LE MOBILIER D'UNE JOLIE FEMME
Malgré len rs «oidi jaloux , Par an manège adroit je le! alrasâi tout.
(Coljirdeau. Lettre a Mad. l'abbesse de***.)
' Je traversais , mardi dernier , une grande rue dont j'ai oublié le nom , mais qui , je m'en souviens , se trouve située au centre de la chaussée d'Antin. Quelques affiches jaunes et bleues , placées à la porte d'une des maisons les plus apparentes de cette rue, appelaient l'attention des curieux, qui , après s'être arrêtés un iustant à lire ce. qu'elles contenaient , finissaient presque toujours par franchir le seuil de 1 apporte , et par entrer dans la maison. Je m'approchai j les affiches annonçaient une vente
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tipris décès , ce qui n'avait sans doute rien de bien attrayant pour la curiosité *, mais le nombre des personnes qui se dirigeaient vers l'endroit où elle devait avoir lieu, s'étant considérable-* ment accru , je me déterminai à les suivre , fâi* sant d'avancé à l'ennui le sacrifice de quelques heures que j'aurais pu perdre plus agréablement.
En suivant à la piste un jeune chevalier de Malte qui semblait connaître mieux que moi le chemin qui conduisait à la salle de vente , j'arrivai au second étage , et je pénétrai dans un appartement dont le désordre n'attestait que trop bien l'absence du maître. Des meubles amoncelés tes uns sur les autres, des tableaux, des gravures entassés dans un coin , des livres jetés çà et là, quelques vétemens épars, un secrétaire entr'ouvtrt -, et plus que tout cela , deux "pendules dont l'aiguille immobile avait cessé de tracer la marche du tems , donnaient aux diverses pièces que je visitai un air d'isolement et de tristesse que n'avait pu affaiblir la réunion dune centaine de personnages qu'un souvenir d'amitié , qu'un sentiment d'intérêt , ou qu'un motif dexmriosité amenaient à cette vente.
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Des marchands, des brocanteurs, qui, pouf la première fois , pénétraient dans ces apparie* mens, voyageaient de meuble en meuble, tout chant, examinant, contrôlant tout ce qu'ils voyaient ; en jetant en apparence Un regard dédaigneux sur la plupart des objets qu'ils convoitaient en secret , ils diminuaient avec adresse la valeur des choses dent ils desiraient s'emr parer, et le nombre des acheteurs dont ils redoutaient la concurrence. Des étrangers se promenaient avec indifférence au milieu de k foule qui ne faisait aucune attention à eux.
La disposition de l'appartement , le prix do quelques objets rares, et la beauté d'ua portrait de femme, le seul qui fut encore en place, devenaient tour -à- tour l'objet de leurs éloges et de leurs critiques. Quelques autres personnes) au nombre desquelles était le jeune chevalier de Malte que j'avais suivi , semblaient attirées par un tout autre sentiment ; il y avait je ne sais quoi de mélancolique , répandu sur leur visage, qui contrastait avec la gatté des uns et l'indifférence des autres : je me persuadai que ces Messieurs avaient connu particulièrement le
défunt , et je me hasardai i prier Ton d'eux de
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vouloir bien m' apprendre son nom. Il est toujours bon de savoir chez qui l'on s'est trouvé.
La personne qui habitait ce local, me dit un officier auquel je m'adressai, était une femme douée des plus rares qualités et des dons les plus précieux : j'ai eu , me dit-il en baissant légèrement la voix , l'avantage d'être admis dans sa société intime, je puis vous assurer que le ciel n'avait rien créé déplus aimable , de plus séduisant ; c'était l'esprit de Ninon , la grâce de Sévigné, et la constance delà Vallière. Veuve avant dix-huit ans, d'un mari qui en avait plus de soixante ; madame de G... , libre de ses actions, jouissant d'une fortune honnête, avait fait de sa maison le rendez-vous des plaisirs et le temple de l'amitié ; elle avait banni de chez elle la'froide étiquette , le sot orgueil , les prétentions et la jalousie. Quelques étourdis dont elle a repoussé l'hommage , quelques beautés délaissées, dont elle a refusé d'écouter les plaintes, l'ont accusée de coquetterie*, mais moi, qui connaissais la bonté de son cœur et de son caractère , je puis vous certifier que jamais âme ne fut plus pure. Sans doute elle a payé son tribut à l'amour; mais qui de nous a toujours
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résiste ? Qui de nous... A l'instant il $e fit iro grand mouvement dans la pièce où nous étions» Le commissaire-prise ur et l'huissier venaient d'arriver*, on se rangea autour de ces messieurs) et la vente commença.
