IV. — Ouverture du naos : Le dieu reçoit son ame
Les cliap. i-vi du rituel ont assuré la purification du sanctuaire par la flamme, la purification du roi-prêtre par les ablutions et la consécration renouvelée du pouvoir royal et sacerdotal. Après ces préliminaires dont le commentaire très détaillé se trouve sur les murs des temples d’Égypte, le service sacré proprement dit commençait : les rituels d’Abydos, qui ne reproduisent pas les chapitres préliminaires, ont le début de leurs chapitres ici’.
Le service sacré se divisait en deux parties ; la raison ne nous en est pas donnée par les textes mêmes, mais cette disposition n’est sans doute qu’une application de la loi générale qui divise l’univers en deux régions, le Sud et le Nord ; le temple, qui est construit à l’image du monde, conserve cette double division, les cérémonies du culte la respectent
1 . Si les rituels d’Abydos ne donnent pas les chapitres relatifs aux purifications du sanctuaire et de l’officiant, c’est sans doute parce que ces cérémonies étaient représentées en détail (chambre N, Abijdos^ I, pl. 22-23) dans le Fa- douait du temple. Il devenait alors inutile de les mentionner à nouveau. La formule du roi-prêtre : « Le roi donne l’offrande, car je me suis purifié», est aussi souvent répétée à Abydos qu’au papyrus de Berlin et implique les mômes cérémonies.
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE 31
aussi. De même que, dans les tomlieaux, le culte funéraire comprenait le sacrifice du Sud, puis le sacrifice du Nord, de même le culte divin dans les temples admet pour le service journalier deux séries de cérémonies. Les rituels d’Abydos qui sont gravés sur les murs des sanctuaires e.xpriment cette division d’une manière frappante; la hauteur des murs y est partagée en deux registres : dans la rangée inférieure, le prêtre entre au sanctuaire’, exécute et récite une série d’actes et de formules, puis sort du lieu saint; dans la rangée supérieure, il entre à nouveau, accomplit une seconde série d’actes qui terminent le service sacré. Les textes ne disent point que la première série corresponde aux rites du Sud et la seconde aux rites du Nord; en fait, les cérémonies du second registre ne sont pas la répétition de celles du premier (sauf pour les rites d’entrée dans le .sanctuaire), mais elles en sont la continuation. La division en deux parties ne semble donc être ici que l’observance « formelle » de rites anciens qui ne gardaient plus qu’une influence extérieure sur l’ordre des cérémonies, sans plus en déterminer le fond. Le rituel d’Amon offre une division analogue : les chap. vn-xxiv nous font assister à l’entrée au sanctuaire du roi-prêtre, à quelques cérémonies du culte; puis, au chap. xxv, le prêtre, après être sorti, rentre à nouveau, recommence les cérémonies de l’entrée au sanctuaire, et termine les rites du service sacré.
Première ouverture du naos (Chap. vn-xxiv)
Au point de vue « formel », cette première partie du rituel d’Amon comprend les cérémonies suivantes : 1° chap. vu,
1 . Par entrée au sanctuaire, j'entends l’entrée du prêtre au Saint des Saints, suivie de l’ouverture des portes du naos ou des portes de l’arche qui cachaient la statue divine. D’après les textes et les tableaux, le roi, après avoir pénétré au sanctuaire, ne voyait pas le dieu avant d’avoir descellé les portes du naos, auquel on accédait, suivant le cas, de plein pied ou par un escalier (cf. infra, chap. xxv).
VIII, IX, ouverture des portes du naos; 2° chap. x-xi, apparition du dieu à la lumière; 3“ cliap. xii-xvii, prosternements devant le dieu ; 4° cliap. xviii-xix, liymnes d’adoration ; 5° cliap. xx-xxi, onctions et fumigations; 6® cliap. xxii-xxiv, le roi emliras.se la statue du dieu et rend au dieu son âme. Les tableaux des rituels d’Abydos correspondants se répartissent dans les deux séries, inférieure et supérieure, qui décorent les murs des sanctuaires : ils comprennent les rites d’ouverture des portes 2®, 21®, 22® tableaux), la révélation du dieu à la lumière (2-3®, 24® tableaux), les prosternements (25® tableau), l’entrée du roi (pii embrasse la statue divine (4® et 5® tableaux); les fumigations y figurent aussi (3® tableau), mais la formule donnée correspond à une autre section des cérémonies décrites au papyrus.
