ACTE IV, SCÈNE IV
Eh bien! oui, c’est moi qui commandais les troupes qui furent chargées d’ocfcuper votre palatinat; j’arrivai trop tard pour empêcher l’inccndie de votre château, mais apercevant dans les combles une pauvre petite fille de trois ans qui me tendait les bras en pleurant, je m’élançai au péril de ma vie à travers les escaliers en flammes, et je ramenai dans la cour la pauvre enfant saine et sauve. Je croyais avoir sauvé la fille de quelque serviteur. Comment croire, en effet, qu'un gentilhomme n’a pas su protéger plus efficacement sa famille? Comment imaginer qu’il a été soutenir dans une lutte qu’il sait impossible l’honneur de son pays, pendant qu'on lui ravit dans sa maison abandonnée par lui l’honneur de son nom !
CHRISTIERN
Prince...
traschkine.
Oui, Monsieur, cette enfant recueillie par moi, insultée par vous, la voilà, c’est votre sœur.
CHRISTIERN
Elle!... elle que... (lui tendant les bras.) Ah! Madeleine!...
MADELEINE, s’élançant.
Mon frère !...
TRASCHKINE, l'arrêtant.
Oui, c’est votre frère par le sang, mais l’est-il par les actes? vous a-t-il guidée? vous a-t-il soutenue, vous a-t-il conduite? Apprenez, comte, qu’avant de livrer notre existence au hasard des batailles, il faut commencer par sauvegarder la vie de nos fils, et surtout l’honneur de nos filles!
CHRISTIERN, -venant s’agenouiller devant Madeleine.
Ma sœur! ma sœur!
MADELEINE, l’embrassant.
Mon frère !
TRASCHKINE, tendant la main à Christiern.
Bien! comte!
CHRISTIERN, se relevant.
Oui, je m’incline devant la pauvre abandonnée; mais si j’ai fléchi, le genou en présence du prince Traschkine, c’est que, dans une heure, le prince Traschkine ne pourra plus le raconter à personne.
TRASCHKINE.
Je suis à vos ordres, Monsieur.
CHRISTIERN
C’est bien.
MADELEINE
Mais ce duel est impossible!
CHRISTIERN
Qui donc l’empêchera?
MADELEINE
Moi! moi que vous placez ici comme la tète du condamné