Je me trouvai placé au milieu des personnages les moins gais ; chacun des objets que l'on mettait en vente leur arrachait un soupir : ils se récrièrent sur la modicité du prix auquel furent successivement adjugés quelques-uns des meubles et des bijoux de la défunte. Je souriai malgré moi aux exclamations réitérées d'un de mes voisins qui n'avait pu voir, sains en témoigner sa surprise , qu'un cachemire de Gabriel fût donné pour 5o louis « Vous me croirez si vous voulez , Monsieur, me dit-il; mais je vous certifie que ce même cache* mire a été acheté mille écus il y a six mois, c'était un cadeau offert par l'amitié. Pendant qu'il parlait^ là personne à laquelle on l'avait adjugé passa auprès de nous -, c'était une petite femme assez jolie, à laquelle un homme d'un certain âge donnait le bras : elle nous fit une légère révérence ? et s'arrêta un peu plus loi& devant une glace pour admirer l'emplette qu'elle
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menait de faire ; dans sa joyeuse impatience f û\e sortit en laissant sur ses épaules le cachenire qu elle ne voulait qu'essayer. Mon voisin a suivit des yeux -, en la voyant disparaître' il soupira un peu plus fort, et laissa échapper :es paroles, qu'il avait l'air de s'adresser à luinéme : Encore, s'il était payé!
Après le cachemire , on vendit une foule d'obets insignifians et de peu de valeur ; un meuble le velours bleu , presque neuf; un lit de repos i demi usé , une Psyché , deux vases d'albâtre ;t un petit bonheur du jour raccomodé en plulieurs endroits. Quelques tableaux d'histoire , lont les principaux personnages étaient effacés , urent cédés à très-bon marché -, un dessin d'Etonine et Sabinus fut poussé avec un peu d'obsination par une femme qui se proposait de le ôpier, un portrait d'Henri IV fut payé le louble de sa valeur par un Français qui s'estiaait heureux de l'avoir emporté sur ses concurens ; enfin , une gravure de la bataille de Ma<* engo fut couverte d'or par un officier anglais , pii regrettait beaucoup que l'auteur du tableau lc fût pas de son pays.
Pendant ce tems-là mes voisins avaient gardé
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Je silence*, ils avaient vu d'un œil sec emporter ces effets. L'officier dont j'avais mis la complaisance à l'épreuve, me dit à l'oreille qu'il attendait avec impatience le moment où l'on mettrait à l'enchère le joli portrait en pied de M mt . de C... Son dépit fut extrême lorsque le commissaire -priseur, auquel il s'était adressé pour en presser la vente, lui déclara qu'un jeune garde du corps , cousin et héritier de la dé* funte, s'était réservé le droit de disposer du portrait de sa parente. Je remarquai que le mécontentement de l'officier était partagé par ui banquier de quarante ans , qui , depuis le commencement de la séance , avait tenu ses yeux fixés sur la copie de M m *. à/e CL... , et par un petit avocat , qui , de tems à autre , la regardait f à la dérobée. Après s'être assurés que l'objet de leurs désirs ne ferait point partie de la vente, ils quittèrent tous les trois l'appartement, et leur départ ne fit que me confirmer dans la bonne opinion que m'avait déjà donnée delà défunte les éloges et les regrets de notre officier. A l'aspect d'une petite écritoire en acajou incrustée en or, qu'on offrait aux amateurs pour la modique somme de 20 francs , le chevalier
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de Malte , que depuis longtems j'avais perdu de vue , sortit du groupe où il s'était caché , et couvrit cette première enchère de dix louis ; cette action fut considérée , par les marchands , comme un accès de folie : quant a moi , je n'y vis que le désir de posséder un objet qui avait -appartenu à une femme aimable , dont le souvenir était encore cher au chevalier j l'écritoire lui fut adjugée sans contestation. A peine reutil reçue des mains de l'huissier, que tout joyeux il se retira dans un des angles de la chambre ; j'épiais chacun de ses moùvemens. Il pressa du doigt un petit ressort , que sans doute il connaissait d'avance-, le dessous de l'écritoire s'ouvrit , et laissa voir au chevalier quelques billets doux : leur vue le pétrifia. Maître de lui-même , il referma dox- ementle tiroir, et sortit précipitamment en jetant sur le portrait de M me . de C. , un regard où il y avait encore plus d'amour qu'il ne le croyait.
J'étais resté presque seul \ les tapissiers , les brocanteurs étaient occupés à faire transporter leurs achats \ les % étrangers étaient sortis ; mes voisins s'étaient éclipsés. Un joli secrétaire, que l'on venait de mettre en vente, me tenta.
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.Après avoir bataillé pendant un quart-d'henre avec un marchand qui ne voulait, disait-il , l'acheter que pour me le revendre , je l'emportai sur lui. Quoique contrarié d'avoir été obligé de céder , le marchand s'approcha de moi , et m'avoua que l'acquisition que je venais de faire était meilleure que je ne pensais. Ce meuble , qui sort de mes ateliers , me dit-il , est rempli d'une quantité de cachettes dont je possède le secret , et si vous voulez... Volontiers , lui dis-je, je vous attendrai chez moi dimanche matin
La matinée du dimanche 3i décembre était très-avancée ; j'en avais déjà employé une grande partie à régler l'emploi de ma journée du lenmain, lorsque mon domestique ouvrit la porte de mon cabinet , en in annonçant M; Martin.
