AU RODEUR
Paris, le x6 août i8i4«
Monsieur (1),
J'aime assez la médisance , j'en ai même vécu pendant quelque tems , et je ne m'en suis pas mal trouvé -, mais je déteste la calomnie : c'est un crime que je ne pardonnerais pas, même à mes amis , si j'en avais.
En lisant votre article, de la maison à quatre étages il m'a été facile d'apercevoir que vous aviez eu l'intention de me désigner , dans l'homme de lettres estimable, qui habite le second étage de votre hôtel de la rue de Seine. Quelques personnes qui se moquent de tout,
(1) Voir le a°. m, page &4*
conitESPoaDÂNCE. 335
m'en ont fait compliment; quelques autres qui ne respectent rien, m'ont depuis surnommé l'invariable , injure que je ne cherche point à repousser , parce qu'elle ne peut m'atteindre, et que je crois n'avoir rien fait pour la mériter. D'ailleurs-cet inconvénient est un des moindres de votre article, qui ne m'a peint qu'avec les couleurs les plus fausses.
Je conviens avec vous que sous Bonaparte, je me suis poussé fort avant dans l'éloge -, mais le mal n'est pas de dire du bien , il est d'en penser -, et dieu merci , tout le monde sait que je n'ai jamais pensé ce que j'ai dit; j'en excepte cependant ce que j'écris aujourd'hui ; car je serais au désespoir que l'on s'avisât de soupçon* lier que mes éloges ne sont pas plus francs, plus désintéressés sous ce règne- ci , qu'ils ne l'étaient sous l'autre.
. Vous avancez, Monsieur, que je recevais de l'ancien gouvernement , trente mille francs de pension : il y a erreur ; je cumulais à la vérité le traitement de cinq ou six places qui me prenaient beaucoup de tems ; mais en additionnant les appointemens de mes divers emplois, en y ajoutant même les gratifications que les
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ministres de l'usurpateur m'infligeaient 3ej tems & autre , . je ne-me suis jamais fait quevingt huit mille cinq cents francs , et encorebien juste.
Vous m'accusez d'avoir attendu le îi mar* dernier , pour me déclarer ouvertement;, le$ personnes qui me connaissent vous certifieront que je chancelais le 3o , jour de la bataille, et que j'avais tourné le dos dès le commencement
de l'affaire. Je ne veux point exalter mon courage -, mais il pouvait y avoir du danger à se conduire ainsi , et d'après l'issue des évènemens ; je me 6ais bon gré de m'y être exposé. Cette lettre que je vous prie, Monsieur, d'insérer dans un de vos prochains numéros, 1 en rétablissant les faits tels qu'ils sont , suffira sans doute pour détruire la mauvaise impression que votre article a dû laisser dans l'esprit de ceux qui ont eu la prétention de m'y reconnaître.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Auteur de diverses histoires , chef de bureau de diverses administrations , membre de diverses sociétés savantes.
totntnspoKDAïccE. 337
** Au château <T A... , le 20 août 18 1 4-
Monsieur le Rôdeuk,
Je me nomme S.- Laurent; je suis propriétaire, non pas d'un bel hôtel rue de Seine, mais de trois ou quatre petits châteaux dans la Picardie. Loin de déguiser mes revenus , je m'en fais honneur; je paie mes dettes avec le scrupule d'un marchand de la rue S. -Denis qui ne veut pas devenir négociant; je n'ai jamais entrepris ni fournitures, ni banqueroutes; je ne puis donc, en aucune façon, me reconnaître dans le portrait qu'il vous a plu de tracer d'un certain M. de S.-Laurent, v alet-de-chambre-propriétaire.
Je vous avoue cependant que je n'aime pas que l'on attaque cette classe estimable que la révolution a fait naître, qui s'est élevée avec elle, mais qui durera, davantage attendu que les hommes sont plus tenaces que les principes. C'est avec un véritable chagrin que j'ai vu que vous reproduisiez dans votre article le reproche si banal que l'on fait aux grands propriétaires d'aujourd'hui, detre partis de 1. i5
biea bas pour arriver bien haut. Si l'on faisait à Rome des empereurs avec des esclaves , on peut bien faire en France des millionnaires avec des valets-de-chambre. D'ailleurs, qu'importe le point du départ lorsqu'on est arrivé ? Qui s'est jamais avisé de reprocher à Bourette, sa livrée; à Chevert, son défaut de naissance, à l'abbé Mauiy , la boutique de son père? L'or, la gloire et les dignités couvrent tout. Le financier a fait oublier le laquais ,1e lieutenantgénéral a ennobli le soldat, et la pourpre épiscopale a déguisé le fils du savetier.
