‹ Le rituel du culte divin journalier en Egypte d'après les papyrus de Berlin et les textes du temple de Séti Ier à AbydosChapitre 170 sur 214 · Recueil, XV, p · texte numérisé non relu

Recueil, XV, p

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iimiiii CD o G ^ Voir des passages analogues, p. 15.3.

3. Pour ce qui concerne le rôle du roi en tant que prêtre du culte divin, je renvoie au volume qui suivra celui-ci dans la même collection, Du caractère religieux de la royauté pharaonique (chap. iv-ix).

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divinisés. Osiris est, d’après la tradition, le premier être qui ait connu la mort : le culte d’Osiris, c’est donc l’adoration du premier mort. Rien d’étonnant, par suite, qu’on ait identifié à Osiris les hommes défunts qui, chacun à leur tour, succombaient, comme le dieu, sous les coups de Sit. Mais il faut admettre aussi qu’on n’avait pas imaginé, pour adorer les dieux vivants, d’autres formes de culte que les rites funéraires’. C’est que les dieux en Égypte étaient singulièrement proches de l’humanité et de ses faiblesses : on n’était pas arrivé à les distinguer assez des autres êtres vivants pour les soustraire à la fatalité universelle de la mort. Sans doute les dieux subsistaient d’une façon permanente au travers do générations humaines éphémères : mais cette étei’iîité avait un caractère, 'en quel(|ue sorte, aléatoire ; elle était subordonnée à l’exacte et constante observation des rites qui cliaque jour renouvelaient le fluide de vie dans les corps divins. Si le roi ou les prêtres manquaient à ce devoir du service sacré, le dieu dépérissait, tombait en décrépitude, se minéralisaitb à moins qu’une attaque des divinités typhoniennes ne lui donnât la mort immédiate. D’ailleurs la mort des dieux, quels qu'ils soient, est souvent mentionnée dans les textes religieux : ic « Livre de savoir ce qu’il y a dans l’Hadès » repré-senr-" les sépultures de Râ, Toumou, Khopri, dieux des vivants, aussi bien que d’Osiris ou de Sokaris, dieux des morts b L.’auteur du De Iside et Osiride nous donne aussi cette tradition : « Les prêtres d’Égypte disent non seulement de ce dieu (Osiris), mais en général de tous

1. L'identité des rites des cultes funéraire et divin en Égypte avait été signalée déjà, notamment par Maspero {Études do mrjthologie.l, p. 318- 324; comparaison des rites funéraires et des tableau.x gravés sur l’obélisque d’IIâtshopsitou).

2. Voir, à ce sujet, A. Moret, Le titre Horus d’or (Recueil, XXIII,

3. Lefébure, Le Tombeau de Seti T’, IV, pl. XLIV-XLV; cité par Maspero, Histoire, I, p. 116, n. 2.

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les dieux (qui ne sont ni éternels ni incorruptibles), que leurs corps gisent parmi eux, ensevelis et vénérés, et que leurs âmes sont au ciel des astres brillants’. » Nous avons vu au cours de cette étude (p. 75, n. 4) qu’Osiris n’était pas seul à avoir subi un démembrement : Horus avait été mis en morceaux, Isis décapitées et pour tous les dieux on prévoyait la dislocation du squelette, le décollement de la tête. De toutes les divinités, on pouvait dire ce qu’on disait d’Osiris : « Osiris connaît son jour où il ne sera plus b » Enfin, tous les êtres divins étaient comparés au soleil qui naît le matin pour mourir le soir, et qui revit chaque jour après une mort quotidienne.

Le culte divin s’adresse donc à des êtres mortels, qui, comme Râ, meurent chaque jour et sont à toute heure sous le coup d’une attaque possible d’un dieu typhonien. Le but du culte en Égypte fut dès lors de préserver le dieu de la mort possible en pratiquant sur lui les rites qui avaient pu ressusciter Osiris et les hommes défunts. Si le dieu n’avait pas subi d’attaque de Sit, sa force intacte était confirmée par les rites; s’il avait succombé dans un des combats prévus avec les animaux typhoniens, le culte lui reconstituait un corps et lui rendait son âme. Chaque jour, et sans doute à plusieurs reprises le roi ou les prêtres devais. a t procurer aux dieux la jouissance de ces rites qui assuraient, suivant le cas, la pro-

1. De Iside et Osivide, xxi : Où jxôvov toÙto-j oi Lpsi; Xs-foyo-iv àXXà

•/.ai Ttûv aXÀwv Oejov, quoi p.T) àYÉvvrjTot [A/iS’ âçôapTot, Ta p.èv (Ttip-ara Trap’ avioic ■/.EÏTÔai -/.afiôvTa -/.al 6Epa7TS-jE(T6ai, -à; 6e oùpa/M XâTTjistv aarpa (cite

par Maspero, Histoire, I, p. 116, n. 2).

2. De Iside et Osiride, xx; Calendrier Sallier, 26 Thot (cité par Lefébure, Sphinx, V, p. 216). Pour la mort de Sit, cf. Mirinri, 1. 763.

3. Éd. Naville, Todtenbuch, chap. viii, 1. 6-7 (cité par Maspero, Histoire, I, p. 111, n. 2).

4. A l’époque ptolémaïque, les prêtres doivent, trois fois par jour,

« servir » i ^ p yx , OEpaTts-ÙEiv) les statues du roi divinisé et leur présenter les offrandes et les vêtements sacrés ( ^ /www ^ ^apatcSÉvai

a-ùraïç iepôv -/oaiiov. Décret de Rosette, éd. Chabas, p. 45).

