avant de célébrer le service sacré, avait dû subir les purifications décrites en notre rituel, c’est-à-dire qu’il avait été couronné à nouveau : aussi, à un moment de la cérémonie, on lâchait aux quatre coins de l’horizon quatre oies (personnifiant les quatre enfants d’IIorus), et chacune était interpellée en ces termes’ : « Allez au Sud (Nord, Est, Ouest) dire aux dieux du Sud (Nord, Est, Ouest) qu’IIorus, fils d’Isis, a pris la grande couronne double et que le roi de la Haute et de la Basse Égypte N. a pris la double couronne. » Dans les deux cas, la formule rappelle celle de notre chapitre.
On voit l’importance de ces purifications préliminaires. Elles font du prêtre, qui est ici le roi, un véritable dieu consacré par les rites qui sont ceux des dieux et des morts divinisés. Aussi, dès ce moment, le roi possède-t-il le nom et les pouvoirs des dieux, en particulier la force créatrice de
1 . Pyramides d’Ounas, 1. 571-575, et de Pcpi //, 1. 967-968.
2. La panégyrie de Min est figurée au Ramesséum et à Médinet- Ilabüu; sur l’un et l’autre monument, la scène du lancer des oiseaux est identique, figures et légendes; le roi est ici Ramsès II (Lepsius, Drnhm., IIL 163) et là Ramsès III (Lepsius, Denkm., III, 212 h); d’après le texte, c’est le roi en personne qui «donne leur voie aux oiseaux ». — Voir un double lancer analogue de quatre oiseaux (fils d’IIorus) aux quatre points de l’horizon, dans le temple d’Osiris à Dendérali (Lepsius, Dcnkin., IV, 57 «) ; le commencement de la formule relative aux oiseaux y est .seul indiqué. D’après Daressy (Notice explicntice des ruines de Médinet-IIubou, p. 7), la cour de Nectanébo II présente la même suite : purification, couronnement, présentation au dieu, et (mur sud) annonce, par Thot, aux génies du Sud et du Nord, que Nectanébo a pris la couronne avant le service sacré. Même cérémonie avec formule entière à Edfou (Brugscli, Drci Feslkalender, p. 13, pl. 7, 19-22).
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE
la voix qui permet de transmettre au dieu honoré du culte la vie et les offrandes. Dès le début du rituel (chap. i, p. 9), le roi-prêtre se réclame de ce pouvoir : « Horus (dieu en qui le roi-prêtre s’incarne) est mâ-khroou par son œil ». Les explications données au cours des chapitres suivants feront comprendre le sens de cette formule; elle signifie, suivant nous, que le roi-prêtre possède l’énergie créatrice dont le démiurge était animé au moment où il créait le monde par l’œil et la voix. Les purifications exécutées dans le Pa-douaït ont donné au roi-prêtre cette puissance divine et vont lui permettre d’entrer en communication avec le dieu auquel il rend le service sacré'. '
Dans le culte funéraire privé, les purifications préliminaires du fils-prêtre sont rarement représentées : elles devaient avoir, cependant, la même importance que dims le culte divin public. Les tombeaux de grande dimension possédaient, comme les temples, une chambre d’adoration, Pa-douaït ; parfois on voit un prêtre du culte privé purifié à grande eiiu au moyen des ablutions divines’. Mais il faut noter que le culte était le plus souvent célébré par des prêtres de carrière qui étaient « purifiés » en vertu de leur office; la purification de l’officiant devenait ainsi une cérémonie dont la représentation était quelque peu superflue. Parmi ces prêtres de carrière, 1’ « officiant » (kher-Iieb) avait un caractère si élevé que certains mystères étaient connus de lui seul et du Pharaon h Assimilé au Pharaon, il était, comme lui et par .sa délégation, revêtu du caractère sacré. 'Le prêtre était, comme le roi dans le culte divin, un repré-
1 . Dans le rituel védique, il est dit expressément que l'ofSciant purifié « passe du monde des hommes dans le monde des dieux » (Hubert-Mauss, p. 51, n. 1). Sur les cérémonies parfois très compliquées, qui font de l’otliciant un personnage de caractère divin, dans les différentes religions antiques, voir Hubert-Mauss, Du sacrifice. . ., p. 48-56.