Au point de vue du fond, la suite des idées n’apparaîtrait pas clairement sans explication préalable. Les figures qui accompagnent les tableaux d’Abydos n’ont pas ici assez de précision pour aider beaucoup à la compréhension des formules; le texte de celles-ci est obscur, parce qu’on y trouve continuellement des allusions d’une brièveté ambiguë à des faits mj'tliologiques supposés connus. Or, la connaissance de ces faits est toujours malaisée pour nous et reste souvent incomplète : aussi est-il nécessaire de mettre le lecteur au courant de l’idée générale qui dirige le développement des cluip. vii-xxiv.
Les cérémonies de cette première partie du culte divin ont pour objet de mettre la statue du dieu en possession de son âme; celle-ci, comme tout ce qu’on offre aux dieux ou aux morts, est identifiée à l’œil d’Horus; aussi le Pharaon ou le prêtre, en qui le dieu Horus s’incarne, apporte-t-il luimême son œil où s’est réfugiée l’ânie du dieu qui reçoit le culte. Comment, pourcpioi le dieu avait-il perdu son âme? C’est ce qu’il convient d’exposer brièvement.
Il apparaîtra, par le texte des formules et les citations du commentaire, (ju’Ainon — et tout dieu — est adoré suivant
les rites imaginés pour ranimer le premier être qui ait connu la mort, le dieu Osiris tué par son frère Sit. Le culte osirien est donc un culte funéraire : il s’applique à tous les dieux, car tous les dieux peuvent, à certains moments, nous apparaître comme morts; il s’applique à tous les hommes défunts, car le trépas les divinise, pourvu qu’ils meurent de la mort d’Osiris.
Or, les textes relatifs au culte d’Osiris et des morts nous apprennent qu’après le meurtre du dieu et le décès des hommes, le corps de l’un et des autres demeurait à la terre, tandis que l’âme allait au ciel. Le corps subissait des préparations spéciales, qui ont varié à travers les âges : démembrement du squelette et dépècement des chairs à l’origine, puis embaumement et momification; mais il n’était point apte à une nouvelle vie tant que l’âme n’y était pas rappelée. L’âme, sous ses différents noms et ses formes diverses ba (l’esprit), ^ ka (le double), sekhem (la
forme), T khabit (l’ombre), ren (le nom), était remontée vers les sources de la vie et de la lumière, le soleil et la lune, les « yeux » d’Horus, dieu du ciel ; dans ce séjour sacré, elle trouvait encore l’Ennemi qui l’avait forcée à quitter son corps. Sit, le dieu du mal, l’esprit des ténèbres, poursuivait de sa haine Horus, le dieu de lumière et de bonté : quand des éclipses soudaines obscurcissent parfois le disque du soleil ou la lune en son plein, quand, après quatorze jours de prospérité croissante et de développement régulier, la lune pendant quatorze autres jours décroît, languit et meurt, c’est que Sit, sous la forme d’un pourceau noir, ou d’un serpent vorace, ou de quelque animal cornu, avale en plein ciel l’un ou l’autre œil d’Horus. Il peut aussi les faire tomber dans le Nil pour les prendre dans ses filets comme des poissons, ou bien il les livre à l’hippopotame ou au crocodile. L’âme d’Osiris et des hommes défunts, réfugiée dans l’œil d’Horus, ne pouvait donc être ramenée â son corps
momifié qu’après avoir partagé, — pendant tout le temps (jue durait remhaumement, — les détresses passagères des yeux d’IIorus.
