‹ Le rocher de Sisyphe drame en cinq actes, en proseChapitre 87 sur 98 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CHRISTIERN, MADELEINE, TRASCHKINE, p U u CLOPIN.

CLOPIN

C’est ici. Monsieur, entrez, (il fait entrer Traschkine.)

CHRISTIERN

C’est bien, laisse-nous. (ciopin «ort.)

TRASCHKINE, le billet à la main.

Vous ici, madame la marquise! Ah! j’ignorais complètement que je fusse votre voisin de campagne.

CHRISTIERN, scandant le» mots.

Vous ignoriez, prince...

TRASCHKINE. •

Oui, Monsieur, je viens d'avoir l’honneur de le dire.

CHRISTIERN

Mais ce que vous avez dit par courtoisie pour Madame n’est peut-être pas d’une loyauté parfaite vis-à-vis de moi.

TRASCHKINE.

Monsieur...

CHRISTIERN

Oh! soyez tranquille, je vous rendrai compte de toutes mes paroles, niais auparavant laissez-moi vous dire que je ne suis pas la dupe de la comédie que tous deux vous jouez en ce moment.

TRASCHKINE.

Monsieur le comte, je ne vous comprends pas...

CHRISTIERN

Permettez, prince : si je parle ainsi, c’est que le comte Christiero, palatin de Sandomir, en a chèrement acheté le droit.

Quoi ! celui que dans l’armée hongroise on appelait le palatin de Sandomir...

CHRISTIERN

Je suis cet homme ! Pendant que debout encore je voyais tomber à mes côtés mon père et mes deux frères, vos soldats, prince Traschkine, incendiaient mon château, l’ancien palatinat de Sandomir. J’avais une sœur, prince, une pauvre enfant de trois ans... les barbares l’ont laissé brûler avec tous mes serviteurs, et quand j’arrivai près de l’ancien château de mes pères, je ne trouvai que des ruines fumantes sans personne pour me raconter mon désastre. J’étais désormais seul au monde, sans famille, comme j etais sans patrie. Et maintenant, croyez-vous que l’homme, qui sans plaintes a supporté ces rudes coups, n’ait pas une certaine autorité de parole? Croyezvous que, quand il vient de surprendre le prince Traschkine chez la marquise de Castel-Gonthier, le comte Chrisliern n’ait pas le droit de répéter à son ami ce qu’il lui disait ce matin, c’est-à-dire qu’il est arrivé au bord du gouflre où devait le précipiter cette impure liaison. La race des praticiens s’en va, dites-vous à vos heures de mélancolie. Eh ! que voulez-vous donc qu’elle devienne, si les premiers d’entre eux vont livrer leur nom, leur postérité, leur honneur à des femmes indignes pour lesquelles ils blasonnent les fautes du passé et les hontes de l’avenir.

TRASCHKINE.

Taisez-vous, comte Christicrn, car vous venez de prononcer de sacrilèges paroles; cette femme que vous insultez...

CHRISTIERN

Eh bien?

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