‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 4 sur 60 · LA LIBERTÉ DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

deux cents lieues de la capitale , et son indnlgenee qui se bornait à m'exilçr. Je n'étais pas tout*à-fait de son avis, et je prenais la liberté de murmurer , lorsqu'un domestique annonça qu'on avait servi.

' M. le sous-préfet me fit sentir qu'il lui était impossible de m'écouter plus longtems. 11 m'assura qu'il était enchanté d'avoir fait ma connaissance , et me congédia en m'annonçant que j'étais libre d'aller partout, pourvu que je ne sortisse pas de la ville , et de voir tout lé monde , excepté plusieurs familles qu'il eut l'attention de m'indiquer.

Je me retirai confus de sa bienveillance, et j'écrivis sur-le-champ à un de mes amis, pour le prier d'employer tout son crédit à me Faire rendre justice , si toutefois il n'y voyait pas d'inconvénient.

Mon ami me répondit que l'empereur n'étant point à Paris , les isétiateurs étaient à la campagne *, que la commission de la liberté de la presse ne s'était point encore assemblée depuis sa création , et que la commission de la liberté individuelle' recevait tant de* réclamations, qu'elle avait pris le parti

de n'en écouter aucune. Mon ami me blâmait beaucoup de ta'étre exposé , et me conseillait de prendre patience, ce qui, en effet, ne pouvait pas me compromettre.

Troi$ ( mois . s'étaient écoulés; j'avais vu ce que la ville renfermait de plus remarquable : 1 église paroissiale, la place d'armes , le tri- * : bunal de paix, le jardin du maire , l'intérieur des remparts , l'hôpital , la bibliothèque et le marché aux fourrages ; il ne m'en avait coûté qu'une petite fièvre de six semaines pour m'acclimater. Les habitais s'étaient accoutumés au danger de me parler ; les plus hardis venaient me voir , et de tew& à àiitre m'invitaient, en cachette, à un petit boston, où, il était défendu de parler , crainte de commettre des jeux de mots ou des calembourgs.

L'été arriva , le boston finit ; il fallut le remplacer. Les promenades étaient hors la ville,; et je quittais toujours mes amis à moitié chemin, ce qui les affligeait autant que moi. La femme du directeur des domaines proposa de jouer la comédie : c'était un plaisir nouveau ; il fut du goût de tout le monde. En moins de rien, la chambre à

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coucher dé don mari fut travestie en salfè de spectacle; les ouvrages choisis, les rôles distribués et lé jour de l'ouverture fixé. Par, malheur, notre "projet transpira ; dès le leridemain , invitation du sous-préfet au directeur de la -troupe 'de se^trarisporter à son tôtel. En qualité d'étranger , j'avais accaparé cette dignité ; je me rendis à la sous-préfecture.

Monsieur , me dit le jeune magistrat , le gouvernement est enchanté lorsque des ci* tôy$ns honnêtes, des pères dé fôtnille sur-tout, •trouvent l'occasion ào s'amiiser , ce quin'ar* «rrve peis tous les jours ; ; mâis sous un gouver- -dément libéral , tes plaisirs les plus innocens doivent être soignis à la censure , et Ton ne *sfc tKtfeïtit' en 'Sûreté qu*avec une permission de là police. Plus ujj gouvernement edt fort , plus il doit craindre,. La comédie offre les tnojrens de corroinpr.e l'esprit public et de, miné? sourdement }à puissante de' l'autorité. Oblige , par mes fonctions, (te répondre dés ^enthnens de ma sous-préfecture , j'ai besoià de savoir quelles sont les pièces que vous Vous proposez de jouer. — L Mérope. — Gardez- ^ous-çn bien, c'est un chef-d'œuvre rempli

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