‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 1 sur 42 · L'ÉTUDE D'UN HUISSIER · texte numérisé non relu

L'ÉTUDE D'UN HUISSIER

— Mvitre un tA , vous êitt

— Uunseignejr a toujours le petit œo' pour rire.

Uw journal, qui a parlé avec ëloge de mes discours, m'a cependant reproché de les intituler Slœurs du jour, a Les mœurs, disait-il, •r ne sont point les modes , et bien qu'elles soient « moins invariables en France qu'en Chine , il (t y a impropriété dans le rapprochement des ft deux mots qui composent ce titre, n

Je suis très-disposé à penser qu'il y avait de la bonne foi dans ce reproche , et j'acquitte volontiers mon critiipie sur l'intention ; je crois

ji l'étude

cependant qu'un titre qui indique sur-le-champ le projet de Fauteur, le but qu'il se propose , le sujet qu'il va traiter y et l'époque à laquelle Jl le traite, n'offre pas tous les inconvéniens qu'il s'était plu à lui trouver.

Si nos DCiœurs varient moins souvent que Bos modes, on ne peut se dissimuler qu'elles n'aient éprouvé, depuis quelques temps, de grands cliHngemeps, et que le tableau actuel de la société, des usages, des habitudes de Paris, ne ressemble en rien au tableau qu'un peintre ingénieux en a tracé il y a quelques an* jiées. Depuis que la révolution , en nivelant les rangs, a confondu les costumes, corrompu le langage, déplacé les fortunes, détruit et renouvelé le^ distinctions, porté au fkite des honneurs ceux qui étaient nés si près derobscurilé , plongé dans l'obscurité ceux qui étaient nés si près des honneurs j la variation des niœurs a été telle, que vingt auteurs auraient pu y trouver chacun séparément le sujet d'un nouveau tableau de Paris, qui n'aurait eu aucune ressemblance avec tous ceux qui l'avaient précédé.

Décidé k passer successivement en revue les différentes classes de la société , et à olfrir au

b'un huissier. 3

public le léger tribut de mes observations ^ j'étais encore incertaia sur le choix du sujet qui devait me fournir mon premier article. Assis auprès de mon feu^ les coudes sur la table ^ la plume entre les doigts^ je révais machinalement , et ma pensée n avait encore pu se fixer sur aucun objet^ lorsqu'un jeune homme ^ introduit dans mon cabinet par mon domestique^ me remit une lettre de son père , vieillard respectable à qui ma famille a eu le ))onheur d'être utile autrefois. M. de Nancé y en m'annonçant Tarrivée de son fils à Paris , me priait de lui servir de guide, et m'invitait à le conduire moi-même au sieur B ., huissier, chez lequel il devait entrer en qualité de clerc.

On a dit, avec raison, qu*oblig[er vite est une seconde façon d'obliger. A l'instailt même je me levai, et, remettant à un autre moment le sujet de mon discours , j'accompagnai le jeune de Nancé chez l'honnête praticien sons lequel il devait faire son apprentissage judiciaire et chicanier.

M. B , logé dans un des plus beaux quartiers de la capitale , occupait le premier étage d'un superbe hôtel qu'il venait d'acheter d'ua

6 l'iTiJDB

Le maître clerc parut; c'était un homme d'environ trente ans, d'une figure agréable, qui cependant n'avait rien de distingué. Il se présenta avec beaucoup de grâce , et nous offrit avec empressement ses bons offices. Je l'instruisis des motifs de notre visite^ et je le priai de servir de protecteur à mon jeune compagnon. Il me le promit ^ et nous engagea à attendre M. B.... y qui ne devait pas tarder à rentrer, car il avait un déjeûner de la plus haute importance au Rocher de Gancale.

Vous me permettrez, nous dit-il après nous avoir forcés de prendre un siège, vous me permettrez de donner les ordres nécessaires pour le travail d'aujourd'hui *, ce sera , ajoutat-il en regardant Eugène , une première leçon dont notre nouvel élève pourra faire son profit.

« Où en étes-vous avec M- Bridant , dit-il en s'adressant à l'un des clercs 7 — J'ai oublié de lui porter le commandement hier au soir, répondit celui-ci, mais on a dû saisir ce matin. —Bon •, et ce pauvre Roguin ? — Il prétend qu'il ne peut pas payer. — Ah ! il fîût des façons ; poui^suivez toujours. — Madame Deslandes est Tenue offrir moitié de sa dette. -7- Prenez j vous

t>^UN HUISSIEti. 7

Fasslgnerez pour le reste la semaine prochaine.

— Ce riche propriétaire qui fait tant de Aé^ penses, M. Frëmon, demande du temps. — C'est juste , il faut ménager ces gëns-là. — M. Durv^i. dit qu'il est votre ami. — Ma foi je l'avais oublié; » puis j se tournant vers le plus jeiine des clercs : tr Tenez, lui dit-il^ portez vite le dossier de Durval au collègue Fripart; dites-lui qu'il agisse avec promptitude et fermeté. Je ne veux pas paraître dans cette affaire-là; mais j'espère qu'il se comportera envers mon ami comme il l'a fait l'an dernier à l'égard de mon beau-frèreé

— A propos de votre beau- frère ^ Monsieur^ dit le clerc qui allait sortir ^ il est venu ce ma-« tin ; il désirerait vous charger de poursuivre une affaire en son nom. — * Je m'en garderai bien! c'est un homme timide qui t^pugne à faire des frais ; ce ne sont pas là les gens qu'il nous faut»... » Comme il achevait de parler, un pauvre diable ouvrit la porte et se traîna en boitant jusqu'au fauteuil qui se trouvait auprès de la cheminée.,... Â son aspect, les clercs ne purent retenir uu éclat de rire qui semblait redoubler l'humeur de l'arrivant. « Eh bienî mon pauvre Dubois ^ lui dit le maître clero^

lo l'étude d'un huissier.

ce qu'on lui disait : son visage sérieux n^avaif pas Tagrëment de celui de son maître clerc; mais je m'aperçus avec plaisir qu'il accordait assez volontiers le tems qu'on lui demandait, et qu'il renvoya content de lui la presque totalité des gens qui lui avaient parlé : il annula de* vant moi plusieurs citations, sommations^ etc..» «c Ah ! me dit tout bas le petit clerc, si Mou - 5ieur était le maître, l'étude ne profiterait guère. »

Je lui présentai Eugène; prévenu par monsieur deNancé , il le reçut avec bienveillance , et lui dit en souriant : « J'ai peur , mon jeune ami , que la carrière que vous voulez embras- "Ser ne soit pas celle qui vous convienne. Votre père m'a mandé que vous aviez de Tinstruction, deres[H:it, de la sensibilité ; croyez-moi , ou ^es qualités-Iâ vous perdront, ou vous perdrez ^ces qualités-là dans mon étude. Au surplus.

Tenez me voir demain matin , je vous présen- ,ierai à Madame, je vous remettrai entre les anains de mon maître clerc; mais je vous avoue que j'ai assez d'amitié pour vos parens, pour souhaiter que now M puissions rien faire de

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