Comme Philippe s'aperçut que ce nom me frappait d'étonnement , et que j e cherchais à me rappeler ce qui pouvait m'attirer cette visite étrangère, il s'empressa de me dire, c'est h connaissance que M. a faite l'autre jour à la yente du mobilier de cette jeune dame ; qui
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manque à tant de monde. Je me suis aussitôt ressouvenu de l'homme aux secrets , et j'ai dit à Philippe que j'étais visible.
M. Martin est entré en multipliant ses révérences d'une façon tout- à-fait comique; à cha« cune d'elles il donnait un coup d'çeil à mes meubles , à ma bibliothèque , à mes gravures ; je suis sûr qu'en sortant de chez moi il eût fait de mémoire l'inventaire de mon cabinet, a Je viens, Monsieur, me dit-il, dès qu'il se fut* décidé h parler, je viens vous tenir ma parole, et vous initier dans les secrets d'un meuble que Vous- avez acheté sans en connaître tout le prix, Je me serais présenté de meilleure heure chez' Vous , mais j'ai été obligé de présider ce matin & l'ameublement d'une jeune personne, qui , dé" la maison paternelle où elle était très - gênée ," vient de passer dans un appartement superbe où elle sera fort à son aise \ c'est une fourniture magnifique , 1 2,000 fr. , dont moitié comptant 5 quelque chose qui arrive je n'y perdrai pas. Dé là j'ai été déjeuner dans le cloître Saint-Jacques» PHôpital , avec un négociant qui m'avait prié , vendredi y de faire saisir en mon nom un petit mobilier que je lui ai vendu à terme le mois
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dernier, ef qu'il avait laissé depuis ce tems-là chez une dame qui se disposait à le changer de place -, il voulait me remercier de ce léger service , que je n'ai eu garde de refuser à une pratique qui change de mobilier tous les six mois. Nous sommes ensuite allés au café , où j'ai acheté, de moitié avec un de mes confrères, l'ameublement d'un grand hôtel que nous avions fourni ensemble il y à cinq ou six ans : nous avions, à cette époque, gagné un tiers sur la vente ; nous nous sommes contentés de moitié sur l'achat ! les meubles sont pour rien dans ce moment-ci ! En traversant le Palais-Royal pour arriver chez vous , il m'a pris envie de monter au n°. 9 pour changer quelques mauvais écus de six liv. que j'ai reçus au poids. J'ai eu le bonheur dy rencontrer un de mes débiteurs, que je n'avais pas trouvé chez lui depuis un an, il était en veine , j'en ai tiré un billet de 5oo f. , qu'il m'a jeté avec le dédain d'un joueur heureux. Je me suis sauvé à toutes jambes, dans la erainte qu'un mauvais coup ne le fit repentir de sa bonne action-, et j'arrive disposé à vous donner tous les renseignemens que vous pouvez désirer.
d'unî jolie FEMME. 3,1 £
La harangue de M. Martin étant terminée , e le priai de passer avec moi dans ma chambre, i coucher; et lui montrant le secrétaire de H me . de Ç..., je l'invitai à procéder à son inspection.
Le meuble ouvert, M. Martin me fit remar- [uer au haut des deux colonnes qui lui servaient le support , un petit point noir presque imper* eptible qu'il pressa du doigt: soudain il nous uvri^ les colonne? et une partie du plaage supérieur. Nous trouvâmes , dans ces trois ;achettes, que l'œil le plus exercé n'aurait pu lécouvrir :
i°. Une bourse vide, or et soie verte, qui ontenait seulement un carré de papier-vélin , ur lequel était écrit eu lettres d'argent : Epargnes de M me . la. comtesse ;
2°. Un petit livret couvert de maroquin ouge , sur là première page duquel on lisait : \fes pensées : à partir delà seconde , les autres taient blanches ;
3°. Un cahier intitulé; Ma semaine ; celui* à était ainsi rempli ;
Lundi... J'ai reçu ce matin la visite de ML le ;omte ; je ne l'avais pas vu depuis le joui où il
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m'avait impitoyablement refusé' une parure en > diamans , semblable à celle de la petite ba- 1 ronne. Il s'est fait présenter à mon lever, et j après m'avoir demandé des nouvelles de ma santé avec le plus vif intérêt , ce cher mari a . oublié sur ma commode un écrin magnifique ! • Cet homme-là a des distractions charmantes ! | je tremble d'en devenir folle... je consulterai le j docteur là-dessus. Je crois au fait' que j'embarrasserais bien mon mari y si je parvenais à lui prouver qu'il m'a inspiré une passion !.«. J'ai montré le présent du comte à Malvina... elle l'a regardé avec des yeux d'envie , et m'a complimentée froidement dur l'éclat demes diamans..... Je soupçonne qu'elle les trouve plus beaux que les siens.
