ACTE i, scène ni
HENRI
Dit tout, je tais monter.
La rampe à droite.
HENRI
Merci, j’ai la jambe assez nerveuse pour vous allez retrouver d’un bond; tiens ferme, Léonard... Hop!-... m’y voici!... (île*.
catade la terrasse et s’assied sur la balustrade.) La Uiaitl, docteur!. ..
Monsieur, je vous salue... Avez-vous du feu?...
OLIVIER
C’est une ascension bien périlleuse que vous avez faite là !
HENRI
Bah!., si j’ai la jambe nerveuse, Léonard a le poignet solide. A propos, que je VOUS le présente... (Désignant la barque où se trouve Léonard qu’on ne voit pas.) Monsieur Léonard Fortin, un camarade de collège, presque un frère. 11 m’eût, en cas d’accident, rattrapé à bras tendu. Et puis, que voulez-vous... je n’ai jamais aimé que trois choses dans ma vie : la gymnastique, le vin de Bourgogne et les femmes blondes. Or, dans ce pays, toutes les femmes sont brunes, le vin de Bourgogne ne s’y conserve pas; il ne me reste donc que la gymnastique, et vous voyez que j’en use.
MONTBEL
Et si vous vous étiez cassé le cou, vous aviez là votre vieil ami le docteur Montbel dont vous ne parlez pas.
HENRI
Vous, redonnez-moi la main; vous êtes le seul homme de France auquel je pardonne d’être un savant. La science en a rendu d’autres bêtes; elle vous a laissé bon !.. ce qui prouve que vous avez une organisation diantrement solide 1
MONTBEL
Allons, éteignez pour un instant le feu d’artifice de vos paradoxes, et dites-moi ce que signifie ce déguisement?
HENRI
Ce n’est pardieu pas un déguisement, c’est mon vrai costume jusqu’à nouvel ordre. Vivre sur la mer et sous le soleil, dormir au murmure de la vague qui vous berce, rêver couché au fond d’une barque sous le ciel étoilé, m’a toujours semblé l’une des plus mystérieuses voluptés qui soient réservées à l'homme heureux; cette volupté, j’ai voulu la connaître, j’ai acheté une barque, j’ai choisi mon ciel, et depuis quinze jours je fais de mon rêve une bonne réalité.
OLIVIER
Et vous ne consentiriez pas, monsieur le marquis, à quitter un instant votre nouvel état pour prendre votre part d’un dîner d’amis que je donne?..
HENRI
Et pour lequel il vous manque un turbot!
OLIVIER
Ah ! prenez garde, maintenant, si vous me refusez, je croirai que vous fne tenez rancune de ma ridicule méprise.
HENRI
A Dieu ne plaise... j’accepte î seulement comme vos amis pourraient trouver mon costume un peu trop pittoresque, je vous demanderai la permission d’en aller changer.
Faites donc , mais faites vite.
HENRI
A tout à l’heure.
OLIVIER
Comment! vous redescendez par là?
MONTBEL
Henri, prenez garde!..
HENRI
Soyez donc tranquille. (Revenant au moment de disparaître.) Je vais VOUS envoyer votre poisson. (IL saute dans la barque et disparaît.)