LA SIBYLLE PARISIENNE
In. aamt omniw» signât ut novcrint sin'itïi ojttra su*.
Job.
Le cit^met dam la main de chacun le cachet deçà destinée.
Le tems, ce vieillard impitoyable, qui selon moi court si vite y marche trop lentement au gré de certaines gens pressés de dévorer 1 espace qui sépare la naissance de leurs désirs du terme de leurs espérances : dominés par une , seule pensée , ils voudraient franchir les jours, les mois, les années qui doivent se succéder avant l'accomplissement de leurs vœux , et dans l'impatience qui les tourmentent , ils assignent souvent à la réussite du projet qui flatte leur esprit , une époque qui ne se combine pas toujours avec les lois de la raison et les règles de la vraisemblance.
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PARISIENNE. l6l
Je suis environné de personnages qui ont l'habitude de l'extravagance, et que rien ne peut guérir de la folie des prédictions; on dirait , à les entendre , que l'univers à été créé pour leur bon plaisir , que les hommes et les évènemens sont à leur disposition , tant ils les dirigent à leur gré. Us vous prédisent de la meilleure foi du monde la chute d'un royaume ou le bouleversement d'un empire, le succès ou la défaite d'une coalition , la gloire ou les revers d'une armée -, ils vous indiquent, avec une précision merveilleuse, le moment fatal où ces grands malheurs ne peuvent manquer d'arriver-, et quoiqu'ils aient eu le petit désagrément de ne jamais rencontrer juste; quoique le tems , qui se moque de tous , se soit fait un malin plaisir de démentir leurs oracles , chaque fois qu'il leur prend envie de prophétiser de nouveau, ils trouvent encore des* dupes prêtes à les écouter , des imbe'cilles disposés à les croire.
D'où vient donc à l'homme ce désir d'interroger sans ces3£ l'avenir, cette manie de chercher à deviner les secrets du hasard ?
chez tous les peuples, je retrouve les traces
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•de cette indiscrefte curiosité. Les Juifs ont leurs pithonisses , les Grecs leurs sybilles , les Persans leurs mages , les Espagnols leurs Bohémiens -, les Romains-ont eu leurs augures,, dont ils respectaient les oracles \ les Français •ont eu leurs sorciers , dont ils se moquaient ven public , et qu'ils finissaient souvent par brûler en grande cérémonie.
Depuis Apollon , gui a prédit Jésutt- Christ (a) jusqu'à Nostradamus , qui a prédit Napoléon *, depuis les prophètes de la Bible jusqu'aux astrologues de Louis XV; depuis la Pythie qui rendait ses oracles dans le temple de Delphe jusqu'à M Ue . Lenormand , qui débite les siens dans la rue de Tournon /que de gens adroits ont vécu de la superstition humaine ! que de gens habiles ont fondé leurs revenus sur l'ignorance et la crédulité de leurs contemporains !
Je me suis souvent demandé comment il se faisait que des personnes si bien instruites du sort des autres fussent dans une ignorance complette sur ce qui les regarde personnelle-
(i) Orac. ApolL milles.