Mardi... J'ai été ce matin au sermon , à midi au bois de Boulogne , et le soir a l'Opéra -, je me suis ennuyée pendant la moitié de la journée.
Mercredi... J'ai reçu à onze heures M 11 *. Despeaux; à onze heures et demie, M mA . Roux*, à midi, M Me . Nourthier j à une heure, M mt . Germon \ à deux heures , M Uf . Lfcbœuf y à trois heures, Fargeon. Ces visites là coûtent 100 louis irM. le comte : joù trouvera -t- il -une femme
D't'WE JOLIE FEMME. 3tî
plus économe? J'ai passé la soirée.cbez M me . de Unange : on m'a forcée de faire un Boston . de moitié avec le chevalier Sircey.... il a joué d'un bonheur constant ! À minuit il m'a reconduite çhe&moi : le suisse m'a prévenue, que Monsieur était couché depuis deuï beufeg \ j'ai congédié le chevalier > qui a. oublie de? me tenir compte de son bonheur. .
Jeudi.... J'ai bien £âit de ne payer aucun de mes mémoires» J'ai été réveillée y à huit heures , par Geneviève et sa tante ; ces bonnes gens sont encore plus malheureux que Tannée dernière !
j'ai doublé leur petite pension ; ils pleuraient de joie !..* cela m'a fait un bien!..* Ah! si M. le comte ne me laissait point manquer d'argent !... j'aurais vidé ma bourse sans ce pauvre André dont le loyer était échu la veille*,. Je suis sortie pour aller le lui porter ; j'ai rencontré M mc . de Thémines*, elle m'a entraînée chez Augustin... Quel peintre ! quel talent !... comme il vous fait valoir !.. .. Je veux absolument qu'il fasse mon portraits, il y a des siècles que M. le comte me
le demandé quand il sera terminé nous
•verrons. Je suis rentrée fort tard à Thé tel , j'avais oublié André... cela m'a donné une mi-
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graine affreuse. Le soir j'ai été aux Variétés.... Potier est admirable!... mais la pièce... Ah* la pièce !.... en vérité j'ai honte de m'étre amusée à -ce théâtre-là ; je n'y retournerai plus.
Vendredi.:. Le cousin de mon mari est arrivé hier au soir à Paris ; il s'est présenté chez moi ce matin , je n'ai pas osé le recevoir. Victoire dit que la gloire l'a embelli -, c'était déjà un fort joli homme lorsqu'il partit pour la guerre de Russie : il est aide-de-camp du prince, il a la croix! ce pauvre Edouard !... Il s'est fait pré-, senter au comte 9 qui l'a reçu comme un ami de la maison : nous l'aurons à dîner.... Je l'ai revu. Placée à table vis-à-vis de lui, je l'ai contemplé tout à mon aise... Mon Dieu ! que ce jeune homme causera de malheurs ! C'était mon jour déloge aux Français ; mon mari nous a menés voir Polieucte. Talma s'est surpassé; M lle . Duchesnois a eu de beaux momens , surtout dans la scène où elle avoue son amour pour Sévère... Il y a un grand vice dans cette tragédie ; c'est celui d'avoir imagina une femme qui n'aime pas son mari : ce n'est pas naturel» «S'en ai fait l'observation au comte, qui n'a point clé de mon avis ; Edouard m'a soutenue avec
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un peu d'embarras... Je me suis aperçue qu'en, nous reconduisant, il me regardait avec une timidité qui ne sied pas à un officier de hussards. Je l'ai invité à venir passer la journée de dimanche à la campagne : il a repris un peu d'assurance : cela lui allait à merveille.
Samedi,.. J'ai mal dormi cette nuit •, j'ai fait des rêves qui n'ont pas le sens commun; j'étais maussade à mon lever; je n'ai voulu voir personne de toute la matinée : Victoire m'a appris que le chevalier était venu -, je l'ai priée de ne plus- m'en parler! Cet homme a la fureur des complaisances; il vous suit; il vous obsède : j'éviterai de le rencontrer à l'avenir!... Je ne sais si Victoire m'a devinée; mais elle m'a dit un mal de lui qui m'a enchantée !.... Nous avons causé un instant d'Edouard \ c'est ipconcevable comme elle le flatte ! Est-ce que M l * c . Victoire aurait des prétentions ? Elle est jolie, des yeux pleins d'expression, dixûeuf ans, un teint à elle!... Ses éloges m'ont déplu... Mon mari a eu sa part de ma mauvaise humeur. 11 ne pouvait pas en deviner la cause ; moi-même j'aurais eu bien de la peine à la lui dire. Le soir, M. le comte, afin de
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jeu égayer un peu, me conduisit à l'Opei cela ne lui réussit pas du tout : j'ei chercher à ne rien voir, à ne rien ei je sortis des Bouffies encore plus trist n'y étais entrée ; sans la conversatu vieil officier qui avait fait la camp* Moscou i dans le corps où servait Edo n'aurais jamais attendu la fin. du specti
Dimanche. Edouard est venu à ] pagne. Je n'ai pas eu le tem& d'écrire mot de l'emploi de cette journée,., elle si vite!