Aussi, dès (pie la momie divine ou humaine était dressée sur le sol de la tombe ou du temple, les prêtres, c’est-àdire Ilorus, le fils du dieu, Isis sa femme, et sa sœur Nephthys, ses « amis » Tliot et Anubis, se mettaient-ils en (jiiête de l’œil d’IIorus où résidait l’âme absente. Cette « recherche », cette (( quête », prenait fin quand on avait pu saisir un des animaux à cornes, bœuf ou gazelle, sous la forme desquels se dissimulait Sit. L’animal était abattu; dans son ventre on retrouvait, après examen des viscères, l’œil divin non encore digéré. Dès lors, Vâme, qui résidait dans l’œil, pouvait être rendue à Osiris ou au défunt, et avec l’âme, Vombre, \-àJbrine, le nom : c’est ce qu’on appelait (( compter » l’ànie â son corps'. Dans le cas où l’œil d’Horus tombé au Nil voguait au gré des eaux au risque d’y sombrer, la « quête » sacrée aboutissait au repêchage du membre divin (pii était aussi (( compté » à son corps d’autrefois. La restitution de l’œil, c’est-â-dire de l’âme qui y réside, au cadavre s’accompagnait de rites solennels : on apportait â la momie un cicur, on lui amenait sa statue et son ombre, et le fils d’Osiris ou du mort, prenant â deux
1. Ainsi qu’on le verra par la suite, chacun des épisodes de la (( quête de l’œil divin » était désigné par un nom caractéristique : « cherclier »
l’ccil se dit Q 0 A hoh ; le (( trouver » qoni ; le (( délivrer »
ou !’(( arraclier » à Sit Vl nclicin ; le (( compter» au corps
momifié
sap. Ce sont les propres termes employés aux rituels
du culte divin et du culte funéraire, (ojuelques-uns d’entre eux paraissent dans ï'/Ji/uutc à Osiris de la stèle de la Bibliothèque Nationale, traduit et commenté par Chabas [Œuri-cs dicerscs, I, p. 95 s^j.). (( Isis la magicienne, la vengeresse de son frère, l’a cherclié
faillance, elle a parcouru cette terre en se lamentant, elle ne s’est point reposée qu’elle ne l’eût trouvé »
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE
bras la momie ou la statue, l’embrassait pour lui communiquer sa vie. A l’origine, on revêtait le mort ou le dieu de la peau de l’animal sacrifié, dans le ventre duquel on avait retrouvé l’ame, et l’otliciant lui-même continua à se vêtir d’une peau de bête (panthère) ; on pen.sait assurer ainsi la force jadis redoutable de l’animal à celui qui se revêtait de sa dépouille. Dès lors, l’âme rendue au corps, la momie ranimée était prête à subir les autres rites.
Toutes ces cérémonies du culte d’Osiris et des morts se retrouvent au rituel du culte divin, mais non point avec des développements précis et clairs. Dans les textes (|ui vont êti’e traduits, il n’y a guère cpie des allusions, réduites souvent à une phrase, quehiuefois à un mot. Mais ces phrases ou ces mots correspondent littéralement à ceux qu’emploie le rituel d’Osiris et des morts, et quand, à propos de tel ou tel acte du culte, il sera question d’une éclipse, de la peau d’animal, du serpent Apophis, d'œil tombé au Nil, de la quête et de la trouvaille de l’œil, de l’apport du cœur, de l’âme ou de l’ombre, de l’embrassement de la statue divine, — derrière l’allusion vague il faudra retrouver des rites précis.
A. — Ouverture des portes du naos (Chap. vu à ix)
Nous avons laissé le roi-prêtre devant le naos du dieu; une fois dites les formules qui accompagnent la purification de l’officiant, il fallait ouvrir les portes scellées du naos. L’ouverture des portes se faisait pour ainsi dire en décomposant les mouvements : on brisait le lien, on détachait la terre sigillaire, et alors on faisait glisser les verrous. Les chap. vii, vni, ix sont consacrés à ces rites.
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rompre le lien (du sceau,- ».
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