SCÈNE II
Les mêmes, LE PRINCE TRASCHKINE.
LA QUCIIESSE, allant an-devont de lui.
Ah! prince, nous vous espérions toujours, mais nous ne vous attendions pas; on vous croyait au fond de la Russie.
TRASCHKINE.
En effet, Madame, j’arrive aujourd’hui même de Pétersbourg.
LA DUCHESSE
Alors vous ne savez rien des nouvelles de la cour.
TRASCHKINE.
Depuis 1830, non. Madame
LA DUCHESSE, désignant les hauts fonctionnaires.
Ces Messieurs arrivent du château où le duc, mon mari, a été appelé pour la formation d’un nouveau cabinet et ils m’annoncent... Devinez, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille.
TRASCHKINE.
Je ne puis, sans félonie, accepter la gageure, duchesse, car je sais ce dont vous voulez me parler : il est question du marquis de Castel-Gonthier, n’est-ce pas?
LA DUCHESSE
Vous savez?
TRASCHKINE.
Je me suis informé de lui aussitôt débarqué; c’est, sans contredit, l’homme que j’aime et que j’estime le plus.
Mais savez-vous que le voilà en passe d'être ministre? Que dites-vous de cela?..
TRASCHKINE.
Je dis, madame la duchesse, que l’on ne pouvait faire un meilleur choix. M de Castel-Gonthier réunit ces deux qualités si rares à rencontrer : le respect de l'autorité et l’amour des faibles. Il y a longtemps que j’ai prédit de hautes destinées à notre jeune ami; je suis heureux devoir ma prédiction se réaliser si vite, et la bonne nouvelle, madame la duchesse, m’en est deux fois agréable donnée par vous. Est-ce que vous l’avez ce soir?..