‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 24 sur 42 · A M: LE COMTE DE...., A GAND · texte numérisé non relu

A M: LE COMTE DE...., A GAND

Mon cber Comte, je reçois à Tinstant votre lettre, qui me comble de joie. Vous êtes auprès d*un Roi que vous chérissez *, moi , )e me trouve auprès d'un usurpateur que je déteste : vous servez Tun avec un désintéressement qui vous bonore -, et moi je touche de l'autre dea -sommes énormes pour exécuter des ordres que je suis loin d'approuver ; mais auxquels je me soumets avec une apparence de dévoue-« ment qui m'a fait un tort considérable dans le monde.

l4.6 L£ BOULKVARD

Ma nomination a dû faire une sensation désagréable là-bas ; elle aura surpris ceux qui savent bien que/j'aime le Roi ^ et que je suis sincèrement attaché à mon pays. On m'aura accusé de fausseté ou d'ambition ; Dieu sait si ji^n suis capable ! J'ai été au désespoir de me voir inscrit sur la liste des Pairs. Mais comme ici -bas on ne sait véritablement sur quoi compter , et que nous avons vu , depuis vingt ans , que la meilleure des causes n'était pas toujours celle qui avait le bonheur de triompher , je me suis résigné à recevoir du monstre tout ce qu'il lui plairait de me donner. Dans le fond^ c'est autant de pris sur l'ennemi : gratifications ; ^paolumens ^ honneurs y dignités , j'ai tout supporté avec une résignation qui a surpris beau'^ coup de gens qui ne sont pas encore au fait de ce genre de courage. J*en aurais supporté bien d'autres pour cacher mon jeu. Je ne vous fais pas^ mon cher Comte ^ l'injure de croire xjue vous avezpume soupçonner un instant capable de déserter franchement la cause du meilleur des princes^ de celui qui , dans le court espace 4e son règne , a daigné m'bonorer de tant dfs marques de sa touchante bienveillance»

t)B GAlf^If. 149

En vous écrivant, j'ai moins le désir de vous instruire de ce qui a pu m'arriver d'heureux ou de dësagrëable^ que celui de dé-*

truire la mauvaise impression qu'ont pu faire les bruits qui courent sur mon compte ; je ne sers le tyran que pour la forme ^ et dans la crainte qu'il n'ait recours à des gens qui vail-* lent moins que moi *, certes^ il ne manquerait pas d'en trouver. Mais vous pouvez être assuré que dès que vous serez en mesure^ je ne serai pas le dernier à l'abandonner. En attendant^ je vous offre mes services ^ et vous prie de nie justifier dans l'esprit de cent qui m'accuseùt de légèreté. J'emploirai le peu de crédit que î'ai auprès de l'usurpateur à garantir leurs biens et leurs réputations des atteintes qu'on voudrait leur porter. Comptez sur moi j il fait bon avoir des amis partout. Un homme franc et honnête comme moi peut servir le roi jusqu'à la cour du tyran > surtout lorsque j par sa conduite et ses discours , il trompe Tespiou aussi habilement que je le fais. Adieu mon cher Comte ; tout à vous. Ne m'oubliez pas auprès de nos princes *, personne ne leur ei^t plus dévoué que votre serviteur^ etc.

E... , chevalier de St-.Louis.

l5o LE BOULEVARD

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'ùanâ, 17 mai 181 5r

A M. LE CHEVALIER...., A PARISr

Je suis arrirë hier au soir incognito dans cette ville , où je ne me montrerai qu'avec une extrême circonspection. Toute ma famille me croit au fond de mou château ; ne la désabusez pas. Je viens de donuer ordre à mon valet-de-chambre de continuer d'envoyer les journaux à ma terre de la Beauce. J'ai uii intérêt direct à ce que personne ne soupçonne mou voyage. J'ai poussé à cet égard la discrétion si loin que j'ai caché mes projets à mon cousin le baron ^ dans lequel j'ai une confiance absolue , mais qui , sous prétexte de vanter xnon attachement à la bonne cause ^ ne manquerait pas d'éveiller la haine de mes ennemis et de faire séquestrer mes biens ; ce que je désire éviter. 11 ne faut pas faire la guerre à ses dépens -, cependant sitôt que vous verrez que l'ennemi commun sera délaissé y sitôt qne

DE GANB. I5t

kon règne menacera de tirer à sa fin y faites adroitement circuler mon nom dans les salons , parlez peu à peu de mon di^part \ dites mém:e , si VOUS le croyez nécessaire ^ que depuis longtemps nous«sommes en correspondance. Exagérez les dangers que j'aurai courus *, inventez dès persécutions que je ne démentirai pas ; préparez en ma faveur l'opinion de nos connaissances y afin que je puisse , à mon retour , profiter de ces bruits-là pour solliciter , demander, obtenir quelques nouvelles faveurs. Ma femme ne sera heureuse que lorsque j'aurai un commandement y et je suis trop bon mari pour ne pas chercher à lui procurer ce plaisir-là. Adieu; discrétion et prudence. Vous ne recevrez plus de mes nouvelles. ** 1

i M liH \n/v^ ^ iv^ éw niti»0mM»n:vsMw^Mtm'tm»mÊfMkM

Paris , le i mai^ dix heures da matin;

Je viens de passer à ton hôtel pour t'eml)rasser : je pars cette nuit pour Angers , où |e vais rejoindre nos braves royalistes , qui se déposent à sceller e&core de leur «ang le sermevit

l5a lE BQULKTARB

quils ont fait de défendre jusqu'à la inort le Roi de nos pères. Si Ton te demande de mes nouvelles ^ dis hardiment où je suis. Je n'aime point à faire parade de mon dévouement ; mais on ne doit jamais taire une opini^^n qui nous honore. Si Ton tourmente mon Eugénie , comduis-là chez ses parens; si Ton s'empare de mes biens y prends-là sous ~ta protection *, si je

meurs ^ deviens le père de mon fils.

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