HENRI, MADELEINE
HENRI
Madeleine!
MADELEINE
Je viens mourir avec vous, Henri!
HENRI
Oui, Madeleine, qui a entendu vos paroles impies!... Madeleine, qui accourait ici pour fuir avec vous, et qui, maintenant, comprend qu’à notre misérable situation il n’y a qu’une issue possible : une mort commune!
HENRI
Mais ce n’était donc pas vrai?., tu n’avais donc pas rejoint le prince Traschkine?
MADELEINE
J’avais rejoint le prince Traschkine pour l’empêcher de tuer mon frère!
HENRI
Ton frère?
MADELEINE
Oui, Christiern !..
HENRI
Christiern est ton frère?..
MADELEINE
Christiern est mon frère !
O Providence!
MADELEINE
Mais qu’importe à présent! Henri, pour la seconde fois dans cette journée, vous avez douté de moi !..
HENRI
Madeleine!..
MADELEINE
Tu vois bien que cette tâche est au-dessus des forces humaines, puisque mon Henri a failli à son accomplissement. Va, de tout ce que tu disais tout à l’heure, une seule chose est vraie : il faut mourir! Ne pleure pas, ami, ne te repends pas, ne récrimine pas surtout... 11 faut du courage, vois-tu, pour marcher jusqu’au bout dans celle voie douloureuse! Et, d'ailleurs, qu’importe! puisque nous voilà tous deux. La société a voulu nous séparer ; eh bien, qu’elle soit bénie, puisque la mort va nous réunir. Oh! la mort !... elle n’estdure qu’aux méchants qui la craignent!... (prenant Henri dans ses bras.) Henri, ne sens-tu pas déjà comme nos cœurs sont plus près l’un de l’autre?... Que nous fait cette terre qui est déjà si loin de nous! Ce sont nos âmes qui s’étreignent et s’embrassent en ce moment !
HENRI
Eh bien, tu m’as vaincu. Que la mort vienne, elle sera la bien venue !
MADELEINE
Ah! mon bien-aimé!... ah! c’est maintenant que tu es corn-* plétement à moi !... Ah ! viens, mon cœur s’emplit d’un amour dont je verserai les parfums sur toi... Ah ! je t’aime! je t’aime! Dieu nous pardonnera. C’est un bon père; il nous recevra sur son sein, il se dira : « Ce sont deux enfants !... ils ont beaucoup souffert!.. » Ah!... je... C’est la... mort !.. déjà!.. Henri... je... ne veux pas... Ah! grâce! pitié' I... (suffoquée par u fumée, elle tombe évanouie dans les bras d’Henri.)
Au secours!.. Ah! personne ne peut venir !... et ces portes qui sont fermées!... Comment! pas une issue!... (La porie de la tourelle, minée par la flamme, s’abime sur l’escalier.) Ah ! je pourrai
donc la sauver ! (il emporte Madeleine. — Au moment où il met le
pied sur la marche de l’escalier, tout s'écroule.)