Avant de fermer le. secrétaire, M.
,me fit remarquer l'épaisseur du pann pressant avec force une des vis qui a£t£ la serrure, il fit glisser une petite plan nous découvrit une large cachette/, el remplie de feuilles de papier détachée cune d'elles portait un numéro^ rrui s indiquer quelle faisait partie d'un, çorj vrage. Après avoir remercié M. Marti complaisance qu'il avait eue, je ra'eo mettre en ordre le manuscrit que je vc trouver. Jy réussis; et je m'aperçus ieuillets réunis formaient un,e histoire
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près complète. Ce n'était point celle de M me . de G... mais celle d'une de ses amies qui s'était amusée avec ses souvenirs. Le premier feuillet portait en vedette , ces mots :
Histoire d'une jeune Pensionnaire.
Ce titre piqua ma curiosité. Il se passe tant de choses dans une pension de jeunes demoiselles !
« J'avais treize ans , disait l'historienne, lors J que le hasard décida mes parens à me confier aux soins d'une institutrice fort aimable , dont le pensionnat avait depuis quelques tems acquis" une grande célébrité. Une ancienne amie de ma mère qui nous avait perdus de vue depuis les malheurs de notre famille, vint un jour nous lendrc visite ; sensible à ce souvenir , ma mère crut d'abord que quelques chagrins avaient réveillé l'amitié de madame Germon , et elle s'en félicitait avec moi. Son erreur ne dura pas longtems. Dès la seconde fois madame Germon se fit accompagner par sa fille , qu'elle nous présenta sous le nom de ma- 4ame la baronne de Nelcourt, elle s'amusa
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de notre étonnemenl; et pour le faire cesser r elle nous raconta, jusque dans les moindres détails, les circonstances qui avaient occasionné l'élévation de sa fille. Le bonheur est bavard. Madame Germon nous apprit que mademoiselle Céline avait reçu une éducation brillante, que ses succès l'avaient fait distinguer par un jeune chef d'escadron de hussards y qui avait demandé et obtenu sa main en huit jours : les visites d'étiquette qui précèdent et suivent un mariage , un voyage au château des nouveaux j époux, une maison à monter, des équipages à j choisir, un domaine à visiter, des parens à recevoir : telles étaient les occupations importantes qui avaient empêché ces dames de donner un moment à leur vieille amie. Nous connaissons votre amour pour la solitude, dit madame Germon, et nous n'avons pas osé y porter atteinte, en vous invitant à des fêtes bruyantes 1 à des réunions nombreuses, qui auraient peutêtre renouvelé vos chagrins j mais aujourd'hui que mon gendre vient de partir pour l'armée \ et qu'il nous a laissées seules à Paris, nous vous prions instamment de nous venir voir sans façon ; la baronne a besoin de distraction. 4
D'uNfe JÔÛË FEMME. 3'lj)
Après six semaines de mariage, se trouver à moitié veuve, cela contrarie . mais enfin il faut se faire à tout. Son mari est ambitieux. Il nous disait l'autre jour, que s'il avait le bonheur de perdre son colonel , il espérait le remplacer. A vingt-deux ans penser aussi sérieusement !
c'est admirable î Avec cela des connaissances, du talent, de l'esprit même quand il y songe, des protections puissantes •, une belle-sœur dans l'intimité du ministre, une cousine qui reçoit le sénat presque en masse , un oncle qui a manqué deux fois d'être conseiller-d'état, et qui sera chambellan quand il le voudra 1... Ma fille a fait un mariage d'or... Voilà ce que c'est que l'éducation !... Puis se tournant vers moi et me flattant de la main: Dans quelques années, Laure sentira le prix de tout cela».. Mon Dieu comme elle a grandi 1... elle sait déjà sans doute... — Fort peu de choses, répondit ma mère; jusqu'à présent je n'ai pu me résoudre à l'éloigner de moi. — Quel enfantillage, répliqua madame Germon ! U faut , ma chère amie , se défaire de cet égoïsme maternel \ c'est pour eux et non pour soi qu'il faut aimer ses enfanSi Céline a passé quatre années à sa pension , et
je vous assure que j'ai supporté son absence avec beaucoup de résignation. J'allais la voir deux ou trois fois par an, dans la crainte de la distraire de ses études; mais aussi, à ma fête, au premier janvier , à la fête de son père, jamais elle n'a manqué de nous donner un échantillon de ses progrès, et je vous avoue
qu'ils mont souvent étonnée! C'est incon*
cevable tout ce qu'elle savait ces jours-là.
