‹ Le rocher de Sisyphe drame en cinq actes, en proseChapitre 79 sur 98 · HENRI, LÉONARD, MADELEINE, FROICHAULT, CLOPIN · texte numérisé non relu

HENRI, LÉONARD, MADELEINE, FROICHAULT, CLOPIN

en domestique de la maison.

(Madeleine et Henri sont en grand deuil. Sur un guéridon, près de Henri, est un périrait d’enfant, couvert d’un crêpe. Madeleine est assise à une autre table à l'avant-scène opposée. Froichault est debout devant elle. Clopin fait la desserte d’une petite table au fond.)

LÉONARD

Vous devez à monsieur le marquis deux termes de fermages échus, père Froichault, les lui apportez-vous?..

FROICHAULT.

Seigneur Dieu!., où donc que j'aurais pris l’argent pour ça?..

LÉONARD

Que venez-vous faire alors?..

FROICHAULT.

Eh ben, je viens faire la grosse ouvrage!., rentrer le bois, fendre les bûches, et puis aussi, implorer la miséricorde de monsieur le marquis, ainsi que celle de sa digne et sainte femme. •

madeleine.

Vous avez raison, mon ami, jamais ma miséricorde ne vous fera défaut ni aux uns ni aux autres... ne sommes-nous pas venus ici, le marquis et moi, seulement pour soulager vos misères à tous!., et depu s lu tuert dî notre cher enfant, n’ètesvous pas notre seule famile...

FROICHAULT.

Mais oui... mais oui... c’est ça, chère dame... c’e6t ce que je me tue de leur dire... c’est ce que je réponds à tout bout de champ aux mauvaises langues, qui vont répétant à tout un chacun que, si vous êtes venus habiter Castel-Guntier, ce n’est pas par goût, c’est parce que les mondes de Paris, ils vous ont comme ça...

Hein?..

FROrCHAL’LT.

Suffit!., je m'entends!..

MADELEINE

Quoi?

LÉONARD

Que prétendez-vous donc dire ?..

FROICHAULT.

Moi, rien, monsieur l’intendant, d’ailleurs, on m’appelle le père Gniole, je suis donc trop bète pour inventer des menteries; je suis trop vieux aussi; la vieillesse est prudente.

LÉONARD

Ce qui ne vous empêche de courir tous les cabarets du pays, pour y semer la discorde et la haine contre monsieur le marquis...

FROICHAULT.-

Moi !.. ah ! Seigneur Dieu !.. si l’on peut dire !...

LÉONARD

Drôle !..

Léonard!..

LÉONARD

Ah! pardon, madame la marquise... mais permettez-moi de vous dire que votre bonté... j’allais dire votre faiblesse, produit des résultats déplorables... vos propriétés sont traitées en pays conquis, par ceux-là même que vous avez la prétention de sauver de la misère...

MADELEINE

Allons, allons, vous exagérez!.. Avouez que vous m’en voulez un peu d’avoir empiété sur vos fonctions... et qu’il vous déplaît de me voir m’occuper inoi-mème des affaires de ces braves gens!

LÉONARD

C’est vrai... car tout allait bien mieux, quand.. .

MADELEINE, emmeuaut Léonard à l'avant-scène.

Léonard, ne voyez-vous pas que c’est le seul moyen de me rapprocher quelquefois de Henri... Comment le verrais- je, si je ne feignais à chaque instant d’avoir besoin de quelque renseignement que je viens prendre auprès de lui... C’est ici que je le trouve toujours, Léonard, enfermé dans ce coin du château, comme un aigle dans son aire!..

LÉONARD

Pauvre Madame !

MADELEINE

Laisscz-moi donc accomplir mon œuvre de miséricorde... vous voyez bien que j’y ai plus d’intérêt que les malheureux dans les mains desquels tombent mes secours...

LÉONARD

Soit, madame la marquise, vous aurez le beau rôle. Mais permettez-moi, dans votre intérêt, de garder le mauvais, (se tour-

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