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tection ou le salut des êtres divins. Quand ils adorèrent le roi vivant, les Égyptiens, logiques jusqu’au bout, n’imaginèrent pas d’autres métliodes de divinisation : Pharaon dut subir sur lui ou sur sa statue la reconstitution du squelette, l’ouverture de la bouche, les purifications et l’emmailloteinent, ({ui faisaient passer les vivants et les morts dans le monde des dieux osiriens’.

Nous avons déjà remarqué (p. 75) que les rites du culte dont on honorait les dieux, les morts osiriens et les rois portent la trace de deux traditions successives et contradictoires : d’après l’une, la plus ancienne, on revivifie le cadavre osirien par le dépècement suivi de la reconstitution du corps; d’après l’autre, on prétend, au contraire, laisser le corps intact, on tente de le conserver éternellement dans son intégrité par les pratiques de la momification.

La tradition du dépècement semble correspondre à cette conception, commune à bien des religions, qui fait du dieu la victime même du sacrifice que l’on offre à la divinité. Le sacrifice du dieu constitue le culte. De même qu’Osiris a connu par la mort seulement l’état particulier qu’on a appelé ensuite la « divinité », de même les autres dieux, les morts, les rois ont reçu les honneurs divins par des rites qui supposent le démembrement du corps, en un mot, le sacrifice. On sait d’ailleurs, par les rituels des cultes funéraires et par les rituels de fêtes spéciales à Osiris et à Sokaris, qu’avant chaque service sacré, la famille osirienne renouvelait la scène du meurtre : Isis, Nephthys, Horus venaient « frapper » Osiris ■ — et tout dieu assimilé à Osiris, — et

1. Voir, à ce sujet, mon étude Du caractère reli;jieux de la royauté pharaoniriue, chap. vii.

2. C’est la formule du rituel funéraire : « Sa mère l’a frappé en pleu-

rant, ses alliés l’ont frappé » (

, Schiaparelli, Libro deifune-

raii, I, p. yy et 158), qui a déjà sou expression dans les textes des pyra-

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par ce « coup » ^ le cadavre était « consa-

cré » (P P hou), de même que le roi consacrait les offrandes en levant sur elles la massue 0 (voir la figure de la p. 171). C’est ainsi qu’au début des temps, le roi dans les temples et le fils dans les tombeaux a frappaient leurs pères » pour en faire des victimes divines'. On complétait cette consécration en reconstituant le cadavre morcelé, en remettant en place sa tête et ses os (cf. p. 75, 175, 206, 213). On offrait aussi au dieu ou au mort sa statue (cf. p. 94) qu’au début des temps, le roi et le fils devaient modeler euxmêmes' : à côté du cadavre, on avait ainsi le corps artificiel

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mides, où Horus dit à son père : « Je t’ai frappé en te frappant (

^ ^ , Mifinrî, 1. 331, 448; Pèpi II, 1. 867). — Dans les temples où

est représentée la « passion d’Osiris », on voit, à la 8' heure du jour, Isis

et Nephthys « frapper les chairs » d’Osiris ( ^ ^ ^ ^

dite, Philœ, I, p. 1.39), ce qui les « consacre » et les munit du fluide de vie (Mariette, Dcndérah, IV, 54, 1). La formule même du rituel funéraire: (( Sa mère l’a frappé en pleurant », est appliquée à Sokaris-Osiris dans les textes d’Edfou (Rochemonteix-Chassinat, Edfou, I, p. 209, 1.7).

1. Pour plus de détails, voir Du caractère religieux de la rogautè pharaonique, p. 1.52 sqq.

2. De là, me semble-t-il le sens de ce passage obscur du Lirre des /«ncvYaVfes (Schiaparelli, I, p. 68-69) : Y J ^ ^ ^ (|

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« J’ai désiré mon père en image divine (c’est-à-dire

faire de mon père une image divine); j’ai créé mon père, j’ai fait une statue de mon père, je l’ai modelé sous forme de grande image». A ce moment, les officiants du culte funéraire sont appelés : ^

^ J ; « sculpteurs de la statue » (p. 70; sur le mot rnasnitiou, cf. Mas-

pero. Études de mgthologie, I, p. 291, n. 3, et II, p. 314). Ce modelage de la statue du dieu (ou du mort) est décrit au texte de Dendérah, traduit par Loret (Recueil, III-V, Les fêtes d'Osiris au mois de Choiak)-, il a

valu, me semble-t-il, au roi et au fils le titre de 1 . que

je traduirai non point « Horus, vengeur de son père », mais « Horus qui

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et reconstitué du dieu, apte à recevoir l’ânie et à représenter l’image exacte et complète de l’ancien être vivant.

Mais les rites qui supposent le sacrilice du dieu (et du mort osirien) ont été abandonnés au début des temps historiques. On remplaça alors le sacrifice du dieu par le sacrifice au dieu ou au mort : l’être adoré ne reçut plus réellement le « coup )) consécrateur qui faisait de lui une victime divine; ce fut l’auteur de la mort des dieux et des hommes, Sit et ses substituts les animaux typhoniens, qu’on immola dans le service sacré’. Dès lors, on n’avait plus à reconstituer des corps qu’on ne s’inquiétait plus de démembrer : on les prépara mieux à une nouvelle vie en les maintenant dans leur intégrité primitive par les rites de la momification, inventés aussi par Thot et Anubis* au bénéfice d’Osiris et des dieux osiriens.

modèle son père ». M. Naville a montré {Litanie du Soieil, p. 82, O ~

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