Quant à moi, Monsieur , quoiqu'on en dise , je tire vanité de l'obscurité de mon origine , on aime à être le fils de ses œuvres. Mon père était un brave homme qui ouvrait la porte de l'hôtel d'Uzès : il m'aimait éperduement; mais il était si distrait qu'il avait oublié de m'apprendreàlire. La femme d'un vieux président, qui venait souvent nous voir, s'aperçut de mon ignorance •, elle eut la bonté d'en rougir pour moi , et offrit de se charger de mon éducation. Je profitai beaucoup sous un si bon maître : en peu de tems je parvins à oublier ma famille, à la seule exception de mon père,
CORRESPONDANCE. 33y
qui est mort l'an dernier, d'une petite pension que je lui faisais depuis que j'étais riche. Le hasard, le bonheur, quelque chose de mieux encore , m'ont poussé dans le temple de la fortune , je me suis laissé faire : j'ai cinquante mille écus de rentes qui narguent les épigrammes ; un bonne table qui ferme la bouche aux médisans -, et j'ai si souvent rappelé ce que j'étais qu'on a fini par ne plus voir que ce que je suis. Croyez-moi, Monsieur, ne criez plus h aro sur ces pauvres parvenus à qui l'on prête tout excepté l'honneur; ils ont de la fortune, mais ils n'ont que cela ; et si vous étiez à leur place, vous verriez qu'ils attachent plus de prix à ce qui leur manque qu'à ce qu'ils possèdent.
Agréez Fassurance de ma considération
distinguée.
S.-Làurewt.
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Le i5 août 1814,
Vous faites de l'esprit, mon cher Monsieur; c'est fort bien; mais vous n'avez pas le sens commun, c'est fort mal. Votre article de dimanche dernier est un petit libelle; vou
vous êtes emparé d'un mot que j'ai laissé tomber, pour eu faire un acte d'accusation ridicule contre moi.
Eh ! où avez~vous donc vu qu'il n'était pas permis à un homme d'état qui a sacrifié les cinq plus belles années de sa vie à son gouvernement, de crier contre un souverain qui s'avise d'abdiquer sans s'embarrasser du tort qu'il fait à ses amis.
Savez-vous que ce Buonaparte, que Ton vous a peint si magnifique, n'était rien moins que cela; que cet homme qui, suivant la voix publique , jetait les bienfaits et les grâces à la tête de ses courtisans, n'avait pas toujours la main ouverte ? Savez-vous combien de discours, de proclamations et de programmes de fêtes il m'a fallu pour accrocher mon titre de comte ? Savez-vous ce que me coûtaient mes 500,000 fr. de rentes ? Vous n'en auriez peutêtre pas voulu au même prix. Et lorsqu'un changement , qui ne vous fait rien perdre , m'enlève tout, vous trouvez mauvais que je me plaigne! Lorsque de soi-disant Westphaliens s'emparent des biens qui m'avaient été légitimement donnés, en dotation par mcn
souverain , vous ne voulez pas que je crie î La France est heureuse, mais je ne suis plus en place-, nous avons la paix, mais je n'ai plus de terres. Le roi m'a laissé de côté sous le prétexte que j'étais sincèrement attaché à Napoléon. Je ne sais pas qui a pu lui faire ce conte là !.je l'avone, cet homme m'avait fasciné les yeux , il avait trouvé le secret de m'attacher k lui , mais je suis bien revenu de mon admiration, et je défie qu'on m'y rattrape.
Au surplus , Monsieur, malgré les pertes que j'ai éprouvées , je n'ai point réformé ma maison comme il vous plaît de le dire. J 'ai conservé mes domestiques, mes amis, mon hôtel et ma table. Plût au ciel qu'il en fut autant de mes places I
Je vous salue.
Le comte de...
Ci-devant conseiller d* état , ci-devant chambellan , ci -devant préfet , ci-devant ministre 9 ci -devant, etc. , etc.*.
WUIMVWIW»VIIV>WWI1VI*'*y^"***"*****
Paris, i4 juin *8i5 (î).
J'ai lu avec intérêt, M. le Rôdeur, votre feuilleton de lundi dernier, qui traitait d* (0 Voir le No. XXII.
la foreur qu'ont certaines gens de connaître avant le tems ce qui doit leur arriver d'agréable ou de malencontreux. Je regrette que vous n'ayez aperçu que le côté plaisant de cette manie dangereuse qui fait chaque jour des progrès rapides» Comme je présume que , dans le cours de vos observations sur nos moeurs , vous aurez plus d'une fois l'occasion de signaler ce travers > devenu si commun aujourd'hui , j'ai l'honneur de vous adresser à ce sujet quelques anecdotes dont je vous garantis l'authenticité.
