III. — Purifications du sanctuaire et du roi-prêtre
(Chap. i-vi)
Au moment où commence le service du dieu, le roi-prêtre se trouve dans le sanctuaire, devant les portes fermées du naos. On procédait tout d’abord à la purification du sanctuaire et de l’olïiciant : c’est ce que nous apprend le contenu des cliap. i-vi'.
“ Cliapiti-e d’allumer le
feu » {htt. battre le feu).
Paroles à dire : u Viens', viens en paix, onl d’Horus lumineux; sois sauf, rajeunis-toi en paix. Il rayonne comme Rà dans le double horizon, et devant {Utt. à) lui se cache’ la force' de Sit aussitôt; l’œil d’IIorus s’en empare et l’amène
1 . Par exemple, lors de la grande fête d’Amon à I.onxor (Daressy, La ff/rindc colonnade du temple do Lonxor, dans les Mémoires de la Mission du Caire, VIII, p. 386, .388).
2. En tête de chaque chapitre, un chilîre indique son numéro d’ordre au papyrus de Berlin. Entre parenthèses est indiqué le numéro de la page et de la ligne.
3. Le verbe depa, dans le sens de « se cacher », « être à couvert », est ordinairement déterminé parij^^, remplacé ici par
1. Seichem, le casse tête, peut donner ici les deux sens de «arme», « force », ou « forme », « image », qui correspondent à la même idée.
ANXALES DU MUSÉE GUIMET
à Horus pour le mettre devant [litt. vers) sa place'. Horus réalise la voix par son œil ; l’œil 'd’Iîorus détruit les adversaires d’Amon-Rà, seigneur de Karnak, en toutes leurs places. — Le roi donne l’offrande, car je me suis purifié. »
Le premier cba2:>itre ne figure pas aux rituels d’Abydos; cela tient sans doute à ce que « l’allumage du feu » s’opérait dans une autre partie du temple, et avant d’arriver aux sanctuaires. Ce rite avait une grande importance, et le sens en est parfaitement connu. La formule « battre le feu », comme l’a remarqué M. von Lemm’, signifie expressément que le feu est obtenu par friction de deux pièces de bois. Si l’on ne se procure pas du feu en allant en prendre à la réserve du feu sacré, c’est, comme chez les Hindous, pour que le feu soit entièrement neuf et, par conséquent, entièrement pur b
Notons cral)ord qu’allumer du feu était nécessaire pour y voir clair à l’entrée du Saint des Saints, car cette partie des temples égyptiens n’est éclairée que par la porte. D’autre part, l’allumage du feu et l’éclairage du sanctuaire était une des cérémonies essentielles du culte'; elle assurait la pureté du sanctuaire qui, pour que le culte soit valable, doit être un lieu purifié et consacré. Au moment de la remise du temple au dieu, ou, pour parler suivant les textes.
1. Le pi-onoin sou se rapporte à sekhem ou à SU, le pronom s à l’œil d’IIorus; « mettre vers sa place » me semble signifier ici « amener Sit devant la place de l’œil d’IIorus » comme un prisonnier de l’œil d’Horus, mettre Sit ii la disposition d’Horus. Voir les variantes à l’appendice.
2. h’iniçjo Boinerkunyen ::ur Ceremonie des Lic/ttan:;ündens (À. Z., 1887, p. 133 sqq.). D'après Brugscli {Thésaurus, p. 470), le nom de l’ins-
trument à feu serait
ce qui nous semble signifier
« boute-feu en bois sanou ». 11 y avait par contre des cas où « il ne fallait pas allumer le feu avec la main » (Pap. Sallier, IV, 3, le 29 Tliot).
3. Hubert et Mauss, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, p. 57.
4. Lefêbure, Rites êf/i/pticns {Publications de l'École des Lettres d’Ahjcr, IV), p. 3!) sqq.
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE 11
« quand on donnait la maison à son seigneur » (
^ AVS/WA
I, Siout, VII, 298), on « allumait le feu au dieu »
LJ^l lampes à mèche
Siout, VII, 29t))'. La scène figure tout au long au temple nubien de Soleb, lors de sa consécration par Aménophis III. Le Pharaon, assisté d’un a officiant » {kher-lieb) et d’un « domestique » {sam), tient à deux mains une lampe allumée dont il éclaire la porte du naos des dieux par quatre fois b Le rite est répété par une série de prêtres qui éclairent tour à tour le naos en disant à chacun des dieux qui y habitent : « Recevez la lumière. » Les textes sont malheureusement très mutilés; néanmoins, une des phrases conservées dit que cet éclairage est nécessaire pour « éclairer le chemin des fêtes Sed » ( ° ) b L’éclairage du
naos au moment de l’inauguration équivaut aussi à l’apport du feu sacré dans le temple; d’après l’inscription de Siout, on renoiLvelait le feu à des dates fixes qui sont les cinq jours épagomènes, le jour et la nuit du nouvel an' : à ces dates, on promenait le feu nouveau dans le temple et dans le tombeau d’un mur à l’autre b L’apport du feu au temple est aussi mentionné lors de la consécration du nouveau temple de Phtali thébain par Thoutmès 111 b Il est probable qu’ici la porte et les parois du naos reçoivent aussi la consécration par le feu b Celle-ci avait pour