‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 27 sur 60 · TB RÉUSSIT PAS. Î\J · texte numérisé non relu

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Blançay, qui après avoir sacrifié la majeure partie de sa fortune à l'avancement de ses fils , accueillit avec empressement les offres brillantes de M. Darbou.

Issu d'une famille dont l'origine venait se perdre dans la chaumière d'un vigneron 9 M. Darbou avait été employé à la suite do toutes les armées, et chacun de ses voyages avait singulièrement grossi une fortune qui, dans le principe , ne ressemblait à rien.

Aucun entrepreneur n'avait cependant été plus malheureux que lui!.... À chaque nouvelle campagne on enlevait ses convois , on pillait ses fournitures , on incendiait ses ma* gasins. La médisance l'accusait de complicité, la calomnie assurait qu'il était riche de ce qu'il avait perdu. À la Rochelle , où on ne le connaissait que depuis fort peu de tems , il avait la réputation d'un Crésus , et l'on sait que ces gens -là sont toujours d'honnêtes gens.

M. de Blançay recevait de loin à loin des nouvelles de ses enfans. Hyppolite , que son physique rendait peu propre aux fatigues de la guerre 7 n'avançait pas aussi pronaptement

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qu'il se Tétait imaginé -, toujours malade , il faisait la guerre dans les hôpitaux, et ne s'était encore trouvé sur le champ de bataille que deux jours après le combat : c'était , dans la force du terme y un héros à la suite. Son frère y mieux portant, était aussi plus heureux; il venait d'obtenir un titre de baron et une dotation en pays étranger. Il est vrai que c'était là sa seule fortune.

Il y avait environ deux ans que M llc . de Blançay avait épousé M.Darbou, et ce tems s'était passé dans des fêtes continuelles; son père se glorifiait d'avoir en quelque sorte forcé sa fille à contracter cette union -, il se félicitait du parti que ses fils avaient adopté. Le silence qu'ils gardaient avec lui depuis cinq ou six mois lui paraissait d'un ban augure :

aussi son premier soin était-il de lire régulièrement tous les matins les éternelles colonnes du Moniteur 7 dans .l'espoir d'y voir figurer le nom de ses enfans.

Un jour qu'il avait donné carrière à son imagination , et qu'il se représentait la joie qu'il aurait à réunir autour de luiet à presser sur son cœur. toute ça famille % un niililbkfc

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£âle y défait, soutenu par un jeune nomme dont l'extérieur n'offrait que les débris de l'opulence , se présente à ses regards , et tous

deux se précipitent dans ses bras Qu'on

juge de Fétonnement de M. de Blançay, en revoyant dans ce triste équipage Hyppolite et Théodore!

Après six ans de campagne , Hyppolite avait enfin vu l'ennemi , dans une retraite forcée, où il avait eu le malheur d'être le premier pris. Outrageusement dépouillé par un détachement de troupes irrégulières ; il n'a-- Vait du la vie qu'à un brave officier saxon : revenu de son humeur martiale , le pacifique Hyppolite regrettait le tems qu'il avait perdu à courir inutilement après la gloire. 11 était peut-être le seul Français qui , à l'armée , ne l'eût pas trouvée sur son chemin.

L'invasion de l'ennemi avait ruiné Théo • dore; il ne lui restait de ses dignités et de sa fortune qu'un titre inutile et qu'un souvenir de dotations auquel venaient se rattacher dans sa mémoire les dettes qu'il avait contractées pour soutenir la splendeur de soi* ïang à! auditeur*

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Trompé dans ses illusions , déchu de S£s espérances , M. de Blançay regardait alternativement ses deux fils avec chagrin et dépit. Il accusait de leur mésaventure le sort, Tinjustice des hommes , le caprice des circonstances.... Il ne lui vint pas dans l'idée de s'en accuser lui-même. Heureux encore dans son malheur, disait-il , d'avoir un gendre dont la fortune immense pouvait réparer une partie des pertes de ses beau - frères. D. fit appeler et chercher M. Darbou.... Que devint M. de Blançay , en apprenant sa disparition ! Nonseulement les dépenses folles de M. Darbou avaient dérangé ses affaires, maison parlait

d'examen, de revision de ses comptes ,

et, dans la crainte d'une persécution à laquelle les gens trop riches sont toujours exposés , M. Darbou avait jugé à propos de passer en Angleterre.

Toutes les chimères de gloire, et d'opu..

lence dont M. de Blançay s'était bercé pendant si longtems , s'évanouirent dans un seul jour Ses enfans, revenus d'une folle ambition apprire nt à leurs dépens que le bonheur n'est pas là où siège la mort, où vit l'intrigue ; au

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sein des camps , ni au milieu des cours. L'ua reprît gaîment la robe de Barthole et de Cujas ; l'antre s'estima trop heureux de retrouver chez son père une place qu'il n'aurait jamais dû quitter.

Espérons que sous un gouvernement juste et sage , nous ne verrons plus se renouveler ces déplacemens bizarres , ces élévations ridicules , ces fortunes scandaleuses , dont l'exemple si dangereux avait tourné tant de jeunes têtes , et ne cessons de répéter à ceux qui seraient encore tentés de se lancer sans movens dans la carrière de l'ambition,.',. Tout le monde ne réussit pas.

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