Allons, allons, il faut un, peu de philosophie. .Vous avez une fille charmante. Laure est faite pour réussir; mais il faut lui donner une éducation solide... , et avoir le courage de s'en séparer pendant quelque tems Que ne la
mettez-vous dans la pension de Céline ! C'est un établissement magnifique ? on y apprend tout ce qu'on veut, on y fait des connaissances utiles , on se trouve confondu avec le* personnes du plus haut rang ! On y prend l'habitude du grand monde , chose plus importante qu'on ne croit... , et puis, c'est une maison qui porte bonheur; on n'en sort que pour épouser des personnes puissantes; ma fille a dans ce moment- ci trois de ses compagnes qui sont mariées, ou peu s'en faut, à des
d'cNB JOLIE FEHrtïE. $2t
rands seigneurs qui sont en train de faire leur >rtune !... Laure est peut être destinée à voua endre un jour une* partie de cette opulence ue vous avez perdue... , et que vous ne pouve» ous empêcher de regretter. Croyez-moi, il tut suivre son siècle, et puisqu aujourd'hui on place le bonheur dans dés titres pompeux u dans une fortune considérable , n'empéchea as votre fille d'être heureuse.
« Le discours de madame Germon produisit n tel effet ; cette espérance de fortune quelle vait adroitement jetée en avant, fit sur l'esprit le ma mère une telle impression, que l'on onvint sur-le-champ, que dès le lendemain ^ ►n me présenterait à la maîtresse de pension le Céline , et qu'aussitôt après on s'occuperait le mon trousseau.
« Là baronne et sa mère furent exactes au endez-vous. À midi , nous montâmes en voilure, et en moins dune heure, nous arrivâmes chez madame de Sirval. Elle nous reçut lans son parloir. Lorsqu'elle fut instruite du notif de notre visite, elle ne cessa de me conempler avec bienveillance -, la vivacité de mes reux ) la souplesse de ma taille, la régularité de
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mes traits et l'ensemble de ma petite personne, servirent de texte à ses éloges. Elle s'exprimait avec beaucoup d'aisance et de grâces , son ton était aimable et gai , s» physionomie douce , son air affectueux. Elle dit à ma mère, que déjà prévenue par mon extérieur et par les recommandations des deux personnes qui nous accompagnaient, elle était certaine que je deviendrais un sujet de la plus haute importance; elle Tassura quelle était persuadée d'avance qu'elle n'aurait que des louanges à donner à ma conduite et à mes sentimens»
* Ma mère la regardait avec un- air de béatitude , qui peint le plaisir qu'on éprouve à entendre louer son enfant. Quant à moi , je m'étais machinalement avancée auprès de madame de Sirval; j'avais pris une de ses mains, je la serrais doucement dans les miennes.
Elle m'attira à elle et m'embrassa sur le front Je me jetai dans ses bras; ma mère pleura, madame Germon sourit, et la baronne me dit tout bas : Tu épouseras un généra}.
« Le prix de la pension arrêté , le jour de mon entrée fixé , nous nous retirâmes. 11 ne fut question pendant toute la route, que de lama-
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biliié de madame de Sirval. le ne sais pourquoi je n'osais pas dire devant jna mère, tout le bien que j'en pensais ; j'éprouvais une crainte que je ne pouvais' définir , et qui retenait à chaque instant sur mes lèvres l'éloge prêt à m'échapper-, cependant ma mère renchérissait encore sur les louanges: que prodiguaient à l'aimable institutrice , M me . Germon et Céline. Ma mère cherchait à se prouver à elle-même que M me . de Sirval pouvait la remplacer auprès de moi -, mes éloges l'en auraient convaincue : je gardai le silence.
ce La baronne présida à mon trousseau ; grâces à ses soins, il fut plus considérable que je n'avais osé l'espérer. Ma mère, dont les bontés pour moi étaient sans bornes , fit de grands sacrifices pour me mettre à même de soutenir la concurrence avec quelques-unes des jeunes dames qui faisaient l'ornement du pensionnat.
a Le jour arriva où je devais quitter la maison paternelle. Nous partîmes pour la pension ; j'étais presque gaie : ma mère affectait une résignation qui était loin de son cœur. Mes deux compagnes de voyage gardaient un silence
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expressif. Nous arrivâmes enfin chez ma- 5 dame de Sirval $ son accueil fut encore plus obligeant que la première fois. Ma mère me recommanda à ses soins. À l'instant où elle me fit ses adienx, une foule de jeunes filles élégamment parées, se précipita dans le par-* loir en décriant : C'est elle. Je fus à l'instant entourée de pensionnaires dont les joyeuses prévenances m'occupèrent assez pour me dérober la vue de ma mère , qui s'éloignait lentement un mouchoir sur les yeux, et qui de tems en tems se retournait -pour jeter un regard sur sa fille. Je' ne l'avais pas oubliée ; mais dans ce moment mon âme livrée à l'espérance , se fermait machinalement aux regrets. M me . de Sirval, qui avait accompagné ma mère, rentra sur-le-champ; elle me prit par la main et m'emmena avec elle dans le jardin du pensionnat, où l'heure de la récréatien avait rassemblé le reste des élèves. À notre aspect, ces demoiselles suspendirent leurs jeux ; les plus jeunes me regardaient avec plaisir , les pins grandes avec un air de protection danfc lequel il entrait un peu d'orgueil; les moins favorisées de la nature mettaient dans leur
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accueil une douceur qui me donnait une bonne opinion d'elles ; les plus jolies me firent une moue charmante qui me donna une bonne opinion de moi. M mt . de Sirval déclina mon nom, et, je ne sais pourquoi, cita les ancien» titres de ma famille sur lesquels elle appuya avec une complaisance marquée : cette affec-* tation fit sourire malignement deux jeune»
élèves auxquels M me . de Sirval oublia d'imposer silence*
« Le pensionnat est comme le mariage : le»
premiers jours en sont charmans. La directrice et le mari , les élèves et les parens , travaillent de concert à embellir votre esclavage ; on cbuvre la chaîne de fleurs-, des soins continuels f des attentions délicates sont employés à vous dérpber le sort qui vous attend-, mais ces soins, ces attentions , ont un terme : l'époux est en-* traîné vers un autre objet , et la directrice vous oublie pour une nouvelle élève destinée au même accueil et vouée ensuite au mêmç abandon.
