K)8 LES MÉTIERS
« dix heures du soir..., mais ils n'jr reviennent « pas toujours le lendemain.
« Au troisième étage, vous avez pour locale taire un de ces hommes chargés d'éclairer « leurs concitoyens passé onze heures et qu'on « nomme fa Ilots ) une vieille femme qui voyage « toute la nuit de corps-de-garde en corps-de- « garde , munie de quelques flacons d'eau-de- « vie, de cassis, etc. , et d'une ample fourni- « ture de petits pains chauds, dont elle s'ap- * provisionne exactement tous les deux jours; « le . propriétaire d'un cabaret borgne, qui « s'ouvre la nuit pour y recevoir l'habitant d'un « quartier éloigné, qui n'ose rentrer chez lui; « le joueur sans asile et l'étranger sans argent; ce enfin, une espèce de philosophe inscrit au « bureau de bienfaisance , qui passe les soirées « à enlever les, affiches du quartier, et les nuits « à faire l'inspection des ruisseaux de l'arron-
« dissement eh! parbleu, j'oubliais la mère
<t Brigitte, cette bonne vieille garde malade, « qui a tant d'occupations dans ce moment , « que je crains bien qu'elle n'en donne elle- « même à une de ses camarades. »
Ainsi s'exprima mon interlocuteur. Son récit
de huit* ûgg
me détourna de consommer l'acquisition que j'avais projetée-, je n'aurais pu ma loger dans la maison sans en expulser quelques-uns des -locataires, et il m'eût été impossible de m» faire aux habitudes de ceux qui y seraient restés.
Je le quittai sans lui faire part de ma résolution, et je réfléchis chemin faisant que, sans y comprendre le campagnard qui fournit nos marchés , la laitière , qui nous apporte une partie du déjeuner des familles , l'auteur qui , . dans le silence du cabinet , pâlit sur son ouvrage, la sage-femme, qui court augmenter le nombre des vivans, et le médecin, qui va en sens contraire , il y avait encore bien des métiers de nuit dont le portier avait oublié de me parler.
n°. xxr. — a4 Décembre i8i5.'