Peut-être faut-il corriger | en J o « fard vert
2. Voir, sur bout s gcr, Piehl, Zeitschrift, 1883, p. 131, n° 6 (cf. Todtenhuch, cxxv, 7; cxxvi, 3); sur l'allitération bout = hit, cf. le texte cité par Piehl (Zeitschrift, 1898, p. 85), où miel se lit biout.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
(bienfaisant) en ce jour où il (Amon) repose son cœur sur lui; il (le miel) ouvre ses chairs (d’Amon), il lui met en ordre ses os, il lui assemble ses membres, et Amon respire son parfum pour lui, de même que Râ s’unit à son horizon’. O Amon-Râ, seigneur de Karnak, je te donne l’œil d’Horus pour qu’il soit doux à ton cœur et dispose ta face favorablement pour le Pharaon. »
Le parfum de fête est une de ces huiles ou fards qui servent à oindre les statues des dieux et des morts*, et dont l’ênumêration sera donnée plus loin au chap. liv de notre papyrus. L’emploi qui en est fait ici s’explique aisément, si l’on revient aux rites que les hymnes des chap. xviii-xix ont momentanément interrompus. Après l’apport du cœur, dans les cultes divin et funéraire, on ouvrait la bouche et les yeux de la statue, soit en les frottant avec les membres détachés des victimes typhoniennes, soit en les touchant avec des instruments spéciaux, soit en faisant le simulacre du geste consécrateur à l’aide de voiles, de vêtements, ou d’huiles. Le miel et le parfum de fête figurent précisément au nombre de ces huiles ou fards qu’on apporte, au rituel de l’embaumement, dans les « vases à huile de l’ouverture de la bouche » ^ Jj ^ ^ )•
L’onction décrite au chap. xx est donc bien à sa place dans la suite des rites divino-funéraires, elle tient lieu de l’opération compliquée de la grande ouverture de la bouche et des yeux ; de là la ])hrase caractéristique : « il ouvre les
1. Aux 8' et 12' tableaux d’.Abj'clos, la même idée éveille une comparaison avec le lever du soleil « sortant de l’horizon » (voir p. 76, n. 1). Ilorus étant le dieu du ciel et de l’horizon, Amon-Rà s’unit à l’horizon en respirant l’œil d’IIorus.
2. Au Todtenbnch, chap. cxxxiv, 1. 9, il est question d'une statue du mort « on bois de cèdre, ointe de l’huile avec laquelle on frotte les chairs des dieux ».
3. Maspero, Mémoire sur quelques papyrus du Loucre, p. 18. Le parfum de fête est une de ces huiles (cf. chap. liv) ; le miel est cité au rituel de l'embaumement (Maspero, loc. cU., p. 22 et 41).
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE 73
chairs d’Amon », qui définit le rôle du miel et du parfum de fête. L’onction faite ici avait encore une autre utilité : le fard mêlé de miel était destiné à « embellir' », à donner de la couleur et du luisant à la statue du dieu ou du mort. On trouvera au temple d’Edfou (I, p. 495, pl. XXXV c) un tableau de présentation du miel, où plusieurs de ces formules sont rappelées.
L’onction facilite aussi la « mise en ordre du squelette et l’assemblage des chairs » du dieu. Non seulement le corps des dieux était assimilé à la momie bu- u roi oint la suiue
(Ab'jdos. I, i>. 41, 8* tableau.)
maine, mais on supposait encore qu’il avait pu subir les rites archaïques et antérieurs à la momification de la sépulture égyptienne, à savoir le dépècement des chairs et la dislocation du squelette.
Dans les nécropoles archaïques, récemment fouillées par MM. Petrie, Amélineau et de Morgan, à Meïdoum, Ballas, Toukh, Abydos et Negadah, on a trouvé des cadavres, non point momifiés, mais disloqués, mis en morceaux’. Une fois le squelette désarticulé, « on cherchait, écrit M. Wiedemann. à en rassembler les fragments pour reconstituer le squelette aussi complet que possible ... En remettant ensemble les différentes parties du corps, on donnait en général au squelette la position embryonnaire, en croyant probablement que, de même que cette position est celle du fœtus humain qui va naître, c’était aussi la meilleure pour le corps qui allait renaître à une vie nouvelle. — La pensée qu’une reconstitution du corps démembré du mort était nécessaire trouve son reflet dans les compositions religieuses ainsi que
1. Cf. Maspero, Mènioü-e sur quelques papyrus du Loutre, p. IS : « tu as pris le parfum de fête, beauté de tes membres » ; p. 41 : « viennent à toi le fard sorti de Râ, le miel sorti de son œil ». Cf. les te.xtes cités par Lemm, Rilualbuch, p. 32-36.