ACTE IV, SCÈNE VI
MADE LEIXE.
Henri, je n’ai plus le droit de me taire aujourd’hui. Écoutezmoi donc, écoutez-moi, car je vais parler comme je parlerais à Dieu!
HENRI
Soit!
MADELEINE
Henri ! (Après un temps.) Mais il faudrait être femme pour comprendre ce qui se passa alors en moi ; ce fut la conscience de ma première faute qui m’entraîna à en commettre une seconde. J'espérais purifier mon cœur. Pensez donc, Henri, jamais je n’ai reçu les baisers d’une mcre, jamais je ne me suis sentie entourée de cette sainte atmosphère de la famille qui élève, réchauffe et sanctifie. (Fondant en larmes.) Oh! je ne cherche pas à
me justifier au moins Je m’aperçus bientôt avec horreur
que je m’étais trompée et que cette faute était pire que la première. C’est alors que j’ai voulu mourir! c’est alors que vous m’avez sauvée, sauvée! (avec désespoir.) Ah! pourquoi ne m’avez-vous pas laissé dormir au fond de. la mer, sur cc lit de goémon, où j’aurais trouvé le repos éternel.
HENRI
Mais alors! Olivier Séchard...
MADELEINE
Olivier Séchard était le sécrétaire du prince Traschkine, et c’est lui qui m’enleva de son château.
HENRI
Oh! l’infâme!
MADELEINE
Comment!
HENRI
Mais cet homme qui m’a fait appeler, que j’ai vu tout à l’heure, c’est Olivier Séchard. Et celui qui t’a dénoncée à moi, c’est encore Olivier Séchard.
MADELEINE
Et tu as cru ?
HENRI
Ah! Madeleine, j’ai été moins grand que toi, je t’ai condamnée d’abord.
Pauvre Henri !
HENRI
Et tu ne savais pas que le prince habitait...
MADELEINE
Il y a une heure que je l’ignorais encore !
HENRI
Et ces deux hommes...
MADELEINE, poussant un cri.
Ah ! Henri, Henri !
HENRI
Oh! pardon, pardon; nous avons péché par la môme cause, va; et ce n’est pas le hasard seul, c’est la Providence qui nous a réunis. Moi non plus, je n’ai pas connu ma mère. Le riche héritier n’a pas plus que. la pauvre abandonnée, reçu ces premières caresses qui, pour les enfants, sont le pain de lame Tu n’as pas eu de famille, pauvre enfant, eh bien! viens, je serai ta famille! Viens dans mes bras, viens sur mon cœur; viens et pardonne-moi, ma bien-aimée, ma chère, ma belle Madeleine !