J'épousai en Tan ft , une jeune femme que )'aimais avec idolâtrie. Cet hymen, formé sous les auspices de l'amour, n'avait pas cessé d'être heureux : quatre ans de l'union la plus douce n'ayaient fait qu'ajouter à notre tendresse mutuelle. Un de mes amis , le brave général Rondeau, veut se charger de ma fortune -, il me propose .de le suivre à l'armée d'Italie*, j'accepte, nous partons. Une affaire d'ayant-poste , dans laquelle je suis blessé et fait prisonnier, me met dans l'impossibilité de donner de mes nouvelles à ma femme-, la mort du général la prive des moyens d'obtenir
CORRESPOND A NC E. 343
le moindre renseignement sur mon existence... Les jours ? les mois se succèdent ; mon silence lui paraît de plus en plus inquiétant; toutes ses lettres restent sans réponses -, toutes ses démarches sont sans résultats. Dans cet état d'anxiété , quelle ne saurait supporter plus longtems , elle a recours à tout ce qui peut lui procurer quelques lumières sur mon sort ; une de ses amies lui parle du talent merveilleux d'une célèbre cartomancienne ; qui lit couramment l'avenir, et prédit le passé avec une adresse étonnante. Ma femme se laisse entraîner; elle a franchi le seuil du temple et les cent vingt-quatre marches qui conduisent chez la sibylle , elle l'interroge en tremblant -, elle suit des yeux et du cœur chacun de ses mouvemens; elle interprète au gré de ses espérances chacun de ses gestes, chacune de ses paroles... Mais hélas ! que devint-elle quand l'oracle consulté trois fois, lui apprend que
j'ai cessé de vivre Il n'y a pas moyen de
douter d'une nouvelle avancée avec le sérieux d'un augure, et dont on raconte jusqu'aux moindres détails. .. Une querelle de jeu est la cause de mon trépas; j'ai reçu , à l'entrée de k
nuit, trois coups d'épée-, je suis mort le lendemain ; j'ai été enterré en cachette par les soins de mon meurtrier qui s'est dérobé à ta vengeance des loix... Ma femme sort de cet antre infernal; elle ne réfléchit pas que j'ai toujours eu pour le jeu une aversion insurmontable... Mon silence ne justifie que trop bien la cruelle prédiction de la sorcière... le chagrin s'empare d'elle, sa santé s'altère; une maladie de langueur va la conduire au tombeau lorsque la paix de Marengo met un terme à ma captivité... Mon premier soin est de lui écrire... ma lettre la comble de surprise et l'enivre de joie , elle doute un instant de la réalité, tant sa confiance a été grande!... mais heureusement désabusée par ma présence, elle se rattache à la vie prête à lui échapper, et s e reproche amèrement une fatale crédulité qui quelques jours plus tard, me privait d'une épouse adorée qui , depuis vingt ans , n'a pas cessé de m'être chère.
Un de mes beaux frères , à qui ma femme racontait cette avanture , se moquait de l'excès de sa bonne foi -, il jouait l'esprit fort et défiait l'univers de lui inspirer la moindre crainte.
Souvent même il la conjurait de le conduire chez quelques devins célèbres dont il se flattait de mettre la science en défaut ; il sollicita tant de fois cette espèce de faveur , que ma femme qui se reprochait son peu de complaisance, se décida à l'accompagner chez un sorcier en grande réputation. Dès qu'il vit mon beaufrère, le magicien secoua la tête, et parut disposé à se taire. Notre curieux le pressa en riant de s'expliquer sur son compte, Fassurant d'avance avec une espèce d'orgueil que rien de ce qu'il lui apprendrait ne pouvait Feffrayer. J'en suis persuadé, Monsieur, répliqua le devin ; mais je doute cependant que vous puissiez écouter de sang-froid ce que le destin m'ordonnerait de vous révéler ï... — Vraiment ? — H y a des évènemens auxquels nous ne.
sommes pas préparés. — Qu'importe. — * Des.
malheurs que nous sommés si éloignés de prévoir î — Exciter ma curiosité , c'est prendre l'engagement de l'a satisfaire, parlez. — Vous l'exigez ? — Je vous en prie. — Ainsi , vous ne seriez point effrayé si je vous annonçai» qu'avant trois jours vous tomberez malade?
