IE COLPORTEUR
tt du mal que j'en ai dit -, le mal faisait généralement plus de plaisir que le bien. J'ai souvent eu des éloges de reste \ j'ai presque toujours manqué de critiques. C'est à nous sur- tout que les révolutions sont profitables ! Les changemens ne rapportent qu'aux gens qui crient , et nous ne faisons que cela.
« Je me suis trouvé une fois dans un embarras extrême; mais Dieu merci, je m'en suis tiré à mon honneur : il s'agissait d'un homme que j'avais beaucoup connu , dont j'avais colporté l'éloge pendant cinq ou six mois, qui m'avait rendu de grands services à l'époque de son élévation , et pour lequel je conservais au fond du cœur une tendre reconnaissance.
Un de ces tours de bascules, si-communs dans le monde , le jeta par terre. La persécution s'en mêla , il fut soupçonné , accusé , emprisonné -, condamné avec une précipitation qui ressemblait beaucoup à de l'injustice. Je savais à quel point un pareil événement allait exciter l'intérêt, et ce qu'il y avait de bénéfice à espérer pour un colporteur intelligent , qui. le premier en ferait circuler la nouvelle dans la capitale. J hésitai cependant à m'en
ô5é iz COLPQHTÉtri.
charger; mais lorsqu'on m'eut appris qu'il n'y avait plus d'espoir pour lui , et quand j'eus réfléchi qu'une pareille délicatesse de ma part ne tournerait point à son avantage , et néf ferait que nuire à mes petits intérêts , je prit mon parti, je me mis à crier l'arrêt avec les autres , etplus fort que les autres. Je ne sais si certain air piteux, répandu sur ma physionomie, me porta bonheur dans cette occasion ; mais la: recette que je fis ce jour-là fut une des plus considérables que j'eusse encore faites. Depuis cette époque ',- je m* moque des hommes puissans de la veille , et j* crie assez-indifféremment pour les uns, pouf les autres -, j'ai seulement soin de ne jamais' crier gratis.
cr Je ne veux point /ajouta Lambert , accuser mes compatriotes, et taxer d'insensibilité tout le genre humain-, mais j'ai remarqué que les actes d'accusation et les condamnations à mort étaient les objets qui nous rapportaient dàvanv iage. Jj'homme est avide de sensations fortes y d'impressions terribles •, il les recherche et le* redoute. Lès grands crimes nous font vivre.
La complainte de Véj>icier-droguiste el barbarf
LE COLPOKTEtfR. Û$Çf
a été un trésor pour nous ; maïs la nature
est avare de pareils hommes , et nous sommes maintenant réduits à végéter. »
Lambert en était là , lorsqu'un de ses camarades l'accosta, et lui proposa en riant une spéculation dont il venait de concevoir l'idée. 11 s'agissait d'acheter à moitié prix d'unimprimeur dont il lui indiqua l'adresse ,.
l'édition presqu'entière d'un pamphlet qui avait paru la semaine dernière , et dont on n'avait pas vendu cent exemplaires ; de profiter ensuite de l'obscurité, pour le crier sous un autre titre dans plusieurs quartiers de la capitale , où il ne manquerait pas d'exciter la curiosité des crédules habitans.
L'ambert n'eut garde de refuser une propos sition si agréable -, il me quitta sur-le-champ ,. en calculant d'avance avec joie les nombreuses dupes qu'il allait faire, et je m'éloignai, en comparant la conduite de mon colporteur avec celle de tant de gens qui se sont faits comme lui la trompette de tous les partis , et les échos
de toutes les renommées J'avoue que fa-*
vantage ne restait pas à ces derniers*.
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