‹ Le rocher de Sisyphe drame en cinq actes, en proseChapitre 2 sur 98 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

OLIVIER, puis LE DOCTEUR.

(iu lever du rideau, on entend un chant de pécheurs : c’est un hytntne à la jeunesse. Olivier, appuyé au bord de la terrasse, termine la lecture d’une lettre qu’il tient à la main.)

CHANT DES PÊCHEURS, au large.

Le ciel se mire dans l'oudc Pleine de scintillements:

Il semble que Dieu confonde L’azur des deux firmaments.

Le ciel pur, riche promesse Que ricu ne devrait ternir,

C’est la ciédule jeunesse;

Mais la mer, c’est l’avenir.

OLIVIER, lisant.

« Je le répète, cher enfant, vos appétits vous poussent vers tout ce qui brille; mais, en réalité, vous n’èles capable de rien absolument. Vous prétendez cependant arriver à tout. Eb bien, si vous voulez réussir, marchez hardiment vers votre but avec celte fermeté égoïste que je me plais à reconnaître en vous, et n’oubliez jamais les conseils de votre première et véritable amie. Hcrminie, baronne de Hauteserre. »

MONTBEL , sortant de l’habitation.

Bonjour, Olivier.

OLIVIER

Tiens, vous étiez chez nous, docteur?

MONTBEL

J’étais près de Madeleine que.je quitte.

OLIVIER, distrait et parcourant une dernière fois la lettra,

Ah !..

MONTBEL

Je vous ai interrompu?

OLIVIER

Non pas; je (reviens de la poste et je lisais cette lettre de... Mais comme vous voilà sérieux ?..

MONTBEL

J'ai à vous gronder.

Vous aussi?...

MONTBEL

Et sévèrement.

OLIVIER

De quoi s’agit-il donc?

MONTBEL

Mais de Madeleine que votre indifférence tue, de Madeleine que vous avez confiée à ma science et que vous seul pouvez guérir.

OLIVIER

Eh! que diable! expliquez-vous alors; pouvais-je penser qu’un médecin comme vous, qui doit être cuirassé contre les accidents de ce genre, irait prendre ce ton solennel à propos de cette enfant !

MONTBEL

Olivier, il m’est réellement pénible de vous entendre parler avec cette légèreté d’une question toujours douloureuse a traiter, puisqu’il s’agit de la vie d’une femme.

OLIVIER

Docteur , vous m’avez assez souvent reproché d’ètre plus vieux que mon âge pour savoir que je suis sérieux dans l’occasion; parlez-donc, je vous écoute; qu'y a-t-il?

MONTBEL

Il y a, mon ami, que Madeleine dépérit tous les jours, et que ce n’est ni mon dévouement, ni ce climat de l’Italie que vous êtes venu chercher si loin, qui peuvent la sauver.

Mais qu’y puis-ie alors?... Car vous me rendrez au moins cette justice de dire que l’argent n’a point été épargné par moi. Tout ce qu’il était possible de faire, je l’ai fait; et si, ce qu’à Dieu ne plaise, un malheur arrivait, je n’cn serais pas responsable.

MONTBEL

Pardon !

OLIVIER

Comment?

MONTBEL

En vous chargeant d’une nature élevée et impressionnable comme celle de Madeleine, vous preniez, vis-à-vis de vous-mème, l’engagement de veiller avec sollicitude, avec abnégation, nonseulement sur ce corps si frêle qu’un souffle pourrait le briser, mais encore sur son âme, que chaque jour vous torturez sans vous en douter , je l’espère pour vous !J

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