— • N'es -ce que cela ? — Que cette maladi*
fgrt dangereuse... — Achevez. — Vous conduira aux portes du trépas. — Pourvu qu'elles se ferment à mon approche. — C'est ce dont je n'ose répondre. — Quoi, Monsieur!... — Si j'étais à votre place , je mettrais ordre à mes affaires , et je m'occuperais dans mes loisirs à griffonner mon testament. — Je vous remercie du conseil , dit assez sèchement notre homme qui avait un peu perdu de son à-plomb ; mais mon âge et ma santé donnent un démenti formel à vos oracles ; mourir d'ici à trois jours ! ... Faire mon testament , répétait-il en souriant comme un homme qui y est forcé !
j'espère, mon cher Monsieur, vous convaincre dans la huitaine, de la fausseté de vos prophéties.
Ma femme s'aperçut facilement de Té-* motion de son beau-frère, elle fit tous ses efforts pour le distraire, et parvint à y réussir. Luimême commençait à perdre le souvenir de l'oracle ; et fier de n'avoir encore ressenti aucune atteinte, il plaisantait tout bas sur l'arrêt fatal porté contre lui. Dans la soirée du troisième jour on apercevait dans ses traits une égale alternative de joie et de tristesse. Cette . der-
nîère s'évanouissait avec l'heure ; sa physionomie reprenait peu-à-peu sa galté accoutumée : déjà il hasardait de se moquer hautement du sorcier et de sa prédiction lorqu'il entendit sonner l'horloge voisine : trompé par ses desirs, il s'écria avec l'accent d'un homme dégagé d'un poids insupportable : Voilà minuit!... Onze heures } réplique froidement une personne de la société, qui, dans l'instant même, avait les regards fixés sur sa montre. A cette observation si simple, mort beau-frère pâlit...» ses muscles se contractent, ses genoux chancèlent, il tombe sans mouvement... Cet homme si courageux y victime de son imagination, est en proie à une fièvre brûlante; et le magicien court les risques d'avoir raison. Un jeune médecin a qui nous confions notre embarras , nous rassure : laissez-moi seul avec le malade, nous dit-il, je vous réponds de sa guérison.
En effet, il se place auprès de son lit, et saisissant le moment où la faiblesse lui permet de l'entendre : « Jeune homme, votre incrédulité, méritait une pareille leçon. On ne doute point impunément des merveilles de l'art que je professe : le nécromacien mon élève qui
vous a prédit la maladie qui est déjà venue, et la mort qui ne viendra pas , n'a voulu que vous effrayer et vous faire connaître toute Tctendue de sa science. Cependant elle ne Ta pas jusqu'à avancer le terme de vos jours , qui sont plus nombreux que vous ne croyez-, je vous le dis en confidence. Vous êtes destiné à parvenir à une longue et heureuse vieillesse : tranquillisez-vous donc; dormez en paix, et dans deux jours vous aurez repris pour ne plus les perdre, cet embonpoint, cette fraîcheur, cette gaité, qui vous assurent près d'un siècle d'existence. » Ces paroles produisirent un effet salutaire , et n'eurent d'autre inconvénient que de rendre mon beau-frère, l'un des plus zélés partisans de la nécromancie. Grâce à l'heureuse adresse de notre jeune élève d'Esculape , il se porte à merveille, et raconte à qui veut l'entendre , qu'il doit enterrer toute sa famille , ce qui né laisse pas que d'être fort agréable à ses parens.
Je pourrais encore , M. le Rôdeur , vous citer d'autres anecdotes à l'appui de celles-ci, mais elles suffiront sans doute pour vous prouver le danger auquel on s'expose en cherchant à pé-
nétrer des secrets que la sagesse divine a pris soin de nous cacher, et sur-tout en ajoutant foi à des mensonges auxquels notre amourpropre ou notre faiblesse donnent seuls um apparence de vérité.
Votre, etc.
J. B. Morin.
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Paris, le i5 juin i8i5.
J'ai lu, mon cher Monsieur, votre article intitulé : la Sibylle parisienne. Et franchement, je n'en ai pas été totalement satisfait : vous n'avez pas assez creusé le sujet*, il fallait m'écrire , me demander des renseignemens , k moi qui ai pour femme une sorcière qui , depuis dix ans, .me fait enrager régulièrement trois fois par semaine avec ses blancs d'œufs et son marc de café 5 figurez-vous que la bonne dame a la prétention de deviner, quand je suis sorti, quels sont les endroits que j'ai fréquentés \ les personnes que j'ai rencontrées; et les projets que j'ai formés : ne vous imaginez pas qu'il soit possible de lui faire
entendre raison là-dessus , nier est avec elle une chose impossible. Nous avons manqué de nous séparer l'autre jour. Je croyais bien fermement que j'avais passé ma soirée à l'Ambigu - Comique. Tout autre que ma femme qui eut voulut me prouver le contraire eut été fort mal reçu : mais il n'appartenait qu'à elle de me convaincre comme elle l'a fait que j'avais passé ma soirée avec la dame de pique , qui vient de se brouiller pour moi avec le valet de trèfle; ce qui me fait beaucoup d'honneur, vu ma goutte et mes soixante-cinq ans!... mais ce n'est pas tout.
