‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 26 sur 60 · WE RÉUSSIT PAS · texte numérisé non relu

WE RÉUSSIT PAS

La révolution , fertile en déplacemens de toute espèce, ouvrit la porte à toutes les ambitions ; semblable à la Fortune, elle sema en aveugle sur sa. route les honneurs et les dignités :1a rapide élévation de ses favoris, après avoir confondu tous les calculs, avait «fini par éveiller toutes les espérances. La soif des grandeurs, le désir immodéré des ri* ihesses, Ja fièvre des distinctions, s'étaient .emparés .de toutes les classes de la société 5 on vit alors se vérifier ce mot de Champfort : Il } ambition prend aux petites âmes plus facilement qu'aux grandes.

Les pères , honteux , pour ainsi dire , d'être .nés trop tôt, rougissaient en secret de l'obscurité à laquelle ils s'étaient condamnés-, jl$ continuaient avec regret d'exercer une progression qu'ils avaient autrefois choisie avec empressement ; et se dédommageaient de cette contrainte en Vabandonnant à l'espoir .de s'illustrer .bientôt dans la personne de leurs enfans. Le marchand , Je rentier , l'avocat f Relevaient plus leurs fils pour le comptoir , l'étude ou le barreau , mais bien pour le corps législatif, lé conseil-d'étai ou le mi n 1/ 6

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nistère. Dès leur séjour au collège , ces petits grands-hommes contractaient l'habitude des discussions politiques , des raisonnemens philosophiques -, et secondant merveilleusement les ridicules projets de leurs parens, ils s'accoutumaient, en faisant leurs études > à l'idée qu'ils seraient appelés un jour à régir les affaires publiques, à gouverner leurs concitoyens ! Delà ce ton leste et tranchant,

cette haute opinion qu'ils avaient d'eux-mêmes, et dans laquelle toute la famille prenait soin de les confirmer.

Le désir de parvenir étouffait tout .autre désir ; il était le texte de tous les entretiens , l'objet de toutes les pensées , le but de toutes les actions ; on s'en occupait le jour , ony rêvait la nuit. On ne lisait plus que les journaux et les almanachs ; on apprenait par cœur ie nom de tous les gens en crédit -, on connaissait à point nommé les places nouvelles , lés emplois vacans. Cette fureur d'avancement, •dont les plus raisonnables avaient peine à se garantir , avait relâché tous les Hens sociaux «et fini par éteindre toute espèce d'affection /*t de\sensibilité. On ne rougissait point d«

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spéculer sur la destitution de ses parens , et quelquefois sur la mort de ses amis.... Quelle que fût l'importance des fonctions, la responsabilité de l'emploi, les connaissances qu'il exigeait...., on ne s'effrayait de rien...., tant on se croyait propre à tout !

Cet excès d'amour- propre , blâmable à quelques égards , aurait sans doute été sans danger si celui qui l'éprouvait se fût toujours borné au désir si naturel de l'emporter sur ses rivaux , de les vaincre en courage , en talens dans la carrière qu'ils parcouraient avec lui 9 et de forcer à l'admiration ceux même qui étaient dispensés du respect.

Mais par une bizarrerie singulière, par uu aveuglement trop commun , et qui prouve combien les hommes sont peu habiles à se juger eux - mêmes , les prétentions étaient en raison inverse de la capacité. L'administrateur n'aspirait qu'à commander une armée; le financier se croyait, propre à la rédaction des lois -, et le guerrier , dédaignant une gloire acquise au péril de ses jours , repoussant avec modestie les éloges donnés à sa valeur, à son courage, affichait souvent

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le regret de n'avoir pas été placé à la tèif de l'administration.

M. de filançay , riche négociant du pays d'Àunis, après avoir employé trente années de travaux et d'économies à accroître sa fortune ,

et à consolider l'héritage de ses aïeux ; avait

ïésolu de se retirer y et de laisser sa maison à l'un de ses fils. Il avait constamment dirigé

leur éducation vers un but solide. I/aîné avait,

dès son enfance , été destiné au barreau, et le second à lui succéder dans le commerce : mais séduit par l'exemple , entraîné par ses amis qui lui reprochaient de priver ses enjfans d'un lot avantageux dans la loterie des rangs, qui se tirait journellement en France, et d'où il pouvait leur sortir , comme à mille autres , dés billets de duc , de comte ou de baron; M. de Rlançay, dis-je, consentit à placer ses deux fils soùs l'influence du hasard. Un grain d'ambition malheureusement tombé dans leur tête , commençait à y germer , et e-'y annonçait avec toutes les apparences d'une croissance rapide.

Quoiqu'il ignorât les premiers élémens de JParf militaire , Hyppolite de Blançay , d'unç

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taille malheureuse , d'une santé faible et d'une cpmplexion délicate , 6e crut destiné k ressusciter le maréchal de Luxembourg. Il abandonna le barreau, dans lequel il commençait à se distinguer , pour embrasser une carrière qui lui était inconnue , et troqua son Digeste contre une épaule Ue desôus-lieutenant;

Jtbse et Fèibertont ainsi comniencé.

Théodore , plus jeune que son frère, et non moins ambitieux, sollicita et obtint , grâce à la fortune de M. de Blançay^ une place d'auditeur au conseil-d'état. Gonflé de ce premier succès, il écrivit à ses amis qu'il avait déjà un pied dans le ministère; par malheur il ne put jamais y mettre que celui-là. Théo* dore . laborieux , intelligent . et dès son jeune âge versé dans la science du commerce , aurait fait un négociant estimable -, il eût dignement soutenu dans sa ville natale la réputation

intacte de son père , dont il fût devenu la consolation et le soutien; mais, jeté dans le tourbillon du grand monde, poussé dans le chemin glissant des honneurs . Théodore broncha dès le premier pas j il ne «'éleva

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fAuè qu'à force de bassesses, et rie se soutint ïongt'ériïs 'qùë par assauts d'intrigue. x

Tandis que Ses fils marchaient à la gloire et aux dignités, M. de Blançay cherchait à se consoler de leur absence avec sa fille.

Eugénie de Blançay plaisait par ses attraits , intéressait par sa jeunesse et captivait par son amabilité; elle était l'objet de l'admiration générale. Les pères la souhaitaient pour épouse à leurs fils, le mères l'offraient pour modèle à leurs filles. Un riche négociant de la Rochelle en fit la demande pour son neveu , jeune homme d'une grande espérance , qu'il venait d'associer à sa maison , et qu'Eugénie voyait avec intérêt.

D'après les nouvelles idées de M. de Blançay , un simple commerçant ne pouvait plus prétendre à l'honneur d'entrer dans sa famille ; qu'auraient pensé d'une telle alliance , et son fils P apprenti- général 9 et son fils le ministre.., en perspective ?

A cette époque arriva dans le pays un original dont le faste grossier, les dépenses extravagantes et la galanterie ridicule attirèrent tous les regards. 11 se fit présenter chez M. de

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