« M me . de Sirval avait cependant un goût particulier pour moi j elle trouvait ma pbysio-* nomie heureuse. JVie çchoen! (.comme elle est
Jolie !) s'écriait-elle quelquefois en allemand r quanio vezzosa è la sua figura! (comme sa figure est aimable ! ) disait - elle eu italien. Elle mettait une grâce si parfaite dansla prononciation de ces deux phrases , qu'elle m'inspira le désir d'apprendre l'italien et l'allemand. J'y fis des progrès rapides qui charmèrent mon institutrice. Il - n'en fut pas de même de la langue anglaise. Quelques jours après mon arrivée, deux de mes compagnes s'était t écriées à mon approche : they are Jbol iiideed tins yuung lady is vot wouder* féll Ces mots impolis que je me fis expliquer, me donnèrent pour l'anglais une aversion que je n'ai jamais pu surmonter.
« La célébrité que le pensionnat de M me . dé Sirval avait acquise était bien méritée. On n'admettait dans la maison que les maîtres les plus famés , que les- professeurs les plus intruits. A mérite égal , les plus jeunes obtenaient 1» préférence : les leçons étaient courtes f afin de ne pas user l'attention des élèves -, les récréations étaient longues , afin de leur apprendre de bonne heure à connaître dans le monde tous les avantages d'un caractère ai-
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niable et gai. Le dessin, la musique, la danse et la botanique, {sciences agréables et utiles, faisaient la partie fondamentale de l'enseigne* ment de la maison Quelques élèves apprenaient l'histoire en s'amusant : quelques autres, essayaient en cachette les petits travaux d'aiguilles qu'elles nous montraient ensuite comme une curiosité. Quant à moi /je m'en tins à la dansç et à la musique. Ce choix me valut les bonnes grâces de la première sous-maîtresse, qui ne savait tout juste que ce que [e voulais apprendre. ,
«Ma mère venait me voir quelquefois; nos entretiens duraient beaucoup moins qu'elle ne l'aurait désiré. Les jours choisis par elle se trouvaient presque toujours être ceux de me»
études y et Tan ne manquait jamais de venir me chercher devant elle. Ma mère me quittait avec peine en se promettant de mieux prendre son tems à l'avenir ; mais à la visite suivante elle n'était pas plus heureuse. Elle s'en consolait cependant en songeant à mes succès et en écoutant avec intérêt les prédictions de M me . de Sirval qui ne rêvait que mon élévation et oao* bonheur»
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« Je m'étais liée d'amitié avec une petite pria' cesse qui n'avait pas encore eu lé tems d'être fière de sa nouvelle dignité-, elle se tourmentait pour savoir comment elle pourrait m'étre agréable après sa sortie de pension*, elle mé faisait des promesses magnifiques, des protestations d'amitié que j'écoutais avec un mélange de plaisir et de confiance qui la ravissait Je lui montrai un matin deux fautes légères qu'elle avait commises dans une lettré qu'elle écrivait à sa mère. Elle prit la plume , corrigea les fautes, me remercia froidement, quitta la pension quelques jours après et se dispensa de répondre à toutes les lettres que je lui écrivis pour lui rappeler ses promesses et notre amitié. J'ai depuis rencontré dans le monde beaucoup de ces amies de pension qui ne se souvenaient pas de m'avoir jamais vue : ce procédé m'a paru affreux, je me suis vengée de l'oubli de ces grandes dames > en oubliant à mon tour les petites.
« La fête de Madame devait avoir lieu dans le mois de juillet : les préparatifs auxquels où travaillait, ne m'avaient pas permis d'aller souhaiter celle de ma mère qui était passée depuis
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[uelqùes jours. Il y avait bal, concert et conédie : de plus , grande distribution de prix. Vl>e. de Sirval avait prié un étranger de mettre ;n musique les Trois Sultanes, qui devaient composer le spectacl*. L'ouvrage fut fait et ippris en huit jours : c'était beaucoup moine le tems que nous n'en mettions ordinairement pour apprendre la plu» petite de nos leçons.