Ma fille àlné , qui a tous les goûts de sa mère , était recherchée en mariage par un jeune commis marchand , dont les manières me convenaient ; c'était un joli garçon brun , bien bâti, fort honnête, et assez riche : mais ne Voilà-t-il pas qu'un beau jour, le jeu de cartes consulté , il se trouve que ma fille ne peut être
heureuse qu'avec un homme blond ! On
congédie notre pauvre commis marchand, pour faire place à l'homme blond qui n'est pas encore arrivé, mais qui cependant ne peut pas tarder, à ce que disent les cartes, depuis onze ans !
Mon jardinier, qui cherche à faire la cour à ma femme, l'a priée de lui dire sa bonne aven-, tare ; c'était, comme on dit, la prendre par son faible. Elle a annoncé à ce brave homme qu'il déterrerait incessamment un trésor ; et depuis l'hiver dernier il tourne et retourne en tout sens mon jardin , ou , grâce à lui, il ne vient pas plus de trésors que de légumes.
J'avais un domestique qui s'était garanti de l'épidémie -, mais ma femme , qui veut à toute force faire le bonheur de toute sa maison , a prédit à ce malheureux; que le bien lui viendrait en dormant *,. le coquin se couche maintenant à dix heures , et j'ai toutes les peines du monde à le réveiller le matin.
C'est le dimanche sur -tout qu'il faut voir cela ; c'est , comme dit ma femme , le grand jour et le grand jeu : on fait les cartes ce jour là pour tout le quartier, même pour des personnes qui ne s'en sont jamais doutées, et qui sont bien loin de penser tout ce que les cartes leur font dire.... Auparavant ma femme réunissait un certain nombre de voisines quelle instruisait, par la puissance de son art , de la conduite de leurs maris; cela a occasionné quelques dis*
35a coniiEpyoKDAîTcé. •<'-.
putes y un ou deux divorces qui n'ont pas clé jusqu'à la conclusion. Au fur et à mesure que ces ménages-là se réconciliaient, ils cessaient de venir consulter l'oracle; et petit à petit , ma femme s'est vue réduite à n'avoir pour compagnie que des gens qui ne sont jamais venus chez nous, et auxquels /bon gré, mal gré, elle dit incognito la bonne aventure; que de choses elle
a su par ce moyen! c'est prodigieux ! Si la
curiosité vous pressait un peu , M. le Rôdeur , je pourrais bien vous en révéler quelques-unes
sous la foi du secret cette petite chronique
scandaleuse ne figurerait pas mal dans un de vos articles. Si cela vous est agréable , venez me voir y je ne peux pas vous dire mon nom ; mais vous me trouverez presque tous les jours de six à dix heures du soir , au café du coin de la rue Saint- Mcri, où je tue \e tems avec un jeu de domino , tandis que ma femme tue son prochain ■avec un jeu de cartes.
Théophile Le Bon.
Fin du premier Volume.
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sous la foi du secret cette petite chronique
scandaleuse ne figurerait pas mal dans un de vos articles. Si cela vous est agréable , venez me voir y je ne peux pas vous dire mon nom ; mais vous me trouverez presque tous les jours de six à dix heures du soir , au café du coin de la rue Saint- Méri , où je tue le tems avec un jeu de domino , tandis que ma femme tue son prochain ■avec un jeu de cartes.
Théophile Le Bon.
Fin du premier Volume.
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Fin du premier Volume.
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curiosité vous pressait un peu , M. le Rôdeur , je pourrais bien vous en révéler quelques-unes
sous la foi du secret cette petite chronique
scandaleuse ne figurerait pas mal dans un de vos articles. Si cela vous est agréable , venez me voir , je ne peux pas vous dire mon nom -, mais vous me trouverez presque tous les jours de six à dix heures du soir, au café du coin de la rue Saint- Méri, où je tue le tems avec un jeu de domino , tandis que ma femme tue son prochain avec un jeu de cartes.
Théophile Le Bon.
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