SCÈNE V
LES MÊMES, OLIVIER, ATHÉNAiS.
RlBEAr'RJFRRE, allant au-devant d’elle.
Bonsoir, chère enfant, comme te voilà belle!... tu as l’air d’un bouquet qu’une houri vient de cueillir au jardin de Mahomet!
ATHÉNAÏS
Oui! c’est bien la peine ! je suis furieuse!...
RIBEAUPIERRE
Qu’as-tu donc?
ATHÉNAÏS
J’ai... j’ai que ce grand monde est d’une insolence qui n’a pas de nom. J’arri\e... Cependant Sophie, en m’habillant, me répétait sans cesse : « Jamais je n'ai vu Madame si bien que ce soir. Ah! que Madame est bien coiffée!... je passerais ma nuit à regarder Madame!... » Dans l’antichambre, sous la porte, les domestiques et le concierge lui-même étaient là pour me voir pas-er... J'arrive, et c’est à peine si l’pn me regarde :pas un motl pas un compliment! les dames qui partent, et dont les toilettes sont perdues, ne s’aperçoivent seulement pas que la mienne est fraîche, et ne me font pas l’honneur de me redouter. Après ça, c’est votre faute !
RIBEAUPIERRE
A moi?
ATHÉNAÏS
Un nom! je vous l’ai toujours dit : il faut avant tout un nom ! Qu’est-ce que madame Séchard?...
RIBEAUPIERRE
Mais c’est tout simplement nne adorable créature.
Et la femme de M. Séchard, qui comptera quelque jour avec le monde.
ATHÉNAÏS
Vous dites toujours ça. Je voudrais bien voir votre addition?
OLIVIER
Cela ne tient qu’à vous. Mais cette petite guerre intestine que vous me faites, sans répit ni trêve, m’obsède et m’entrave. Laissez-moi, je vous prie, poursuivre ma route sans gêner ma marche. Le but est au bout: ne soyez donc pas le grain de sable qui m’empêche de l’atteindre.
ATHÉNAÏS
Donnez donc à un homme votre jeunesse et votre argent pour en être ainsi... Ah ! je suis bien malheureuse !...
RIBEAUPIERRE
Voilà l’ornière! je vous l’avais bien dit, mon bon! le fiacre conjugal...