« Je fus chargée du rôle de Roxelane, au grand chagrin de trois de nos pensionnaires qui le réclamaient vivement, attendu, disaientelles , qu'il était tout-à-fait dans leurs moyens. On fit venir de Paris deux professeurs de déclamation qui nous apprirent à parler, à marcher, à gesticuler, à donner à nos traits un vernis de tendresse dont nous ne connaissions pas encore tout le prix , à nos regards une expression animée , à notre langage un accent passionné ; ils nous apprirent à gémir sansdouleur, à pleurer sans larmes, à rire sans gaîté : nos professeurs étaient sans doute très, habiles*, mais leur science né trouva jamais notre intelligence en défaut -, et en moins dé cinq ou six séances , ils firent de nous d'excel-^ lentes comédiennes de société.
. . « On avait choisi pour jouer les rôles de Soliman et d'Osmin, deux officiers de cavalerie, dont les sœurs remplissaient ceux d'Ëlmiré et de Dulia ; nous répétions en présence de la sousmaîtresse qui nous aidait aussi de ses. conseils* Ce fut à elle que je dus plusieurs intentions très-heureuses dans mes scènes de coquetterie. C'était une femme qui avait -un grand fonds d'expérience et debonté. ' >
a Le grand jour arriva. La distribution des prix se fit avec beaucoup d'impartialité -, tout le monde en eut , excepté une petite pensionnaire fort instruite dont les parens n'avaient pas donné de leurs nouvelles depuis deux aos* Le concert réussit à merveille*, l'opéra eut un succès fou; mon triomphe fut complet. Un homme qui , quoique vêtu très-simplement; passait dans la maison pour un grand seigneur, joignit ses complimens à ceux dé l'assemblée. Son éloge, auquel M mc . de Sirval attachait une grande importance, fut suivi d'un entretien particulier dans lequel il daigna m'annoncer qu'il prenait un grand intérêt à moi , et qu'il ne négligerait aucune occasion de m'en donner des preuves. Deux jours après, ma mère reçut
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na brevel de pension de mille écus,,pour les services que mon père avait rendus à l'état...,
« À quelque tems de là je fus passer les vacances au sein de ma famille : ma renommée m'avait précédée. Ma mère recevait beaucoup de monde : plusieurs jeunes gens cherchèrent à m'inspirer de l'amour. Parmi mes adorateurs j'en distinguai deux : un colonel sans fortune , un millionnaire sans esprit. Quelques personnes m'ayant convaincue que l'esprit n'était pas nécessaire au bonheur , j'allais me décider en faveur du millionnaire, lorsque mon protecteur jeta sur les rangs un vieux général d'artillerie qui voulait absolument se marier avant de partir pour l'armée. Riche, vieux et titré !... Il ne s'attendait pas à un refus!... Ma mère l'accepta -, je l'épousai. Il mourut sur le champ de bataille deux mois plus tard, après avoir fait des prodiges de valeur ; je le connaissais peu , je le pleurai légèrement .
n J'étais veuve, j'étais r^che : on brigua l'honneur de succéder au général. Mon jeune colonel fut un des premiers à m'offrir sa main : la crainte de m'attacher à lui trop sérieusement me contraignit de le refuser... Cependant, je
ne le cônjédiai pas précisément $ en suivant * les leçons de mon ancienne sous-maîtresse je me gardai bien de le priver de ce léger rayon d'espérance qui nourrit toutes les passions humaines. »
Après quelques feuillets qui paraissaient avoir été lacérés à dessein, on retrouvait l'héroïne dans un château, entourée de princes, de ducs , de comtes , qu'elle traitait un peu à la Roxelane , et de grands seigneurs qui paraissaient tout petits à côté d'elle. Ensuite on la perdait de vue tout-à-fâit. On avait substitué aux dernières pages de son histoire, un état présumé de ses revenus; ils s'étaient accrus avec une rapidité qui faisait beaucoup d'honneur à Tordre de notre historienne. Dès la première année de son veuvage , dépossédait le château du comte de , en Touraine, qu'elle
visitait rarement ; pendant le cours de la seconde année, elle avait acquis, du duc doune petite maison charmante où elle faisait sa résidence. Au commencement de la quatrième , le prince lui avait cédé à bon
marché une ferme très - belle où elle avait relégué sa mère ; enfin , son protecteur, eu
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mourant, l'avait instituée sa légataire universelle au détriment d'une parente éloignes qui n'avait jamais voulu rien apprendre ; heureux fruits de l'éducation!
Inventaire fait du secrétaire, je n'y trouvai rien qui pût indiquer la situation présenta de notre aimable pensionnaire. Je crois pouvoir cependant rassurer mes lecteurs sur son sort ; ce n'est pas en France qu'on doit trem« Lier sur celui d'une jolie femme.
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